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Couverture de 'Les grandes villes et la vie de lesprit'

Les grandes villes et la vie de l'esprit

Georg Simmel

Exploration des métropoles intellectuelles

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Description

"Les grandes villes et la vie de l'esprit" de Georg Simmel est un essai sociologique influent qui examine les effets de la vie urbaine moderne sur la psychologie et les comportements des individus. Simmel explore comment l'environnement surstimulant des grandes villes entraîne une attitude de "blasé", une indifférence émotionnelle comme mécanisme de défense contre l'assaut constant des stimuli sensoriels et sociaux. Il analyse également la manière dont l'urbanisation favorise l'individualisme et l'anonymat, tout en créant de nouvelles formes de socialisation et d'interaction.

En centrant son analyse sur l'expérience vécue, il dresse un portrait de la ville moderne et considère son impact sur la vie psychique et physique de nos expériences sensibles et de nos mentalités.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Ce mince ouvrage se décompose en deux parties : « Les grandes villes et la vie de l'esprit » est extrait de Philosophie de la modernité et « Sociologie des sens » est publié à la suite d'une traduction de Frédéric Joly. Comme le souligne dans la préface le philosophe de la ville et de l'architecture Philippe Simay, « Les grandes villes et la vie de l'esprit » est l'un des plus célèbres essais de Simmel. Il constitue, avec « Sociologie des sens », « le manifeste d'une lecture sensitive de la ville » (p. 8) dans lequel la grande ville est appréhendée en termes d'expériences corporelles.

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02

La ra­tio­na­li­sa­tion des individus

Simmel fait état de « l'intensification de la vie nerveuse » liée aux innombrables stimuli que reçoit le citadin. Il y oppose le mode de vie « sensible et spirituel » de la campagne, où le rythme plus lent et plus régulier repose davantage sur la sensibilité et les relations affectives. Selon le sociologue, le citadin se protège du milieu extérieur en réagissant avec son intellect plutôt qu'avec sa sensibilité afin de pouvoir supporter les diverses agressions dont est victime son psychisme.

En tant que siège de l'économie monétaire, la grande ville est un lieu de concentration des échanges économiques. Simmel souligne que ce type d'économie entre en corrélation avec la domination de l'intellect au sens où les hommes et les choses sont traités de manière rationnelle, sans considération de l'individu. Il met en exergue « l'objectivité impitoyable » qui caractérise les relations économiques modernes. « Du point de vue de la psychologie économique, l'essentiel est ici que, dans les rapports primitifs, on produit pour le client qui commande la marchandise, de sorte que production et client se connaissent mutuellement, souligne le sociologue. Mais la grande ville moderne se nourrit presque complètement de ce qui est produit pour le marché, c'est-à-dire pour des clients tout à fait inconnus qui ne sont jamais vus par le producteur lui-même » (p. 45).

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03

Comment l'homme s'adapte-t-il à la grande ville ?

L'impersonnalité du modèle citadin se retrouve dans le caractère blasé des habitants. D'ailleurs, pour Simmel, « il n'y a peut-être pas de phénomène de l'âme qui soit le plus incontestablement réservé à la grande ville que le caractère blasé » (p. 49). Ce trait de caractère s'exprime par l'indifférence aux différences entre les choses de telle sorte que l'on n’éprouve rien de particulier à l'égard de la différence entre les choses et de leur valeur même.

En effet, comme le souligne Philippe Simay, l'expérience métropolitaine se traduit à la fois par un accroissement de la nervosité et une diminution des capacités sensibles. Pour Simmel, ces deux tendances opposées provoquent une incapacité « pathologique » de l'homme moderne à réagir à de nouvelles simulations et une mise à distance avec son environnement qui se traduit le plus souvent par une indifférence vis-à-vis des autres. Pour autant, la ville n'a pas que des défauts. La réserve est un autre trait de caractère de l'habitant des grandes villes. Selon le diagnostic de Simmel, cette réserve est indispensable au monde de vie urbain et s'avère même être une compétence qu'il développe. En outre, elle apporte à l'individu une liberté personnelle sans équivalent.

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04

Quel est le sens de l'in­di­vi­dua­li­té ?

La grande ville favorise une tendance à avoir une vie personnelle plus individuelle. La liberté individuelle n'est pas une simple liberté de mouvement et une ouverture d'esprit, mais la possibilité de suivre les lois de sa nature propre. « C'est seulement le fait de ne pas être interchangeable avec autrui qui prouve que notre manière de vivre n'est pas contrainte par autrui » (p. 63), considère Simmel.

Le sociologue a bien compris la logique de l'économie de marché et du marketing, qui nécessite de créer sans cesse de nouveaux besoins pour pouvoir continuer à produire. Ces nouveaux besoins contribuent eux-mêmes à la différenciation entre les personnes. Dans leur manière de consommer, les individus cherchent ainsi à se distinguer les uns des autres pour se faire remarquer et ainsi, tenter de recevoir une certaine estime sociale. Simmel fait remarquer que la brièveté des rencontres en milieu urbain agit de la même sorte, c'est pourquoi il est nécessaire pour celui qui veut se faire une place d'avoir du mordant et d'être vif dans ses échanges avec autrui.

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05

Pour une sociologie des sens

Dans « Sociologie des sens », le sociologue s'intéresse à la fonction sociale des sens. « Cette recherche entend explorer l'importance de la perception et de l'influence sensorielle mutuelles dans la coexistence entre êtres humains, son importance pour leur coopération, les uns avec les autres, les uns contre les autres » (p. 79), indique Simmel. La sociologie ou anthropologie des sens repose sur l’idée que les perceptions sensorielles ne relèvent pas seulement d’une physiologie ou d’une psychologie, mais d’abord d’une orientation culturelle laissant une marge à la sensibilité individuelle. Elles sont modelées par l’éducation et mises en jeu selon l’histoire personnelle de chaque individu. Du point de vue sociologique, la vue a une importance primordiale.

En effet, l'action sociologique de l'œil est unique par l'échange de regards, « phénomène d'interdépendance le plus immédiat, le plus pur dans l'absolu » (p. 83), estime Simmel. À travers son visage, l'individu est d'abord jugé pour son aspect avant d'être jugé pour son être. Le visage raconte un être. En cela, il permet d'accéder à une compréhension immédiate de l'individualité de l'autre. En revanche, l'ouïe se distingue de la vue par l'absence de réciprocité. Comparativement à la vue, l'ouïe est exclusive.

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06

Conclusion

L'essai de Simmel peut être considéré à la fois comme une critique de la ville moderne et la description d'un nouveau style de vie, qui se caractérise par l'émancipation de l'individu. Cependant, Simmel ne se positionne pas en juge. Il le dit clairement en conclusion de « Les grandes villes et la vie de l'esprit » : « […] ce n'est pas notre tâche d'accuser ou de pardonner, mais seulement de comprendre » (p. 71).

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07

Zone critique

Si l'analyse que Simmel propose de la ville reste pertinente aujourd'hui, on notera une inversion des tendances dans les échanges économiques, avec notamment le retour à la vente directe et aux circuits courts.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Les grandes villes et la vie de l'esprit, Paris, Payot & Rivages, Petite bibliothèque Payot, 2013.

Du même auteur – Philosophie de la modernité, Paris, Payot, 1989. – Philosophie de l'argent, PUF, Paris, 1987. – Philosophie de la mode, Paris, Allia, 2013.

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