
Les Monarchies
La réalité du métier de roi
Description
De la Renaissance jusqu’à la rupture de la Révolution française, la monarchie a été la forme politique dominante en Occident. Dans les pays européens, le roi incarnait la cohésion de l’État et représentait l’union efficace d’une dynastie et d’un peuple.
La brève synthèse proposée par Yves-Marie Bercé se penche sur la réalité du métier de roi. Elle s’intéresse aux images, aux mentalités, aux opinions, bien plus qu’aux institutions. Elle présente le pouvoir monarchique sous tous ses aspects, ainsi que les crises de succession et les périodes de rejet des couronnes.
Sommaire
01Introduction
Dans le cours de l’histoire, les siècles modernes (XVIe-XVIIIe siècle) furent le moment où le système de gouvernement royal s’imposa en Europe de façon évidente et incontestable ; le roi et la nation semblaient y confondre leurs origines et leurs rôles. La France, qui avait alors la plus longue tradition monarchique, était aussi la structure étatique la plus puissante, lentement construite depuis le début du Moyen Âge.
Les divers États de l’Europe avaient chacun hérité de principes originaux et de mécanismes institutionnels particuliers ; chacun avait son propre style d’exercice quotidien du pouvoir, chacun avait ses propres crises. Mais dans tous les royaumes, le souverain était le père commun de ses sujets ; il leur devait la justice et la paix, comme un père devait assurer à ses enfants la sérénité familiale et la sécurité du foyer. Le côté obscur du pouvoir, celui de l’État répressif et oppressif, punisseur et percepteur, était certes exercé au nom du roi, mais il n’en portait jamais l’opprobre.

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02La figure du roi
Le roi moderne était tout d’abord pour son peuple une figure paternelle dont on attendait de l’affection et à qui l’on devait obéissance. La dimension paternaliste de la royauté était revendiquée par tous les souverains français depuis Louis XII (début du XVIe siècle) et incarnée notamment à travers la figure du peuple orphelin lors des oraisons funèbres royales. Dans cette logique, le plus énorme des crimes d’État, le meurtre du roi, était assimilé au meurtre du père : le coupable avant sa mise à mort devait subir la peine symbolique des parricides, soit l’amputation de la main droite.
Yves-Marie Bercé fait également remarquer que le lien métaphorique qui unissait le roi et ses sujets s’étendait à son épouse et à leurs enfants : leur vie privée ne leur appartenait pas, elle devait se dérouler sous le regard du peuple. Le mariage d’un enfant royal était toujours une affaire d’État et le sort des filles était le plus souvent de quitter très jeunes leur famille ; il leur fallait laisser leurs parents pour toujours et partir pour une cour étrangère. Ainsi Élisabeth de France, sœur de Louis XIII, pleura-t-elle pendant des jours en abandonnant en 1615, à l’âge de 12 ans, son pays et sa famille.

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03Une monarchie sacrée
La royauté avait un caractère sacré. Le pouvoir des rois venait de Dieu, dont ils n’étaient que les lieutenants sur terre, en charge des peuples. La grâce particulière des monarques était clairement manifestée dans les rites des sacres qui, dans toutes les monarchies chrétiennes, marquaient la place privilégiée du souverain. Il était admis que le modèle français était le plus ancien puisqu’il remontait au Ve siècle, à Clovis.
L’aspect proprement sacramentel de la cérémonie était l’onction du roi par une huile sainte ; ce rite français de l’onction imitait le sacre des anciens rois d’Israël. Après l’onction, le roi recevait un à un les attributs de sa dignité : l’anneau, signe de sa foi, puis le sceptre et la main de justice, symboles de son pouvoir, et enfin la couronne qui lui était apportée par les pairs de France, au nombre de douze comme les apôtres. La référence biblique mettait ainsi le roi de France dans la lignée de David. La cérémonie française du sacre, la plus grandiose et la plus complexe qu’ait imaginé l’Occident chrétien, se retrouvait à quelques changements près dans tous les royaumes européens.

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04Succession et vacance
Selon Yves-Marie Bercé, la monarchie est, parmi tous les systèmes de gouvernement, celui qui a l’avantage d’assurer le mieux possible la continuité de l’État. Dans chaque tradition nationale, des lois successorales, assez souvent coutumières et non écrites, apportaient la certitude dans l’ordre d’accès au trône. Elles devaient permettre de faire l’économie de troubles qui résulteraient de quelque doute au moment du choix de l’héritier de la couronne.
Le cas français était le plus achevé de la longue élaboration médiévale d’un droit qui permettait de résoudre d’éventuelles querelles de succession. Le caractère immédiat de la succession héréditaire, indépendant de toute sanction institutionnelle, marquait la continuité de l’État et garantissait sa permanence : « Le roi est mort. Vive le roi ! » Ce cri prononcé à la fin XVe siècle par le grand maître de la Maison du roi devant la dépouille du roi Charles VIII, en 1498, résumait parfaitement ce principe. De même, le président du Parlement de Paris Christophe de Thou proclamait, au lendemain de la mort de Charles IX, alors qu’on attendait le retour de Henri III de Pologne : « Nous ne sommes jamais sans roi. »

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05Les chutes de trône
Les exemples de chutes de trône, de ruptures totales de légitimités royales étaient peu fréquents. Le plus souvent, ils ne relevaient pas d’une contestation idéologique de la royauté, mais bel et bien d’une volonté de retour à un ordre ancien et souvent fantasmé, où le roi respectait les libertés fondamentales dont il était le garant.
Dans l’Angleterre de Charles Ier, au milieu du XVIIe siècle, la pression fiscale et les questions religieuses (oppositions entre anglicans et catholiques, desquels le roi était très proche) conduisirent à un conflit armé entre le monarque et le Parlement. Vaincu en 1648, Charles se retrouva prisonnier de ses sujets. Une partie de l’opinion réclamait vengeance contre un prétendu tyran sanguinaire et demanda un procès, qui s’ouvrit publiquement le 20 janvier 1649 dans le palais de Westminster. Considérant qu’il ne devait rendre de comptes qu’à Dieu, le roi se contenta de contester les droits de ce tribunal. Il fut condamné à mort et décapité le 30 janvier.

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06Les limites du pouvoir royal
Les plus puissants des princes connaissaient des limites à leurs pouvoirs. Le rôle même de lieutenant de Dieu attribué aux rois entraînait pour eux des devoirs religieux ; le caractère absolu de leur autorité rencontrait des obstacles suscités par la force des traditions. Yves-Marie Bercé précise que l’on confond souvent à tort les pouvoirs des anciens rois dits « absolus » avec les ambitions totalitaires des régimes politiques contemporains.
D’abord, on distinguait entre les droits du roi et ceux de la couronne. Le roi venait nécessairement un jour à mourir, tandis que la couronne ne meurt jamais. Cette dualité des fonctions était exprimée au XVIe siècle dans certains rites funéraires, où une effigie du roi dans son intégrité physique et ses ornements somptuaires figurait l’éternité de l’État, alors qu’à ses côtés un gisant nu ou enveloppé d’un linceul évoquait la dépouille mortelle du prince disparu.

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07Conclusion
Décrire le métier de roi à l’époque moderne, telle est l’ambition d’Yves-Marie Bercé. De l’image du « roi-père » à celle du « roi-justicier », il témoigne des représentations des monarques européens du XVIe au XVIIIe siècle. Il décrit des sociétés dans lesquelles la monarchie était présentée comme le meilleur système de gouvernement et où le roi s’imposait de manière évidente, à tous, comme un intermédiaire entre Dieu et le peuple. La cérémonie du sacre et le touché des écrouelles, signe de la thaumaturgie du roi, offraient par exemple, en Angleterre et en France, le spectacle d’un pouvoir puissant qui émanait de la Providence.

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08Zone critique
L’ouvrage d’Yves-Marie Bercé constitue une excellente introduction à l’histoire de la souveraineté aux Temps modernes. Il aborde toutes les dimensions de l’autorité monarchique et puise ses exemples dans l’histoire de nombreux États européens. Pourtant, si le travail proposé est assurément de grande qualité, il demeure très centré sur les cas français et anglais. De même, l’exercice de synthèse conduit nécessairement à généraliser des conceptions et des habitudes de gouvernement qui, à n’en pas douter, pouvaient varier considérablement en fonction des royaumes, de la répartition des pouvoirs au sein de ceux-ci aux religions qui les composaient. Une excellente introduction donc, qui doit être prise comme telle.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Yves-Marie Bercé, Les Monarchies dans l’Europe moderne (XVIe-XVIIIe siècle), Paris, CNRS Éditions, 2016.
Du même auteur – Yves-Marie Bercé, Croquants et nu-pieds. Les soulèvements paysans en France du XVIIe au XIXe siècle, Paris, Gallimard, 1974. – Yves-Marie Bercé, La Naissance dramatique de l’absolutisme, Paris, Seuil, 1992. – Yves-Marie Bercé, Violences et répression dans la France moderne, Paris, CNRS Éditions, 2018.

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