
Les Inégalités mondiales
Analyse des inégalités économiques mondiales
Description
"Les Inégalités mondiales" de Branko Milanovic, est un ouvrage qui explore la dynamique des inégalités économiques à l'échelle mondiale dans le contexte de la mondialisation. Milanovic, économiste spécialisé dans l'étude de la pauvreté et des inégalités, propose une analyse approfondie des tendances des inégalités de revenus entre les pays et au sein des pays au cours des dernières décennies.
L'auteur utilise des données empiriques pour montrer comment la mondialisation a affecté la distribution des revenus, en identifiant les "gagnants" et les "perdants" de ces processus économiques. Milanovic introduit le concept d'"éléphant graphique", qui illustre la croissance des revenus en fonction de la distribution mondiale des revenus, mettant en évidence une augmentation significative des revenus pour les classes moyennes des pays émergents et pour l'élite mondiale, mais une stagnation pour les classes moyennes des pays développés.
Sommaire
01Introduction
Branko Milanovic commence par dresser un état des lieux statistique des inégalités mondiales entre 1988 et 2008 avant de rendre de compte de la dynamique historique des inégalités intra-nationales et inter-nationales. Dans la dernière partie de l’ouvrage, il tente de réfléchir au futur des inégalités en combinant cet exercice prospectif à une analyse des mutations politiques récentes, en particulier aux États-Unis et en Europe.

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02L’évolution des inégalités mondiales (1988-2008)
Historiquement, la première révolution industrielle a donné lieu à une hausse des inégalités internationales, entre les pays dits développés et les pays dits sous-développés. Toutefois, cette tendance semble s’inverser depuis le début du XXIe siècle. L’étude statistique des inégalités est effectuée en découpant la population mondiale en centile. Le 20e centile mondial représente par exemple 1 % de la population mondiale dont les revenus sont plus faibles que 74 % de l’humanité, mais plus élevés que 20 %. Milanovic retrace l’évolution des revenus de ces groupes statistiques entre 1988 et 2008. Trois grands phénomènes ressortent de son étude. Premièrement, les individus situés entre le 40e et le 60e centile de la population mondiale ont connu des gains de revenus réels annuels supérieurs à 60 % entre 1988 et 2008. Ce sont les gagnants de la mondialisation.
Il s’agit essentiellement des classes moyennes des pays émergents d’Asie, en particulier de Chine. Deuxièmement, Milanovic constate que les gains de revenus réels ont été faibles, voire nuls, autour du 80e centile de la population mondiale. Cette catégorie représente les classes moyennes des pays riches. Ce sont les plus grands perdants de la mondialisation. La conjugaison de ces deux phénomènes fait que les revenus des classes moyennes asiatiques tendent à converger vers les revenus des classes moyennes inférieures des pays occidentaux.

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03L’évolution des inégalités intra-nationales
Historiquement, la révolution industrielle et la croissance induite du revenu moyen se sont traduites dans un premier temps par une hausse des inégalités puis par une baisse après la Seconde Guerre mondiale. Le pic d’inégalité a été atteint dans les années 1860 en Italie et au Royaume-Uni, dans les années 1930 aux USA et Japon. Leurs PIB par habitant respectifs étaient alors inférieurs à 5 000 $. Quant au niveau minimal des inégalités dans ces quatre pays, il a été atteint entre 1978 et 1983, soit un moment où leurs PIB par habitant étaient supérieurs à 10 000 $.
Ce phénomène est décrit par ce que l’on appelle la Courbe de Kuznets. La baisse des inégalités au cours des Trente Glorieuses s’explique par des forces économiques endogènes (massification de l’enseignement, hausse des qualifications, hausse de la pression syndicale) mais aussi par la progressivité de l’impôt et les guerres mondiales. La courbe en « U inversé » de Kuznets, représentant l’évolution des inégalités au sein d’un pays en fonction de l’évolution du revenu moyen, ne rend toutefois pas compte de la hausse des inégalités intra-nationales que l’on constate dans les pays développés depuis les années quatre-vingt.

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04L’évolution des inégalités inter-nationales
Milanovic prend soin de rappeler que le recul des inégalités mondiales est un phénomène récent, essentiellement dû à l’émergence des classes moyennes asiatiques. Au XIXe siècle, les inégalités mondiales s’expliquaient essentiellement par des inégalités entre les classes au sein des pays. Après la Seconde Guerre mondiale, 80 % des inégalités mondiales s’expliquent par le « lieu », c’est-à-dire par les inégalités entre pays. Il forge à cet égard le terme de « rente de citoyenneté » pour désigner le fait qu’un individu, selon son lieu de naissance, sachant que plus de 95 % des individus vivent là où ils sont nés, a plus de chances d’accéder à un certain niveau de revenus.
Cette « rente de citoyenneté » varie selon les pays. Elle profite surtout à la classe moyenne dans des pays comme la Scandinavie, et plutôt aux centiles supérieurs dans un pays comme le Brésil. Si Milanovic traite de cette question, c’est pour rendre compte des mouvements de migrations lors de la dernière décennie. Pour beaucoup d’individus des pays pauvres, migrer est la meilleure solution afin d’augmenter leur chance d’accroître leur revenu. Un effet pervers de la bonne rente de citoyenneté pour les plus pauvres dans les pays disposant d’un État-providence fort est qu’il risque, selon lui, d’attirer les travailleurs les moins qualifiés. L’auteur se saisit du thème des inégalités entre pays pour discuter des arguments en faveur et à l’encontre de la mobilité internationale du facteur travail. Premièrement, il souligne que, contrairement aux marchandises ou aux capitaux, on assiste à une recrudescence de l’opposition aux migrations de personnes. Or, à ses yeux, l’argument n’est pas nécessairement légitime. Il montre que les arguments que John Rawls, en termes d’égalité des chances, appliqués pour justifier la redistribution des richesses à l’échelle nationale peuvent parfaitement justifier une redistribution à l’échelle mondiale, à moins de considérer qu’il existe quelque chose de « fondamentalement unique dans la nation » (p. 157). Milanovic défend effectivement une vision politique plutôt cosmopolite, à l’instar de sa méthodologie.

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05Le futur des inégalités
Parmi les forces bénéfiques susceptibles de réduire les inégalités à l’avenir, il évoque une fiscalité plus forte et plus progressive, une hausse des qualifications, la disparition des rentes de la révolution technologique, la convergence des revenus entre pays ainsi que l’apparition d’un progrès technique biaisé en faveur des moins qualifiés, contribuant à augmenter leur rémunération. Milanovic est toutefois, et à juste titre, prudent dans ses prévisions.
Si les erreurs qui consistent à postuler que les tendances vont se poursuivre et à sous-estimer les événements extrêmes sont consubstantielles à toute prévision, il essaie d’éviter l’erreur consistant à porter une trop grande attention aux principaux acteurs mondiaux. Il rappelle par exemple que l’Afrique n’a amorcé aucun rattrapage. Un pays comme la République Démocratique du Congo a un PIB par habitant inférieur à son niveau de 1950. Certes, tant que la croissance des pays émergents sera supérieure à celle des pays développés, on devrait continuer d’assister à la réduction des inégalités mondiales. Mais seule l’Asie connaît un tel processus. Par ailleurs, la croissance des inégalités internes dans une Chine où le revenu médian et moyen augmente constamment pourrait finir par faire augmenter à nouveau les inégalités.

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06Conclusion
Milanovic estime que les inégalités internationales sont un thème qui charrie trois enjeux majeurs du siècle, à savoir les différentiels de taux de croissance, les flux migratoires ainsi que la soutenabilité environnementale.

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07Zone critique
L’ouvrage a l’immense mérite de rendre accessibles et compréhensibles au non spécialiste les thèses du livre sans sacrifier pour autant à l’explicitation et à la prudence requises dans l’usage des données statistiques. Le deuxième intérêt principal de l’ouvrage est de relier l’étude des inégalités économiques aux bouleversements politiques de cette fin de décennie. Trois grandes critiques peuvent toutefois être adressées à l’ouvrage.
Premièrement, Milanovic affirme que la liberté de circulation des personnes, qu’il souhaite voir aussi grande que possible, est favorable à la croissance. Il ne donne toutefois aucun argument ni aucune précision permettant de convaincre le lecteur.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Les inégalités mondiales, Paris, La découverte, 2019.

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