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Couverture de 'Les derniers jours de muhammad'

Les Derniers Jours de Muhammad

Hela Ouardi

Enquête sur les derniers instants

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Description

Comment expliquer que le Prophète, homme vénéré par les fidèles de la religion musulmane, n’ait pas bénéficié de soins funéraires, que le pilier de la spiritualité islamique ait été délibérément abandonné à sa mort ?

Hela Ouardi s’empare de ce paradoxe et offre ainsi une enquête des derniers instants de cette figure-clef de l’histoire sainte islamique.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Difficile aujourd’hui de ne pas entendre le nom du Prophète sans que celui-ci ne soit suivi de la formule de bénédiction musulmane : « Que la bénédiction et le salut de Dieu soient sur lui ». Ce rajout se systématise depuis quelques années et traduit la vénération exacerbée de Muhammad chez les musulmans.

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02

Réformer l’islam

En se saisissant de l’étude des derniers instants de Muhammad, Hela Ouardi entend bien redonner au Prophète son épaisseur historique et individuelle : à rebours de l’image magnifiée du guide de la communauté portée par des siècles de civilisation islamique, l’homme lui-même apparaît profondément bouleversé par les rivalités et dissensions communautaires. Ainsi, la chercheuse appelle à une « réforme esthétique » et non théologique de l’islam : ça n’est donc pas le dogme lui-même, mais bien sa construction qu’Hela Ouardi se propose d’examiner.

Pour mener à bien cette étude, elle confronte des sources issues des Traditions islamiques de toute obédience. Pareille exhaustivité mérite d’être soulignée puisque l’ensemble de ce corpus n’a pas été rassemblé et compilé par les mêmes auteurs ni pour les mêmes raisons. Par conséquent, le récit global qu’offre la chercheuse répond à une exigence de cohérence fondamentale dans l’approche des derniers jours du Prophète.

On peut distinguer trois grands types de documents qui constituent la Tradition musulmane : d’une part le Coran lui-même, puis les hadiths (récits des paroles ou actes du Prophète à valeur d’exemplarité), et enfin les incontournables sîra-s (biographies, voire quasi-hagiographies), maghâzî (ou Gestes des Arabes), et tasfîr-s (exégèses) que les lettrés des premiers siècles de l’islam ont légués aux générations suivantes. Dans un appendice à l’ouvrage, Hela Ouardi rappelle que toutes ces œuvres ont avant tout pour vocation de construire « l’histoire [musulmane] du salut » : en effet, il s’agit pour ces différents auteurs de constituer un récit unifié des temps islamiques, faisant ainsi des fidèles leurs héritiers.

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03

Une carrière prophétique déjà en péril

Dans une large acception des derniers jours de Muhammad, Hela Ouardi rappelle les nombreuses difficultés auxquelles celui-ci était confronté : les sources témoignent en effet de menaces récurrentes, internes et externes, qui pesaient sur la Médine musulmane. Plusieurs incidents révèlent ainsi un chef de communauté peinant à se faire obéir et sans cesse objet de persécutions. Par exemple, au retour de Tabûk où les musulmans manquèrent de peu d’affronter les Byzantins en 630, le Prophète est victime d’une tentative d’assassinat. Cette agression, restée dans les mémoires sous le nom de la conjuration d’al-‘Aqaba, est démasquée par deux Compagnons, mais ne fait pas l’objet de poursuites ; l’auteure y lit la preuve de l’influence des agresseurs dans la communauté, que Muhammad craignait d’affronter.

Au début de l’année 632, le Prophète perd son unique héritier mâle, Ibrahim, né de sa concubine copte, Mâria. En plus de la profonde affliction dans laquelle cette disparition le plonge, Muhammad y voit un signe de sa propre fin. Lors du pèlerinage de l’Adieu quelques semaines plus tard, il effectue son dernier déplacement à la Mecque et annonce l’accomplissement de sa mission prophétique sur terre : or, pour les sources chiites, cet ultime pèlerinage correspond au moment où le Prophète aurait choisi Ali comme successeur ce qui aurait provoqué une tentative d’assassinat de ce dernier par le reste des Compagnons, jaloux. Tout laisse à penser qu’il préparait donc son départ pour l’au-delà. Or, si les sources sunnites n’attestent pas de la véracité de cet épisode, du moins font-elles référence, en d’autres endroits, à la fameuse sentence qui désigne Ali comme « seigneur de tous les croyants ».

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04

La mort de Muhammad, une affaire de succession ?

Tâchant de comprendre ce qui nourrit cette dissension communautaire, Hela Ouardi identifie plusieurs raisons susceptibles d’expliquer ces désobéissances successives : les Compagnons n’auraient en fait pas intérêt à ce que leur Prophète continue à vivre.

D’une part, la communauté musulmane se heurte à un mouvement de sédition parmi ses tribus vassales. Celles-ci, menées par ce que le Coran appelle « les faux prophètes », c’est-à-dire des chefs charismatiques inspirés du modèle mohammadien, refusent de payer l’impôt à Médine et menacent les marges du territoire islamique. Or, malgré cette insécurité croissante, le Prophète ne parvient pas à élaborer une politique efficace, et les Compagnons ont bien des raisons de craindre que la fin de leur âge d’or n’ait sonné. Ils piaffent et Muhammad ne choisit toujours pas d’héritier. Il n’en aurait pas fallu davantage, selon Hela Ouardi, pour justifier l’indiscipline de ses proches.

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05

Une mort mystérieuse, un héritage falsifié

La mort elle-même du Prophète est entourée d’un mystère épais et étrange au vu de l’extrême minutie avec laquelle la Tradition en a rendu compte : en effet, celle-ci rapporte le désir qu’aurait émis Muhammad de rédiger un testament. Pour Hela Ouardi, c’est loin d’être un point de détail : il invalide le soi-disant illettrisme du Prophète.

En effet, cette incapacité proverbiale à rédiger ou lire des documents écrits ne serait qu’une manière d’associer la personne prophétique à un état de pureté originelle, dépourvu de ruse. La chercheuse tunisienne relie ce trait surprenant à la disparition de tout document que le Prophète aurait pu dicter ou écrire lui-même, alors même que la Tradition en a fait mention d’une quantité certaine.

Si l’Envoyé de Dieu émet le désir de coucher par écrit ses dernières volontés, le cercle familial restreint présent autour de son lit l’en empêche : tous se disputent et certains prétendent que Muhammad n’aurait plus toute sa tête : un homme parvient en réalité à l’empêcher définitivement de s’exprimer une dernière fois, Omar. Aux yeux d’Hela Ouardi, les derniers instants de Muhammad sont en fait le lieu d’une lutte de pouvoir symbolique entre le mourant et l’un de ses acolytes. Que celui-ci ait obtenu gain de cause prouverait alors qu’il était craint de tous, et au premier chef, du Prophète lui-même.

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06

Conclusion

Lorsqu’en 707, le calife omeyyade ‘Abd al-Malik ordonne la construction d’une mosquée à Médine, à la gloire du Prophète, personne ne peut attester du véritable lieu de sépulture de ce dernier. Il faut attendre la moitié du VIIIe siècle de notre ère pour que Muhammad prenne sa place dans les formules de dévotion.

L’étude historique des sources exégétiques de l’islam souligne donc le lien intrinsèque entre la mort de l’Envoyé et la construction d’un monothéisme fort au sein d’un empire islamique en pleine expansion.

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07

Zone critique

On l’a vu, la qualité de ce travail historien réside sans nul doute dans l’habileté impressionnante dont fait preuve Hela Ouardi dans l’étude et la confrontation de sources islamiques diverses. Elle livre ainsi un récit prudent, mesuré et cohérent de ce qu’un observateur averti pourrait comprendre de la mort mystérieuse du Prophète.

Cette maîtrise du corpus islamique dans toute sa variété lui permet alors de réfuter le monopole du récit exégétique porté par les tenants d’un islam salafiste, au sens étymologique du terme (al-salaf al-sâlih, les pieux ancêtres) : ces derniers voient dans le retour aux premiers temps mythifiés de l’islam, le salut d’une religion pervertie par des siècles de civilisation corrompue.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Les Derniers Jours de Muhammad, Albin Michel, Paris, 2016.

De la même auteure – Les Califes maudits : la déchirure, Paris, Albin Michel, 2019. – Les Califes maudits : à l'ombre des sabres, Paris, Albin Michel, 2019.

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