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Couverture de 'Les irremplacables'

Les Ir­rem­pla­çables

Cynthia Fleury

Réflexions sur l'unicité de l'être humain

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Description

Nous avons aujourd’hui souvent tendance à minimiser la place de l’individu dans le fonctionnement de nos sociétés, voir à lui imputer un rôle négatif. Il est pourtant au cœur du fonctionnement de la démocratie.

Cynthia Fleury remet les individus au centre pour penser l’État de droit et ses dysfonctionnements : pour elle, la notion d’irremplaçabilité en est une des clés essentielles.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Depuis l’Antiquité, le « pouvoir » passionne et attire autant qu’il repousse, il fait l’objet de nombreuses réflexions. Dans cet ouvrage, Cynthia Fleury se concentre sur les acteurs du pouvoir et leurs composants : les individus, dans leur ensemble, mais aussi et surtout dans leurs singularités. Préserver ces dernières fait la force et la durabilité d’un État de droit. Encore faut-il comprendre comment les individus protègent l’État de droit contre ses propres dérives grâce au processus d’individuation.

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02

L’in­di­vi­dua­tion permet la construc­tion de soi

Le terme et concept d’individuation, présent chez Durkheim, est un processus sociologique constitutif de l’individu : il lui permet de construire sa singularité. L’individuation peut se traduire par l’engagement, c’est-à-dire l’implication personnelle de chacun. Si c’est ce qui rend unique chacun d’entre nous, le processus d’individuation n’est pas linéaire et peut passer par différentes étapes.

Cynthia Fleury identifie plusieurs « figures » de l’individuation permettant sa construction. Parmi elles, il y a le moment où l’emprise des pairs, c’est-à-dire des individus qui partagent le même environnement ou statut social, se brise. Cet instant contraint l’individu à un face à face avec lui-même et le pousse ainsi à développer son imagination.

L’humour, lui, est la forme d’individuation la plus difficile à atteindre parce qu’il échappe au pouvoir. En effet, qu’il s’agisse d’ironie, de satire ou autre, il est au-dessus de toute convenance et peut s’interpréter différemment pour chacun. Néanmoins, l’humour n’attend pas la société pour être reconnu. Il autorise une liberté de penser et de faire penser, ce qui en fait une force d’individuation.

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03

Prendre conscience de son ir­rem­pla­ça­bi­li­té, gage de liberté

Chaque individu est irremplaçable dès qu’il transforme son expérience en vécu, c’est pourquoi Cynthia Fleury affirme qu’« être remplaçable, c’est n’être plus capable de ressentir ». Mais irremplaçabilité ne signifie pas toute-puissance, ni refus d’être remplacé ! C’est au contraire comprendre sa singularité en faisant l’expérience du caractère irremplaçable chez l’autre et dans le monde. La qualité du processus de subjectivation est liée à cette prise de conscience. « Devenir irremplaçable, c’est d’abord entrelacer les différentes séquences du processus d’individuation jusqu’à former une singularité qui n’est plus sous tutelle. »

Les expériences d’irremplaçabilités sont multiples, comme la parentalité ou le deuil. Cette dernière en est une particulièrement forte : l’irremplaçable de la mort entraîne la prise au sérieux de l’irremplaçable de l’individuation. L’enfance est une prise au sérieux de la vie quand l’âge adulte est une prise au sérieux de la mort. La mort implique la fin de la coïncidence du monde et du langage, celui-là même qui aide à la poursuite de son individuation. C’est parce qu’elle fait disparaître l’être aimé, mais aussi le monde auquel il permettait l’entrée que la mort est si douloureuse : pour continuer à vivre, il faut alors recréer de nouveaux accès vers un monde différent.

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04

L’in­di­vi­dua­tion face au pouvoir et à l’État de droit

Le premier défi de la liberté est la conquête du temps. En effet, la maîtrise du temps est l’office du pouvoir. La verbalisation de ce temps est également un enjeu : dans 1984 de George Orwell, le « commissariat aux archives » devient le « ComArch », pas seulement pour réduire les mots, mais surtout pour réduire la pensée. La langue est une force d’assujettissement.

Cynthia Fleury le souligne en rappelant les mots de Roland Barthes « le langage est une législation, la langue en est le code », mais elle ajoute que verbaliser revient aussi à créer un monde, à faire lien. En outre, la littérature permet une échappée symbolique grâce à l’usage de nouveaux signes et symboles pour s’extraire de la réalité et créer un ailleurs, autant d’éléments qui permettent l’individuation quand aucun autre individu n’est présent autour de soi.

S’interroger sur l’individuation revient à s’interroger sur la nature du pouvoir. En effet, l’individuation se réalise dans un contexte politique donné. On peut alors se demander si s’individuer ne revient pas à devenir sujet. Or l’irremplaçabilité du sujet se situe dans le fait même de ne pas s’inscrire dans la reconnaissance du pouvoir et ne croire en aucun statut. Le pouvoir est circulatoire : il s’exerce en réseau où les individus circulent et sont toujours en position de subir, mais aussi d’exercer le pouvoir, c’est pourquoi ce dernier n’appartient jamais à un seul individu. Le rôle de l’espace public est d’offrir à l’individu une preuve de son existence et d’entériner son expérience du monde, mais c’est aussi le lieu où les oppositions peuvent être formulées et légitimées.

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05

Les risques de dés­in­di­vi­dua­tion

L’individuation est précieuse, mais peut-être menacée. En effet, Hannah Arendt alertait déjà sur la détérioration du sens du « temps » pour soi. Selon elle, les loisirs et la nouvelle « culture de masse » n’avaient pas pour objectif de vivre le temps libéré, mais seulement de le faire passer plus vite. Elle critiquait ainsi la disparition d’un temps qui permettait à chacun de construire et inventer son avenir au profit d’une immersion dans le présent. Ce risque de désindividuation est d’autant plus souligné par Cynthia Fleury que le divertissement donne l’impression de créer une relation intime avec l’autre alors qu’elle n’est parfois que superficielle, or la relation à l’autre est nécessaire au processus d’individuation.

De plus le pouvoir, par sa nature totalitaire, cherche à détruire la capacité d’individuation de l’individu. Il tente de les destituer de leur principe propre d’individuation pour les constituer en sujet. Pourtant, sans individuation pas d’État de droit : les deux sont étroitement liés au risque de laisser place à un système autoritaire. La philosophe parle de « ruban de Moebius » entre démocratie et individuation.

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06

Conclusion

Tout au long de l’ouvrage, la philosophe s’attache à montrer que ce n’est pas l’existence pure et simple de l’individu qui est irremplaçable, mais bien la singularité du processus d’individuation de chacun. La notion d’irremplaçabilité est ainsi toujours au service de la préservation d’un État de droit. C’est essentiel pour ne pas interpréter ces termes comme une glorification de chaque individu : être irremplaçable est le fruit d’un processus complexe, parfois entravé qui ne vise pas à la glorification d’un individu, mais à la prise de conscience d’une responsabilité collective, en même temps que de fournir les conditions d’individuation propre à chacun.

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07

Zone critique

La notion de vérité est importante dans cet ouvrage, bien qu’elle ne soit que peu évoquée. En effet, Les Irremplaçables s’inscrit dans la continuité de La Fin du courage, ouvrage où Cynthia Fleury replace le courage comme vertu démocratique. Ces outils de la régulation démocratique sont à chaque fois envisagés dans une articulation entre individuel et collectif pour questionner l’individu et sa place dans les dysfonctionnements de nos sociétés.

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08

Pour aller plus loins

Ouvrage recensé – Les irremplaçables, Paris, Gallimard, 2015.

De la même auteure – La fin du courage, Paris, Fayard, 2010. – Le soin est un humanisme, Paris, Éditions Gallimard, coll. "Tracts", 2019.

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