
Les Métamorphoses de la question sociale
L’ouvrage le plus fondamental sur la vulnérabilité sociale
Description
Ce livre est sans doute l’ouvrage le plus fondamental de l’œuvre de Robert Castel, et assurément essentiel pour les sciences sociales, sur la question de la vulnérabilité sociale.
Castel y développe un appareil conceptuel visant à saisir la précarité de notre époque, tel qu’elle apparaît dans les années 1970, alors que les décennies précédentes connaissaient une stabilisation de l’emploi et une hausse des protections sociales. Il ancre son analyse dans l’histoire du salariat, revisitée de la fin du XVIIIe siècle à nos jours.
Sommaire
01Introduction
Face à l’ébranlement de la condition salariale, amorcé dans les années 1970, Robert Castel propose dans cet ouvrage une « histoire du présent » qui doit nous permettre de comprendre ce retournement de situation et d’agir en conséquence. La précarisation du travail via l’essor du recours à de nouvelles formes précaires d’emploi, la hausse du chômage et le désengagement de l’État social rompent avec le modèle d’organisation du travail des décennies précédentes, qui prônait le plein-emploi, sa sécurité et avait rattaché au travail un système de protections aujourd’hui en déclin.

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02Centralité du travail et « question sociale »
Comme l’annoncent le titre et le sous-titre de l’ouvrage, la « question sociale » et le salariat sont étroitement liés. Le travail se trouve en effet au cœur de la « question sociale » dans la mesure où celui-ci est un support privilégié d’intégration dans la société. La question sociale se pose à des moments de l’histoire où la société se trouve déstabilisée et tente de conjurer le risque de sa fracture, matérialisé par le fait qu’une part toujours plus importante de la population se trouve reléguée aux marges de la société. Elle est donc toujours liée à la question du paupérisme.
Le fait que le travail et l’intégration à la société soient aussi étroitement liés n’est pas le résultat d’une loi mécanique, mais plutôt celui de l’histoire de l’organisation du travail, à commencer par celle du travail salarié. Parallèlement, c’est lorsque celui-ci se met en place en tant que tel qu’est nommée pour la première fois explicitement la « question sociale » : les années 1830 prennent conscience des conditions d’existence d’acteurs de la révolution industrielle, les prolétaires, et s’interrogent sur la place que ceux-ci peuvent occuper dans la société industrielle. Cette question fait place à des dispositifs développés pour favoriser leur intégration.

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03Des tutelles au statut de l’emploi en passant par le contrat de travail : une chronique du salariat
Castel donne un aperçu de la manière dont la « question sociale » se pose différemment selon les étapes de l’histoire du salariat. Il les expose de manière chronologique et laisse entrevoir trois grands moments de la « question sociale » ayant donné lieu à des tournants importants dans l’organisation du travail. Le premier tournant, qui se joue entre la première phase préindustrielle du salariat et sa deuxième phase, se cristallise dans le passage de la tutelle au contrat.
Il intervient sous la forme d’une « révolution juridique » à la fin du XVIIIe siècle dans le cas de la France : les dispositions de la « loi Le Chapelier » en 1791 inaugurent la contractualisation de la relation salariale, jusqu’ici soumise aux tutelles et aux corporations qui règlementent les métiers, et inaugurent le déploiement d’un libre marché du travail. Au-delà de la création de ce libre marché, les libéraux espèrent voir les formes hybrides du salariat préindustriel s’homogénéiser et, via cette salarisation, le fléau du vagabondage disparaître.

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04Désaffiliation et vulnérabilité de notre époque
D’après Castel, la « société salariale » connaît son apogée en 1975, alors même que commence à se briser la trajectoire des politiques sociales de l’après-guerre. La flexibilité néolibérale fait son entrée, à contre-courant de la stabilisation du salariat recherchée précédemment.
L’essor du recours aux formes précaires d’emploi et l’institutionnalisation de ces formes d’emploi par la loi dès les années 1970 marquent le début de la précarisation du travail et du désengagement de l’État social. Les années 1980 connaissent, elles, une très forte hausse du chômage et un retour de ceux que Castel nomment les « surnuméraires » ou les « inutiles au monde ».
Castel développe le concept de « désaffiliation » pour expliquer les parcours de ces nouveaux précaires. Contre un concept d’exclusion trop statique, le sociologue lui préfère ce concept plus dynamique, chargé de décrire des processus de décrochage hors de noyaux protecteurs de différents types. La désaffiliation fait partie de l’appareil conceptuel développé par Castel pour mesurer les différents degrés d’inscription dans la structure sociale.

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05La « société salariale », un modèle à suivre ?
Que faire face à cette nouvelle vulnérabilité ? Comment la société néolibérale peut-elle réussir à absorber tous ces « surnuméraires » afin de conserver une cohésion sociale ? C’est la question qui anime Les Métamorphoses de la question sociale.
Castel donne des éléments de réponse à cette question en prônant la réaffirmation d’un principe fort d’intégration, que doivent traduire les politiques d’État : les politiques d’intégration, loin des politiques d’insertion mises en place au moment de la rédaction de l’ouvrage, doivent conduire à constituer une société de sujets interdépendants, à la manière du modèle de société durkheimien. La réintégration des individus à la division du travail social et la reconsolidation de la protection, autour du travail et en général, constituent des horizons de la sortie de la précarité pour le sociologue, qui ne conçoit pas de cohésion sociale sans protection sociale.

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06Conclusion
Finalement, Castel donne raison aux attentes envers l’État qu’expriment les protestations et les critiques de la nouvelle précarité, formulées et reformulées depuis les années 1970 dans le cas de la France. C’est effectivement dans une intervention de l’État et de ses institutions que Castel semble voir l’horizon d’une réponse à la nouvelle question sociale, posée par le grand nombre actuel de précaires.
Néanmoins, attentif aux conditions historiques différentes selon les époques, chaque société doit prendre conscience, selon lui, de ses problèmes structurels et des solutions qui s’ouvrent à elle, à condition qu’elle vise l’idéal démocratique de fondation d’une « société de semblables ».

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07Zone critique
La richesse et la profondeur des Métamorphoses de la question sociale tient à la grande mobilisation d’autres travaux de sciences sociales, au-delà de la seule sociologie. Par exemple, Castel s’appuie dans l’ouvrage sur les analyses économiques des penseurs de l’École de la régulation, auxquels il emprunte en premier lieu le terme de « société salariale ».
Au-delà de ses dimensions analytique et historique, l’ouvrage renferme une composante critique, qui, en se fondant sur le cas français, refuse l’ébranlement contemporain de la condition salariale et dénonce le piège voire l’hypocrisie des politiques d’insertion. Dans le prolongement du débat ayant opposé dans les années 1990 les partisans d’une critique sociale relative à l’exclusion aux partisans d’une critique sociale relative à l’exploitation, la perspective de Castel interroge, car elle ne prend pas en compte les rapports de production autour desquels le travail est organisé.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Les Métamorphoses de la question sociale. Une chronique du salariat, Paris, Fayard, 1995.
Du même auteur
– L’Insécurité sociale. Qu’est-ce qu’être protégé ?, Paris, Le Seuil, 2003. – La Montée des incertitudes. Travail, protections, statut de l’individu, Paris, Le Seuil, 2009.

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