
L’Entreprise altruiste
Le modèle de l'entreprise sans objectif économique
Description
Créer une entreprise sans objectif économique, se lancer sans business plan ? Une utopie, diront certains ! Partout dans le monde, des entreprises, petites, grandes, voire très grandes, et dans tous domaines d’activité, sont conçues autour d’une valeur humaniste. Leurs créateurs ne se sont pas posé la question de la prospérité, ils ont répondu à une vision, un désir de partage… à chaque fois avec philanthropie.
Et cela fonctionne ! Le résultat : des patrons en phase avec leurs valeurs, des salariés heureux, des partenaires fiers et la réussite économique en plus, comment ont-ils fait ?
Sommaire
01Introduction
Un jour qu’il faisait un long trajet en taxi, l’un des auteurs de ce livre engagea la conversation avec le chauffeur qui lui expliqua qu’avant de devenir taxi, il avait été commercial pour un grossiste en papeterie et qu’il avait adoré cela. Il vendait très bien ses produits et il avait de bons résultats. « – Comment faisiez-vous ? – je ne cherchais jamais à vendre, je proposais toujours les bons produits au juste prix ». En fait, ses clients avaient tellement confiance en lui que, quand il arrivait, ils le laissaient remplir tout seul le bon de commande dans la réserve, bon qu’ils signaient sans quasiment le vérifier ! et à la question : « Pourquoi vous faisaient-ils donc tellement confiance ? » Il répondit le plus simplement du monde : « Parce que je les aimais ! »

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02Qu’est-ce qu’une entreprise altruiste ?
C’est une entreprise dont l’essentiel de l’activité se fait au service inconditionnel de ses interlocuteurs : clients, fournisseurs, livreurs, employés, actionnaires même… tout en agissant dans le respect des territoires où elle opère. Cette volonté de servir l’autre se trouve au cœur de l’activité. Il s’agit d’une manière différente de penser l’entreprise, considérant que sa vocation première est de contribuer à aider, à soutenir ou à améliorer la vie de tous ceux qui y sont liés de près ou de loin. Et cela peut se faire dans tous les secteurs comme la finance, l’industrie, l’agroalimentaire, la santé, la grande distribution, etc.
Qui sont ces entrepreneurs et pourquoi ont-ils choisi cette voie ? Ce sont des femmes et des hommes qui, à un moment de leur vie, ont réfléchi différemment. Parfois ils répondent à un besoin de quitter un travail ou un mode de pensée qui ne correspondent pas ou plus à leurs valeurs. Parfois c’est lié à un évènement, un accident, une histoire personnelle.

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03Prospérer sans rechercher la réussite économique
Dans une entreprise altruiste, les salariés sont fiers de travailler, et dans une plus large mesure, les fournisseurs et autres prestataires, les familles des salariés, la commune où l’entreprise est installée…
Un tel sentiment naît de la cohérence par laquelle l’entreprise est pensée : cela touche autant les conditions de travail que la relation avec les partenaires ou l’environnement, etc. De fait, l’entrepreneur renonce à viser une réussite économique sans quoi ses actions continueraient à être motivées par la recherche de résultat.
Cela vient, entre autres, du principe d’obliquité. Ce terme de géométrie, ou d’astronomie décrit l’inclinaison d’une ligne ou d’une surface par rapport à une autre ligne ou une autre surface. Dans Obliquity : Why our goals are best achieved indirectly, à propos du vol de Messenger, l’économiste britannique John Kay explique : si la NASA avait visé directement Mercure, la sonde spatiale Messenger se serait écrasée à l’arrivée. Alors qu’en suivant une trajectoire en spirale elle a réussi à se positionner en orbite de Mercure. Il en a retiré un principe général expliquant que, paradoxalement, il est souvent plus facile d’atteindre ses objectifs en ne les visant pas directement. Ce principe permettrait de comprendre pourquoi les gens heureux le sont souvent bien plus que ceux qui cherchent à tout prix le bonheur. John Kay a appliqué ce principe aux entreprises en émettant l’hypothèse que les plus rentables ne seraient pas celles qui viseraient la rentabilité.

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04Changer de paradigme et ouvrir son esprit
Tout le monde n’est pourtant pas capable de devenir altruiste, on l’est ou on ne l’est pas. Comment se projeter en tant qu’entrepreneur altruiste ? Comment se rendre capable de s’ouvrir inconditionnellement à un autre que l’on ne connaît pas ?
Même une personne très généreuse n’aura pas la même capacité d’ouverture et de lâcher-prise pour son entreprise, elle restera méfiante et gardera son instinct de protection. Un gros travail sur soi est nécessaire pour changer ses a priori sur les autres. Se dire que l’autre, le salarié, le fournisseur, le banquier… est foncièrement honnête et fera de son mieux dans un respect mutuel, demande d’ouvrir très grand son esprit !
On sait que les abus de confiance, le vol, les manipulateurs… tout cela existe bel et bien. C’est la raison pour laquelle l’entreprise se protège (textes de loi, contrats, etc.)

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05« La confiance n’exclut pas le contrôle » … Eh bien si, justement !
Être altruiste, c’est aussi être capable de donner avant de recevoir, c’est se concentrer sur l’autre sans l’instrumentaliser. Et cela passe par la confiance inconditionnelle, pas une confiance sous contrôle. Accorder sa confiance, c’est offrir à l’autre la liberté et, de fait, renoncer à tout contrôle…
Pour autant, « renoncer à contrôler n’entraîne pas la disparition du contrôle. Tout simplement celui-ci change de main et, au lieu d’être exercé par les supérieurs sur les subordonnés, il est exercé par les subordonnés eux-mêmes – il devient de l’autocontrôle. » (p.439-440). C’est une approche très différente, iconoclaste même.
Dans un management classique, lorsqu’un cadre envisage une prise de décision pouvant provoquer un tournant stratégique à son entreprise, il soumet son projet au vote du comité de direction, par exemple. Or, à bien l’analyser, cette démarche peut être considérée comme une pratique déresponsabilisante : le cadre fait une proposition, à partir du moment où elle est validée par une autorité supérieure, si jamais c’était un mauvais projet, il n’en est plus tout à fait responsable : « Ils n’avaient qu’à pas le valider, là-haut ! » Par contre, quand vous êtes cadre et qu’avant même la présentation de votre projet, votre hiérarchie vous dit oui sans condition, vous en êtes, pour le coup, totalement responsable. Est-ce que cela n’est pas la garantie que ce projet sera forcément parfaitement « bordé », étudié jusqu’aux extrêmes hypothèses ? Par conséquent, le meilleur projet qui soit !

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06Oser être audacieux, ne pas se laisser bloquer par la peur
Diminuer ses protections pour favoriser le relationnel n’est pas si dangereux qu’on pourrait le croire. Toute entreprise comporte une part de fragilité, même protégée par une législation bien pensée. Tout peut arriver. Les crises récentes nous prouvent que même une entreprise florissante peut subir de terribles aléas. Et parfois, elle s’en sort mieux grâce à la solidarité et à la relation humaine que par les protections fournies par ses contrats d’assurance ou par la loi.
Du point de vue psychologique, comme l’explique l’économiste et historien, Luigino Bruni, il est parfois plus difficile de vouloir se prémunir en permanence contre tout risque de blessure que d’affronter le fait d’en être parfois victime. Parvenir au risque zéro et vouloir se protéger exige de s’isoler dans sa bulle et de se couper des autres au prix de relations authentiques et enrichissantes. L’élaboration de stratagèmes pour se protéger par du contrôle et de la surveillance peut faire perdre beaucoup d’opportunités. D’un autre côté, lorsque vous adoptez une posture différente, vous vous heurtez à la critique. C’est le cas de la société Châteauform’ souvent considérée comme une secte parce qu’elle parle à ses clients comme à des amis ! Le poids du conformisme social est parfois très lourd. Il ne faut pas avoir peur.

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07Conclusion
Toute entreprise peut devenir altruiste. Elle doit simplement reposer sur un projet cohérent, qui contient des vraies valeurs. C’est à l’entrepreneur de lui donner ce sens, de savoir ce qu’il veut vraiment faire de son affaire. Cela demande un travail personnel, il faut oser se remettre en question. Ensuite c’est une histoire de conviction et de courage, oser être soi et faire coïncider son cheminement de vie avec sa vision de l’entreprise.

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08Zone critique
L’entreprise altruiste est sans doute l’entreprise de demain. Au vu du désastre produit par la course au profit et d’un management inhumain, il est grand temps que ce monde s’attache à mettre en valeur ce qu’il y a de plus beau dans l’humanité : le respect, le partage, la solidarité, la créativité… plutôt que de parler d’objectifs, de résultats, de compétition et autres pratiques d’un autre âge.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Isaac Getz et Laurent Marbacher, L’Entreprise altruiste, Paris, Albin Michel, 2019.
Ouvrage d'Isaac Getz – Avec Brian M. Carney, Liberté & Cie, quand la liberté de salariés fait le succès des entreprises, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2016.

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