
Les Héritiers
Un classique en sociologie de l'éducation
Description
"Les Héritiers" de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron est un ouvrage sociologique qui remet en question l'idée selon laquelle l'école assure une égalité des chances indépendamment du milieu socio-culturel des élèves. Les auteurs démontrent que l'école, loin d'être une institution neutre favorisant la mobilité sociale, contribue en réalité à la reproduction et à la légitimation des inégalités sociales. Ils mettent en évidence le rôle des inégalités culturelles et de l'héritage familial dans la réussite scolaire, montrant que les étudiants issus de milieux favorisés bénéficient d'avantages culturels qui leur permettent de mieux réussir dans le système éducatif.
Les Héritiers a eu un effet durable sur les sociologies de l’éducation et fait aujourd’hui encore figure de classique.
Sommaire
01Introduction
Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron consacrent Les Héritiers à l’analyse des inégalités devant d’enseignement supérieur. Si celles-ci sont connues, les auteurs soulignent qu’elles s’expriment selon plusieurs directions.

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02les faux semblants d’une démocratisation de l’université
La publication des Héritiers s’inscrit dans une série de travaux publiés par Bourdieu et Passeron. Il s’agit d’une étude analysant le rôle de l’université dans la reproduction des inégalités sociales, mais également du premier ouvrage qui signalera les deux auteurs comme des figures majeures de la sociologie d’après-guerre. Ils s’emploient ici identifier et à mettre en lien les différents déterminants des inégalités d’accès et de destin des étudiants face à l’enseignement supérieur, en insistant sur le fait que la dimension économique n’est qu’un élément parmi d’autres.
Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron contestent ainsi la réalité du discours méritocratique selon lequel chacun réussit dans ses études en fonction de ses capacités individuelles. Leur étude se base sur de nombreuses données quantitatives, doublées d’une analyse des cadres de l’expérience estudiantine ainsi qu’une série d’études de cas réalisées par des étudiants en sociologie de Lille ou Paris, notamment au sein des facultés de Lettres.

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03Une sociologie des inégalités devant les études supérieures
Si l’idée selon laquelle l’université, et plus largement, l’enseignement supérieur, est traversée par les inégalités ne fait que rarement l’objet de contradictions, celles-ci se voient le plus souvent opposer un objectif politique d’égalité des chances devant les études supérieures.
Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron font le constat de ces inégalités tout en soulignant le différentiel notoire de chance d’accès aux études supérieures d’étudiants en fonction de la classe sociale d’origine, de leur sexe et des filières considérées. Mais leur analyse ne se cantonne pas à l’accès aux études. Elle entend justement montrer qu’une fois plongés dans l’enseignement supérieur, la classe d’origine des étudiants joue à plein son rôle de distinction, qu’il s‘agisse de consacrer certains et d’éliminer d’autres. Le projet d’une sociologie des inégalités devant les études supérieures va ainsi plus loin que celui d’une étude des conditions d’accès à ce dernier.

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04Le rôle central du capital culturel
Si on ne peut réduire la question des inégalités devant l’enseignement supérieur à la seule question de l’accès à l’université, quels facteurs doit-on prendre en compte pour comprendre la variabilité des trajectoires estudiantines ?
Pour les auteurs, « les obstacles économiques ne suffisent pas à expliquer que les taux de “mortalité scolaire” puissent différer autant selon les classes sociales » (p. 19). L’âge et le sexe sont par exemple pris en compte par les acteurs, aux côtés de l’origine sociale qui reste le facteur dont l’influence s’exerce le plus fortement. Mais comment mesurer cette origine sociale ? L’ouvrage propose, en réponse à cette question une catégorie, qui deviendra une clé de la sociologie de Pierre Bourdieu et de Jean-Claude Passeron : celle du capital culturel. Si l’expression est aujourd’hui passée dans le langage courant, elle montre ici sa charge subversive. La simple idée d’un capital culturel, largement hérité, n’est-il pas une remise en question frontale des prétentions méritocratiques de l’école, et, ici, de l’université ? De quoi se compose ce capital culturel ? Les auteurs le définiront, dans La Reproduction, comme l’ensemble des « biens culturels qui sont transmis par les différentes actions pédagogiques de la famille » (La Reproduction, p. 46). Il se manifeste à travers « des différences d’attitudes et d’aptitudes significativement liées à l’origine sociale, bien que les étudiants qu’elles séparent aient tous subi pendant quinze à vingt années d’action homogénéisante de l’École » (p. 22). Héritée et familière pour les classes supérieures, elle peut être rentabilisée dans l’enseignement supérieur puisque la culture scolaire reflète la culture de l’élite. Pour les étudiants issus de la petite bourgeoisie et des classes moyennes, ce capital culturel est plus lointain, mais les étudiants issus de ces classes font montre d’une forte volonté de l’acquérir. Enfin, pour les étudiants des classes populaires, les auteurs parlent « d’acculturation » concernant l’accumulation de la culture scolaire, soulignant ainsi la nécessité de rompre avec sa culture d’origine pour s’imprégner, par le seul biais de l’école puis de l’université, de cette autre culture.

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05La fragmentation du monde estudiantin
Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron s’emploient à démontrer l’absence d’unicité de la condition d’étudiant. Quel est le rôle de cette argumentation, à laquelle ils accordent une large place dans leur raisonnement ?
L’activité universitaire est généralement prise comme le dénominateur commun permettant de définir le milieu étudiant comme un tout. En effet, l’étudiant, pourrait-on dire, est celui qui étudie. Ce raisonnement simpliste est contesté par les deux sociologues, pour une série de raisons. Certes, les trajectoires étudiantes partagent un calendrier (celui, par exemple, des périodes d’examens), une situation de transition vers la vie professionnelle, mais les oppositions qui structurent le temps social, celle du travail et du loisir, par exemple, y sont temporairement abolies.
De la même manière, le monde étudiant est caractérisé par la faiblesse d’institutions organisant la coopération, l’intégration et la mise en relation des individus.

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06Conclusion
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les combats estudiantins de 1968 et les analyses de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ne s’accordent pas spontanément. À l’unicité de la condition étudiante, aux revendications communes qui en découlent, s’oppose l’analyse d’un milieu fragmenté et , aveugle à ses propres divisions faisant écho aux dominations de classe. Pierre Bourdieu écrira, en 1986, que mai 1968 a eu, pour lui, « deux visages ». D’une part, celui du « ressentiment du bas clergé qui […] règle ses comptes et laisse parler à voix haute la violence refoulée et les fantasmes sociaux », de l’autre, le visage de la « jeunesse inspirée qui, entre autres choses par le refus de mettre les formes, met en question tout ce qui est admis comme allant de soi » (Interventions, p. 62).

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07Zone critique
Les résultats empiriques ainsi que leur élaboration théorique ont fait l’objet de contestations et de remises en cause, au moment de la parution de l‘ouvrage ou rétrospectivement.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Pierre Bourdieu & Jean-Claude Passeron, Les Héritiers : les étudiants et la culture, Paris, Les Éditions de Minuit, coll « Grands documents », 1964.
Du même auteur
– La Distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Les Éditions de Minuit, 1979. – Questions de sociologie, Paris, Les Éditions de Minuit, coll « Documents », 1980. – Raisons pratiques : sur la théorie de l’action, Paris, Éditions du Seuil, « Points Essais », 1996. – Interventions (1961-2001), Marseille, Éditions Agone, coll. « Contre-feux », 2002.

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