
L’Ère des organisateurs
Réflexions sur l'organisation et le pouvoir dans la société
Description
James Burnham écrit L’Ère des organisateurs dans le contexte de la crise économique des années trente et du début de la Seconde Guerre mondiale. Ces deux événements révèlent les contradictions du capitalisme et conduisent Burnham à diagnostiquer, à l’instar d’un Schumpeter, sa fin inéluctable.
Toutefois il entend démontrer que cette disparition ne conduit aucunement à une transition vers le socialisme. Dans les pays développés, le pouvoir échoit de manière croissante au groupe social en formation des managers.
Sommaire
01Introduction
L’Ère des organisateurs appartient à la catégorie singulière des essais en sciences sociales. À partir de réflexions d’ordre économique, sociologique et politique, Burnham propose d’étudier l’évolution globale des sociétés développées, lesquelles traversent depuis la Grande Guerre une période de transition entre deux régimes : le capitalisme, qui avait progressivement émergé depuis le XVIe siècle, et un nouveau régime, qu’il décide de nommer la société managériale (ou directoriale). Il entend étudier cette mutation de manière purement descriptive, en adoptant une méthode comparative.

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02La société capitaliste
Pour mener à bien sa comparaison, Burnham recense les principales caractéristiques de la société capitaliste. Du point de vue économique, il insiste sur la production de marchandises en vue de réaliser un profit via l’échange, la coordination par le marché, l’accumulation privée de capital, l’existence de crises périodiques ainsi que l’existence des deux grandes classes du schéma marxiste (propriétaires des moyens de production et travailleurs). Du point de vue politique, la société capitaliste est marquée par l’existence d’États-Nation, où le rôle de l’État est limité et où le pouvoir se loge d’abord et avant tout dans les parlements nationaux. Enfin les valeurs fondamentales de cette société sont l’individualisme, l’idéologie des droits naturels, le respect de la propriété privée ainsi que l’idéologie du progrès.

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03Le rejet des thèses de la permanence du capitalisme et de la révolution socialiste
Burnham prend soin d’écarter deux grandes thèses, couramment défendues à l’époque, concernant l’avenir des sociétés modernes. La première est celle de la « permanence du capitalisme », soit la croyance, malgré la reconnaissance de l’existence de crise de ce régime, à sa conformité à une prétendue nature humaine, de telle sorte qu’il serait un horizon indépassable. La seconde thèse rejetée est celle de « la révolution socialiste », qui, comme celle de Burnham, présuppose la disparition du capitalisme. Mais, choisissant de définir la société socialiste comme une société sans classe, démocratique et internationale, il entend démontrer, en s’inscrivant explicitement en faux contre les marxistes, que la fin du capitalisme n’est pas synonyme de l’avènement de la première.

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04La thèse de la révolution managériale
C’est l’émergence de cette nouvelle classe dirigeante qui révèle l’émergence d’un nouveau cadre institutionnel dans les sociétés développées. Burnham estime que les managers supplantent les capitalistes et les actionnaires passifs en ce qui concerne le contrôle de l’usage des instruments de production. Mais ils contrôlent également la distribution des richesses en exerçant le pouvoir dans les administrations étatiques, dont les interventions augmentent dans le sillage de la crise des années trente. La Seconde Guerre mondiale renforce cette tendance à la mise en sommeil du marché comme mécanisme de coordination économique au profit de la planification mise en œuvre par des bureaucraties privées et publiques. Au niveau politique, le pouvoir parlementaire caractéristique du régime capitaliste se réduit tandis que les prérogatives des agences et comités représentant le secteur exécutif du gouvernement s’élargissent.

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05Manifestations historiques de la révolution managériale
Afin de donner du crédit à sa thèse de la révolution managériale, notre auteur s’attache à étudier les cas spécifiques de trois grandes nations représentatives : la Russie, l’Allemagne et les États-Unis. Concernant la première, il considère le léninisme comme l’idéologie légitimant aux yeux des masses la prise de pouvoir d’une nouvelle classe dirigeante. Conjuguée à la suppression des institutions économiques du capitalisme à partir de la révolution d’octobre 1917, le pouvoir des capitalistes en tant que classe dirigeante a rapidement disparu en Russie. Mais, conséquence de son faible développement économique et technologique au cours du XIXe siècle, la Russie est gouvernée par une bureaucratie où règnent désormais « le népotisme, la corruption, le terrorisme et la stupidité ».
Concernant l’Allemagne, Burnham tient le régime nazi pour une des formes de la révolution managériale à l’œuvre plutôt que comme une forme de « capitalisme dégénéré », à l’instar de ce que suggèrent de nombreux socialistes. La prise de contrôle de la finance par l’État, la fusion des syndicats et du parti, la rationalisation de la production industrielle, le recours à la planification afin de lutter contre le chômage en constituent autant de preuves. La supériorité supposée de l’économie de guerre allemande, dont la coordination s’effectue par le truchement de politiques planificatrices mises en œuvre par les directeurs des administrations plutôt que par la coordination marchande sous l’égide des capitalistes – amène Burnham à penser que le régime managérial va se substituer au capitalisme dans l’ensemble des pays belligérants, la guerre favorisant une convergence des structures productives.

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06Conclusion
Ce livre constitue l’un des points de départ d’un corpus majeur de la littérature d’après-guerre, à savoir les réflexions construites autour du concept de société industrielle par des auteurs tels que Raymond Aron, Daniel Bell ou John Kenneth Galbraith.

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07Zone critique
Parmi les critiques faciles à adresser à l’ouvrage, on peut mettre en exergue le fait que les prédictions de Burnham concernant la victoire de l’Allemagne nazie ainsi que la partition de la Russie se sont avérées erronées. À cela s’ajoute le fait que Burnham n’aurait pas payé toutes les dettes intellectuelles qu’il a pu contracter pour écrire cet ouvrage. Léon Blum, qui a préfacé la traduction française de l’ouvrage, explique que l’on peut également engager un débat sur la définition donnée par Burnham de la société socialiste.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– James Burnham, L’ère des organisateurs, Paris, Calmann-Lévy, coll. « Liberté de l’esprit », 1947.
Du même auteur
– Burnham J., The Machiavellians, Defenders of freedom, New York, John Day, 1943.

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