
Lénine, l’inventeur du totalitarisme
Le visionnaire qui a changé le cours de l'histoire
Description
Élève doué et travailleur, Lénine aurait pu devenir un serviteur du Tsar, à l’exemple de son père, brillant inspecteur des écoles anobli par le régime. Mais, son frère aîné ayant été exécuté pour complot, il conçut pour le régime une haine absolue, qui trouvera un exutoire dans le marxisme. Son goût pour la violence vint, en 1917, rencontrer celui des masses russes révoltées.
Au pouvoir, Lénine centralisa le pouvoir d’une façon inédite afin d’exterminer la bourgeoisie. La dictature du prolétariat s’était muée en totalitarisme.
Sommaire
01Introduction
Le livre s’ouvre sur une anecdote. Invité à Kiev, en 2013, pour une conférence sur la grande famine ukrainienne (Holodomor) qui fit plusieurs millions de victimes entre 1932 et 1933, Stéphane Courtois s’indignait de ce que l’imposante statue de Lénine qui trônait en plein centre de la ville n’ait pas encore été abattue. L’auteur veut faire de même, mais sur le plan historique.
Son Lénine est l’entreprise de démolition d’un mythe dont il pense qu’il empêche de comprendre le totalitarisme. S’appuyant sur un corpus anti-soviétique et principalement anglo-saxon (il ne parle pas russe), Courtois revient sur l’ensemble du mouvement socialiste russe, sur l’enfance du chef et ses traumatismes psychologiques, sur sa vie en exil et sur ses combats politiques au sein de la social-démocratie.

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02Les Oulianov dans la tourmente révolutionnaire russe
Lénine, de vrai nom Vladimir Ilitch Oulianov, est né en 1870 dans une Russie en proie à la décomposition sociale. Quelques années auparavant, le Tsar a procédé à la libération des serfs. Ce sont en principe des hommes libres, capables de posséder la terre. Mais la chose est théorique.
En fait, ils doivent racheter les terres qu’ils veulent s’approprier, ce qui a pour conséquence de les endetter. Leur servitude n’a pas disparu, elle s’est modernisée, passant du féodalisme au capitalisme. Dans le même temps, le Tsar fait construire des écoles, et pour cela il a besoin d’hommes instruits et dévoués, comme Ilya Oulianov, le père de Vladimir, qui fera une très brillante carrière, puisqu’il deviendra inspecteur de toute la région de Simbirsk. Lénine grandit donc en fils de notable et même de noble, puisque son père fut promu, comme tous les haut-fonctionnaires de l’Empire, membre héréditaire de l’aristocratie.
Parallèlement, on construit des universités, des chemins de fer, des télégraphes, l’activité économique se développe, et la démocratie pénètre doucement le pays, sous forme d’assemblées locales élues au suffrage censitaire (les zemstvos et les doumas municipales).

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03La naissance d’un chef. Oulianov se « délimite »
Au sortir de l’adolescence, le jeune Vladimir Oulianov connut un double drame. Il perdit coup sur coup son père, atteint de congestion cérébrale, et son frère. Affilié à une société secrète, ce brillant étudiant en chimie avait été chargé de préparer des explosifs pour tuer le Tsar. Arrêté par la police, il avait été pendu. Ce frère était le héros de Vladimir, alors encore lycéen, le modèle sur lequel il avait reporté toute l’affection due au père récemment décédé. La blessure, on l’imagine, était vive. Pour Courtois, elle est fondamentale, puisqu’elle expliquerait la vocation révolutionnaire de Lénine comme une longue et impitoyable vengeance, ravalant l’épopée au rang de médiocre vendetta.
Mû par une volonté inflexible, Lénine entreprit de lire toute la bibliothèque du frère, dont il embrassa le destin, mais avec la ferme résolution de ne pas finir, lui, au bout d’une corde. Il avala les révolutionnaires français, russes, allemands et anglais, entra dans des conspirations, fut arrêté, connut la prison. Malgré l’interdiction qui l’avait frappé, sa mère parvint à l’inscrire à l’université en 1890. Deux ans plus tard, il était avocat, avec félicitations du jury. Que la sœur de Lénine soit morte juste avant les examens et que cela n’ait pas empêché Lénine de travailler, ce n’est pas, pour Courtois, de la force de caractère, c’est la preuve de la monstruosité du personnage.

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04Révolution
Sur ce, éclate la guerre. Pour Lénine, les choses sont claires. Le capitalisme en est à sa crise ultime, il rédige alors, en 1916, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. Opposé aux pacifistes parce que l’arrêt des hostilités ne ferait que prolonger la domination du capital sur les classes laborieuses, il ne soutient pas non plus la masse de ses camarades socialistes, qui se sont ralliés à la guerre. Ce qu’il veut, c’est la transformation du conflit en guerre sociale. Mais les ouvriers, massivement, se rangent sous leurs drapeaux respectifs. Les années passent et la tuerie continue. Lénine est abattu : peut-être ne verra-t-il jamais l’aube rouge de la libération universelle.

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05Guerre civile
S’appuyant sur les masses de la capitale, Lénine prend donc le pouvoir. Bientôt, il supprime les libertés « bourgeoises ». La presse, pour échapper au contrôle du capital, passe à celui du pouvoir politique. Les soviets (ou Conseils d’ouvriers et de soldats, assemblées populaires locales), censément expression de la démocratie, sont pris en main par le Parti, qui prend nom de communiste, tandis que les autres sont interdits. Opportunistes et affairistes affluent dans le Parti, qui devient pléthorique. La police politique peut arrêter sans preuve, condamner sans jugement, torturer sans raison. La propriété privée est supprimée. Plus personne ne jouit des bases matérielles de son indépendance.
Plus personne n’est responsable de rien. Jamais, dans l’histoire du monde, aucune organisation n’aura eu autant de pouvoir, ni aucun peuple n’aura été asservi avec autant de méthode. La paysannerie se soulève, les puissances étrangères envoient des contingents, le Tsar et sa famille sont exécutés en catimini. La paix n’est bientôt plus qu’un vieux souvenir. Partout, des bandes de paysans défient le pouvoir. Les contre-révolutionnaires, appuyés par l’étranger, forment des armées partout. On largue du gaz sur les populations civiles. Pour abattre la paysannerie récalcitrante, on affame des régions entières. Lénine ne conçoit pas la pitié. L’homme nouveau a une nouvelle morale : est bon ce qui est révolutionnaire, mauvais ce qui ne l’est pas.

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06Conclusion
En 1922, Lénine a établi le pouvoir le plus absolu qui soit, sur le plus grand pays de la terre. Non seulement il dispose d’une armée et d’une police permanentes et séparées du peuple, au rebours de ce qu’il avait annoncé vouloir faire, mais, comme il a établi partout des monopoles d’État sous tutelle du parti, il contrôle la presse, la religion, l’art, la culture, l’enseignement, la politique, les syndicats et l’économie.
Lui qui voulait établir la société la plus libre possible par le pouvoir émancipateur de la classe la plus libre, le prolétariat, il a établi, en son nom, un pouvoir infiniment plus absolu et contraignant que le tsarisme. Même les ouvriers, glorifiés par le régime, se sont vus imposé, dans le communisme de guerre, la militarisation du travail. Le type d’État inventé par Lénine, c’est le contraire absolu du communisme de Marx, qui était censé être une société sans État, puisque sans classe sociale à mater. Par une singulière ironie de l’histoire, il s’est avéré que, pour pouvoir établir cette société, il fallait d’abord mater la société toute entière, et que la tâche serait sans fin, sanglante à l’infini.

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07Zone critique
Opposé à la conception marxiste de l’histoire, où les hommes ne sont rien et les classes sociales tout, Stéphane Courtois réhabilite le rôle des personnalités dans l’histoire. Le totalitarisme n’est pas le fruit de la nécessité ou de la fatalité historique, mais d’un homme : Lénine.
Ce faisant, Courtois doit hausser l’individu à la hauteur du mal métaphysique dont il n’a été que l’accoucheur. C’est pourquoi il fait de son personnage un démon, commettant la même erreur, au fond, que les communistes attribuant à Lénine toutes les vertus de leur idéal. À l’inverse, il doit rabattre le concept de totalitarisme à hauteur d’homme, au risque de faire l’impasse sur les raisons systémiques de son apparition : guerre totale, impérialisme, technique moderne, culte de la violence, darwinisme, etc.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Lénine, l’inventeur du totalitarisme, Perrin, 2017.
Du même auteur – Le livre noir du communisme, Paris, Robert Laffont, 1997.

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