
Les Ghettos du Gotha
Sociologie des élites économiques
Description
Les Ghettos du gotha est une étude importante sur le milieu de la grande bourgeoisie. Elle permet de découvrir et de comprendre les stratégies mises en place par les élites pour défendre et préserver leur pré carré ou, si l’on préfère, leur splendide isolement au sein de la société française.
Seront détaillées les mille et une manières de tenir à l’écart les importuns, ceux qui ne sauraient souscrire aux règles implacables de « l’entre-soi » édictées par la bourgeoisie.
Sommaire
01Introduction
Lorsque l’ouvrage paraît, en 2007, il prend la suite d’un certain nombre d’autres publications du couple Pinçon-Charlot consacrées à la grande bourgeoisie : leur ouvrage fondateur Dans les beaux quartiers (1989) et Sociologie de la bourgeoisie (2003).
Les Ghettos du gotha illustrent l’idée maîtresse des deux sociologues : tous les lieux occupés par la bourgeoisie (lieux de résidence, de loisirs, de sociabilité…) font l’objet d’une protection et d’un contrôle aussi systématiques qu’organisés et conscientisés. Les auteurs s’appliquent à définir méthodiquement une géographie, parisienne mais pas uniquement, de la grande bourgeoisie, ce qui est une véritable nouveauté théorique dans la pensée critique française.

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02Il existe une géographie de la grande bourgeoisie
La grande bourgeoisie, c’est-à-dire les élites de la fortune et du pouvoir, ont investi certains espaces bien identifiés. Ainsi, à Paris, cette classe sociale se concentre dans quatre arrondissements seulement : le 7e arrondissement sur la rive gauche et, sur la rive droite, les 8e, 16e et 17e arrondissements. Ajoutons à ceux-là le « vingt-et-unième arrondissement » à savoir la commune de Neuilly-sur-Seine, limitrophe de Paris (jouxtant le 17e arrondissement et le bois de Boulogne).
Cette municipalité est située dans le département des Hauts-de-Seine. C’est la commune la plus riche et la plus « bourgeoise » de France. C’est aussi l’une de celles qui s’obstinent avec le plus de régularité à refuser toute implantation de logements sociaux en son sein.
La province est évidemment à considérer. Les lieux d’implantation de la grande bourgeoisie sont de deux sortes. D’abord les stations balnéaires ou les stations de ski. Saint-Tropez et son annexe Ramatuelle sont les lieux les plus connus, mais d’autres lieux de villégiature plus anciens restent très prisés par les élites. Ainsi Deauville sur la côte normande, Saint-Jean-de-Luz sur la côte basque ou Saint-Jean-Cap-Ferrat sur la côte méditerranéenne. À l’étranger, les Pinçon-Charlot traite de Gstaad en Suisse qui reste la reine incontestée des stations de ski ; ses équivalents français pâlissent devant son pouvoir d’attraction véritablement planétaire.

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03Ces lieux protégés sont aussi des lieux menacés
Cette géographie de la grande bourgeoisie, parce qu’elle excite les convoitises, fait l’objet de différentes menaces. Menaces qui en réalité se réduisent à une seule : l’irruption d’intrus sur ces territoires préservés.
Prenons le cas de Neuilly-sur-Seine. Cette commune est divisée en trois parties distinctes. Le centre historique, autour de l’ancien domaine des Orléans, est habité par la « bonne bourgeoisie » ancienne. La bordure ouest de la commune, en bordure du bois de Boulogne, avec l’avenue Maurice-Barrès, est habitée par les plus riches des Neuilléens, ceux que l’on appelle les « milliardaires ». Et l’extrémité nord-ouest de la ville, le quartier Saint-James-Bagatelle, le moins prestigieux, est le lot des « parvenus » ou des « nouveaux riches ».

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04Pour parer à ces menaces, la grande bourgeoisie met en œuvre des stratégies de défense
Les stratégies destinées à protéger ces biens d’exception et leurs abords peuvent être regroupées en deux catégories.
Première catégorie : la sélection non pas uniquement par l’argent, mais également par la cooptation. C’est le cas des domaines à vocation familiale, comme celui de Keremma en Bretagne, s’étendant sur plusieurs centaines d’hectares et regroupant une centaine de maisons. Elles furent construites par des descendants du couple-souche de la famille, Louis et Emma Rousseau. Par ce recrutement endogamique dans tous les sens du terme, on limite bien évidemment la présence de personnes indésirables, celles qui ne maîtriseraient pas les codes sociaux en vigueur dans ce milieu. Mais ce recrutement particulièrement sélectif est également celui en usage dans ce que les auteurs nomment des « lotissements chics ».
Dans ce dernier cas, l’origine des acquéreurs dépasse largement l’horizon familial, même très élargi. Parmi ces « lotissements chics » on peut citer le domaine de l’Escalet à Ramatuelle, ou, tout proche, les Parcs de Saint-Tropez à Saint-Tropez. Entrent également dans cette catégorie le Parc de Maisons-Laffitte à Maisons-Laffitte, près de Paris, dans le département des Yvelines, banlieue chic s’il en est, et, à Paris même, dans le quartier d’Auteuil (16e arrondissement), la Villa Montmorency.

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05La grande bourgeoisie est détentrice de deux formes distinctes de capital
Le capital patrimonial au sens strict regroupe en premier lieu le capital économique, en particulier les propriétés immobilières, en ville et à la campagne, qui impriment leur marque sur toute la famille qui en est propriétaire. Capital économique qui comprend bien entendu également les titres, actions et obligations, et tous les autres biens de manière générale.
Mais ce capital patrimonial inclut également le capital culturel, d’une importance essentielle pour la grande bourgeoisie (« sans le latin, on n’est qu’un parvenu » a longtemps été un dicton dans ces milieux), le capital social (l’ensemble du réseau de relations sur lequel une famille peut compter) et le capital symbolique. Ce capital symbolique (titres de noblesse notamment) est ce qui pare la grande bourgeoisie d’une aura historique, ce qui la met à part et créé la distance avec les personnes du commun.

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06Conclusion
Les élites traditionnelles, que l’on peut regrouper sous le terme pratique bien qu’imprécis et réducteur de « grande bourgeoisie », ne sont pas en perte de vitesse. Ce sont encore elles qui exercent et détiennent en France tous les pouvoirs : politique, économique et social, et dans une moindre mesure culturel.

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07Zone critique
Cet ouvrage du couple Pinçon-Charlot fait l’objet de deux types de critiques. Le premier insiste sur le caractère plus anecdotique, moins exhaustif et moins construit que d’autres œuvres des auteurs, en particulier leur Sociologie de la bourgeoisie (La Découverte, 2003). Le deuxième souligne la complaisance, voire la connivence qui existerait entre les auteurs et leurs enquêtés.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Les Ghettos du gotha, Paris, Le Seuil, collection « Points », 2007. Les Ghettos du gotha, Paris, Le Seuil, 2007.

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