
Les Mondes de l'art
Coulisses de la création artistique
Description
"Les Mondes de l'art" de Howard S. Becker est une étude sociologique influente qui examine les réseaux de collaboration et les processus collectifs impliqués dans la production, la circulation et la consommation de l'art. Publié en 1982, l'ouvrage adopte une approche "interactionniste" pour analyser les activités artistiques, en mettant l'accent sur les divers acteurs (artistes, fournisseurs, distributeurs, critiques, publics, etc.) qui contribuent à la création et à la vie des œuvres d'art. Becker remet en question la vision romantique de l'artiste en tant que génie solitaire et souligne le caractère coopératif et conventionnel de l'activité artistique. Il explore les "conventions" qui régissent les mondes de l'art, les "trajectoires" des œuvres et des artistes, et les "réseaux" qui soutiennent la production artistique.
La particularité de Becker est d'avoir recours à un style simple, clair et direct facilitant la lecture et la compréhension de l'ouvrage.
Sommaire
01Introduction
Howard Becker entend montrer dans cet ouvrage comment les acteurs sociaux sont appelés à coopérer selon des procédures conventionnelles, que ce soit au niveau de la production, de la diffusion, de la consommation, de l'homologation esthétique ou encore de l'évaluation des œuvres. Ces réseaux ainsi constitués sont ce que Becker dénomme les « mondes de l'art ». Ces mondes sont des formes d'action collective perméables au changement.
L'approche de Becker est centrée sur la dynamique des relations interindividuelles, selon les principes théoriques de l'interactionnisme symbolique. Les concepts de coordination et de coopération sont omniprésents dans son analyse. Ajoutons que comme dans Outsiders, l'observation de Becker manquerait sans doute de profondeur et de finesse s'il n'avait connu une familiarité prolongée avec ce monde, notamment à travers ses activités de musicien et de photographe.

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02La chaîne de coopération
Comme n'importe quelle activité professionnelle, la production d'œuvres repose sur une division des tâches entre un grand nombre de personnes. C'est flagrant lorsque l'on voit défiler le générique des films à gros budget, où la segmentation des tâches semble illimitée. De manière générale, il est évident que les arts du spectacle (cinéma, concerts, pièces de théâtre, opéra...) ne peuvent reposer sur une seule personne. Mais même la peinture et la littérature impliquent l'activité d'autres personnes dans la mesure où elles reposent sur la réalisation d'objets nécessaires à la production des œuvres.
Ainsi, le peintre dépend de l'activité des fabricants de toiles et de couleurs, des marchands, des collectionneurs, des critiques d'art ou encore des musées. De son côté, l'écrivain est dépendant des maisons d'édition, des critiques ou encore des libraires. Becker va plus loin en soutenant que les liens de l'artiste avec la chaîne de coopération dont il dépend pèsent sur le genre d'œuvre qu'il produit.
En effet, si l'artiste produit des œuvres qui ne peuvent trouver place dans les structures de production et de présentation existantes, ces œuvres ne peuvent être présentées au public, même s'il existe des circuits parallèles pour les œuvres hors normes. Cependant, la plupart du temps, les artistes s'adaptent aux possibilités offertes en ajustant leurs projets. L'inverse demande à l'artiste du temps et une implication supérieure.

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03Les systèmes de distribution
Après avoir réalisé une œuvre, l'artiste doit la diffuser. Il lui faut trouver un mécanisme de distribution qui la rende accessible aux personnes susceptibles de l'apprécier et qui lui fournisse de l'argent pour rembourser les efforts et le matériel investis, mais aussi pour pouvoir en réaliser d'autres. Les distributeurs veulent une production régulière pour assurer la stabilité de leurs affaires, ce qui les conduit à s'intéresser aux œuvres pour toute autre raison que pour leur valeur artistique.
Cependant, dans certains domaines, notamment la photographie et la poésie, les revenus procurés par le travail artistique sont si faibles que les œuvres sont autoproduites. La plupart des poètes et des photographes ont par exemple un emploi alimentaire à côté de leur activité artistique.
Dans le cadre du mécénat, des personnes aisées ayant une appétence pour l'art financent le travail de création d'un artiste. Par ce biais, ils peuvent contrôler le travail artistique qu'ils financent. Le mécène peut être un gouvernement qui commande des peintures ou des sculptures pour un lieu public déterminé, l'Église ou encore une entreprise. Sûrs de leur jugement, ils financent parfois des œuvres très novatrices qui peuvent être mal accueillies du public. Par-là, ils contribuent à modeler le goût des autres.

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04Les catégories d'artistes
Becker définit quatre catégories d'artistes : les professionnels intégrés, les francs-tireurs, les artistes populaires et les naïfs. Les professionnels intégrés ont à la fois le savoir-faire technique, les aptitudes sociales et le bagage intellectuel nécessaires pour faciliter la réalisation d'œuvres d'art. Mais souvent, ce type d'artistes s'en tiennent à ce que le public et l'État jugent convenable. Les francs-tireurs apportent de telles innovations au monde de l'art que leurs œuvres sont difficilement acceptées.
Généralement, ces artistes poursuivent leur travail sans le soutien du monde de l'art et se heurtent à son hostilité lorsqu'ils présentent leurs œuvres. Celles-ci finissent parfois par disparaître, n'ayant pu trouver de place dans le patrimoine historique de l'art. Quant aux artistes populaires, ce sont les personnes qui créent sans revendiquer le statut d'artiste, en suivant parfois une tradition.
Enfin les artistes naïfs, ou artistes « de terroir », connaissent les conventions et les respectent, mais n'ont aucune formation professionnelle ni explication à donner sur leurs œuvres. Le parfait exemple en est le Douanier Rousseau. Leurs œuvres apparaissent souvent déconcertantes pour le public, qui ne sait réagir devant elles. Elles font ainsi figure de curiosités.

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05Esthétique et politique
D'une époque à l'autre, les théories sur l'art évoluent. Auparavant, c'est la ressemblance avec la réalité qui validait une œuvre d'art. Puis, selon la théorie expressive de l'art, une œuvre d'art a été considérée comme telle dans sa capacité à exprimer les émotions, les idées et le tempérament de l'auteur. Lui ont succédé l'abstraction géométrique, la peinture gestuelle et la théorie institutionnelle de l'art, qui consiste à dire que c’est l’institution, et plus précisément le monde de l’art, qui décrète quand et si quelque chose est une œuvre d’art (on pense à l'urinoir de Marcel Duchamp ou au Brillo d'Andy Warhol).
Mais alors, qui peut décider qu'une œuvre d'art en est réellement une ? Il s'agit d'un groupe de personnes composées de producteurs, directeurs de musées, journalistes, critiques, historiens d'art, etc. et qui constituent le noyau dur du monde de l'art. Pour autant, l'autorité de certaines personnes est régulièrement contestée (critiques, marchands, membres de commissions, jurys...).
Dans la plupart des sociétés, les œuvres d'art se vendent et s'achètent comme d'autres marchandises. Mais si l’on prend le cas des États totalitaires, le statut de l'artiste est particulier. S'il souhaite créer librement, l'artiste doit souvent courir des risques importants, allant même parfois jusqu'au péril de sa vie.

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06Conclusion
Pour conclure, Becker estime que le monde de l'art reflète la société dans son ensemble. Selon lui, le monde de l'art peut s'appréhender de la même manière que la société en général, car il est régi par les mêmes mécanismes sociaux. La production d'œuvres est issue d'un ensemble de gens qui coopèrent entre eux en se rapportant à des conventions communes.

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07Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Les Mondes de l’art, Paris, Flammarion, 1988.
Du même auteur
– Propos sur l’art, Paris, Paris, L’Harmattan, 1999. – Outsiders. Études de sociologie de la déviance, Paris, Métailié, 1985.

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