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Couverture de 'Les bandits'

Les Bandits

Eric J. Hobsbawm

Histoire des hors-la-loi et de la rébellion

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Description

Robin des bois volant aux riches pour donner aux pauvres : c’est la figure légendaire du « bandit social » : hors-la-loi pour le souverain, il apparaît comme un vengeur, un justicier et un héros aux yeux de la société paysanne à laquelle il appartient.

Des haïdoucs, bandits des Balkans, aux cangaçeiros du Brésil, en passant par Jesse James et Billy the Kid, l’historien britannique Eric Hobsbawm retrace, dans cet ouvrage, l’histoire mouvementée du banditisme social. Prenant ses distances avec l’histoire officielle, il inscrit le destin de ces marginaux dans l’étude des structures économiques et sociales qui conditionnent leur apparition, établissant un lien entre les « épidémies de banditisme » et d’intenses phases de crise économique. Il décèle également, dans cette histoire, une généalogie primitive des mouvements sociaux contemporains.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’étude d'Eric Hobsbawm s’inscrit dans une analyse menée sur les formes archaïques de mouvements sociaux auxquels l’historien a consacré une grande partie de son travail de recherche. Distinguant le banditisme « ordinaire » du banditisme « social », autrement dit dissociant Robin des Bois des criminels qui pratiquent une violence qui ne serait profitable qu’à eux seuls, il entend expliquer ce phénomène, mais aussi en présenter les héros à travers de larges portraits. Puisant dans ses sources aussi vastes que la poésie populaire, les contes folkloriques ou la fiction cinématographique, il s’intéresse particulièrement au mythe du bandit, qui se diffuse généralement bien au-delà de son territoire originel et de son cadre temporel, représentant celui qui « refuse de courber l’échine » pour l’ensemble de ceux qui se sentent opprimés.

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02

Banditisme et banditisme social

L’ouvrage s’ouvre sur une réflexion générale à propos du banditisme, que l’historien définit comme des bandes d’hommes (les femmes en faisaient rarement partie) ne reconnaissant ni la loi ni l’autorité, armés et violents, qui soumettent leurs victimes par l’extorsion ou le vol. Il l’analyse comme une réaction aux transformations subies par des sociétés rurales traditionnelles : intégration dans une société de classes, contact avec d’autres sociétés aux modes de vie différents ou conflit avec un pouvoir étranger.

Il s’agirait donc d’une résistance collective au capital et à l’autorité, souvent déclenchée par la pauvreté, voire la faim. Le bandit pouvait d’autant plus s’épanouir que le pouvoir, dans les sociétés pré-industrielles, était limité dans ses modes d’action et se contentait essentiellement de capter les surplus de richesses générés par les producteurs, principalement ruraux. La puissance se mesurait alors dans la capacité à mobiliser des hommes et à mettre en œuvre des systèmes de clientèle, exercée par des seigneurs, le contrôle étatique ne s’exerçant qu’occasionnellement, par manque de moyens humains. Eric Hobsbawm explique que le banditisme ne peut se développer que si le pouvoir est faible, jusqu’à devenir un phénomène de masse et dégénérer véritables « épidémies ». De ce fait, il considère que le banditisme doit être pensé en articulation avec une histoire politique et une histoire du pouvoir, en tant qu’effort pour contrôler les populations et les ressources.

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03

Qui devient bandit ?

Selon Eric Hobsbawm, le banditisme est synonyme de liberté ; mais dans une société paysanne, la liberté est l’apanage d’une minorité. La plupart des gens sont prisonniers à la fois du seigneur et du travail. Car si les paysans étaient les victimes de l’autorité et de la coercition, c’est davantage à cause de leur manque de mobilité qu’en raison de leur vulnérabilité économique ; ils étaient enracinés dans la terre, dans le domaine sur lequel ils vivaient, et une fois et mariés et installés sur leur lopin, ils n’en bougeaient quasiment plus.

L’auteur suggère différentes origines au banditisme, qui peuvent se rejoindre. Les régions qui disposent d’un surplus de population rurale constituent un réservoir certain, à plus forte raison si elles souffrent du manque de terre ou si les exploitations sont caractérisées par leur petite taille : le prolétaire rural sans trop d’attaches bascule plus facilement dans le banditisme que le paysan moyen ancré à sa terre. Les jeunes gens entre puberté et mariage sont des recrues privilégiées et forment des bandes qui battent la campagne dans l’attente d’un avenir plus conforme aux attentes sociales de leur temps et de leur communauté.

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04

Robin des Bois et la question de la violence

Eric Hobsbawm présente ensuite le bandit le plus célèbre de l’Histoire, considéré par le plus grand nombre comme « le brigand au grand cœur », Robin des Bois. Il représente l’idéal du brigand social et, de ce fait, on le retrouve, sous diverses appellations, dans un grand nombre de sociétés. Il possède un très grand esprit de justice, se montre solidaire de la société paysanne dont il provient, redresse les torts et redistribue les richesses aux plus humbles, ce qui lui vaut une fervente admiration de tous ses congénères et la haine des puissants.

Il ne tue qu’en situation de légitime défense, ou pour exercer une juste vengeance. Réputé invulnérable, il ne peut mourir qu’en raison d’une trahison, après une carrière courte, mais brillante, qui marque les consciences. Dans ces actions –voler aux riches pour donner aux pauvres –, l’historien voit une « protestation sociale primitive », car Robin des Bois ne se fait pas le chantre d’une société libre et égalitaire ; c’est là la limite d’un personnage mythique qui touche encore l’ensemble de l’imaginaire occidental.

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05

Les aspects politiques du banditisme

L’historien revient également sur les bandes militarisées qui se constituèrent face à des conquérants de langues et de régions étrangères. Il évoque surtout sur le cas des zones européennes de l’ancien Empire ottoman, où l’hostilité envers les oppresseurs turcs suscita l’émergence de bandes diverses : les « clephtes » en Grèce, les « haïdoucs » dans les Balkans, alors que les « cosaques » sévissaient dans les zones de frontière entre la Russie et l’Empire turc.

Il y voit des mouvements de guérilla primitifs, plutôt que de vrais bandits sociaux ; mais leur fonction de vengeurs du peuple leur conféra une image positive et leur permit d’entrer durablement dans la légende. Structurés en groupes organisés et hiérarchisés, se voulant libres et égalitaires, ils perdurèrent après la disparition de leurs fondateurs, ce qui les distingue encore des autres vengeurs. Leur révolte et la violence, qu’ils exercèrent, entretint un rêve de liberté.

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06

Un banditisme ré­vo­lu­tion­naire ?

L’ouvrage s’interroge enfin sur l’éventuel caractère révolutionnaire du banditisme social. Eric Hobsbawm en souligne rapidement les limites, tant techniques qu’idéologiques : les Robins des Bois et autres brigands d’honneur ne proposent pas un modèle socio-politique qui puisse être étendu à une société tout entière. Si l’existence du banditisme social peut préparer le terrain à la révolte, le banditisme n’intervient généralement dans la révolution paysanne que pour fournir des combattants et des chefs de guerre, lesquels risquent chaque fois d’imposer un nouveau régime politique sans transformer fondamentalement les structures sociales préexistantes.

Les bandits sociaux s’intègrent donc difficilement et modestement aux mouvements révolutionnaires modernes, même s’ils en reconnaissent la pertinence dans la dénonciation de l’injustice, car ils sont trop éloignés de leurs systèmes de valeurs. Leur cause étant commune, celle du peuple et des pauvres, révolutionnaires et bandits peuvent se côtoyer, sans qu’il y ait de véritable intégration ou de perméabilité entre les deux catégories.

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07

Conclusion

Dans cet ouvrage, Eric Hobsbawm ne propose pas une histoire des bandits, mais plutôt un décryptage des mythes liés au banditisme ; il s’agit principalement de révéler en quoi ces légendes renvoient à une réalité historique. Il démontre que le bandit, loin d’être un révolutionnaire, est en réalité profondément conservateur : il est attaché à l’ordre ancien, réel ou rêvé, auquel il souhaite revenir.

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08

Zone critique

Ce livre est particulièrement instructif, car il renvoie à un domaine peu connu, à la fois des bandits, mais également des représentations de ces individus, dont certains sont très présents dans les cultures occidentales du XXIe siècle. À la croisée des chemins de l’histoire et de la sociologie, cette étude offre également à la lecture une galerie de portraits de célèbres hors-la-loi. La remarquable plume de l’historien participe également du plaisir de lire ses travaux.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Les Bandits, Paris, La Découverte, 2008 [1972].

Du même auteur – Les Primitifs de la révolte dans l’Europe moderne, Paris, Fayard, 1963. – L’Ère des Révolutions. 1798-1848, Paris, éditions Complexe, 1988. – L’Ère des Empires. 1848-1875, Paris, Hachette, 1987.

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