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Couverture de 'Lenfant et la vie familiale sous lancien regime'

L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime

Philippe Ariès

Une plongée dans la vie quotidienne d'autrefois

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Description

L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime est une étude historique consacrée à l’évolution de la famille et de la place de l’enfant dans la société du Moyen-Âge à la fin du XVIIIe siècle. C’est un livre qui a marqué l’historiographie française car il s’intéressait à un sujet nouveau, l’enfant, et le faisait à partir de sources qui n’étaient pas, jusque-là, mobilisées par les historiens, notamment la littérature et les œuvres d’art.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’ouvrage de Philippe Ariès privilégie le temps long. L’historien se propose de traiter un thème qui, à plusieurs titres, était négligé par la recherche : les sentiments, et surtout ceux liés à l’enfance. Il aborde un domaine et recourt à une méthode qui nous permet de nous rendre compte de l’évolution des mentalités depuis le Moyen-Âge jusqu’à notre époque contemporaine. Alors que pendant longtemps l’enfant n’était pas considéré pour ce qu’il était, la Renaissance et l’époque moderne (autrement dit la période allant de la fin du XVe siècle à la fin du XVIIIe) ont conçu, progressivement, une vision de l’enfance différente, lui octroyant une véritable place dans la famille.

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02

À la recherche de l’enfance

Au point de départ de son analyse, Philippe Ariès brosse le tableau d’un monde où l’homme a une conception de son existence très différente de la nôtre.

Il la fait débuter au Moyen-Âge, dans un monde figé, immuable, où l’homme n’avait pas d’âge individuel. Chacun était soumis aux « âges de la vie » qui n’étaient pas chiffrés et correspondaient à divers stades de l’existence, notamment celui du nourrisson, du travail ou de la vieillesse. Cette périodisation était semblable aux cycles de la nature qui rythmaient la vie quotidienne des hommes du temps. En ce sens, la mortalité infantile qui sévissait au Moyen-Âge ne blessait pas car elle n’était que l’un des nécessaires destins qui régissaient l’homme et l’univers. Dans un tel contexte, il n’y avait pas de place pour l’enfance, période précaire au regard des cycles éternels de la nature.

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03

Une importance de plus en plus marquée

À partir du XIIIe siècle, Philippe Ariès décèle dans l’art des signes annonciateurs d’une place à part accordée à l’enfant.

D’abord à travers la représentation des anges, qui ont l’apparence de très jeunes hommes presque efféminés. Ensuite, l’enfant Jésus : au XIVe siècle, le thème de la sainte enfance s’amplifia. Pour l’auteur, ce sont des signes marquants du progrès du sentiment d’enfance. Au XVIe siècle, le portrait de l’enfant mort fit son apparition ainsi que le putto, un enfant représenté nu. Au siècle suivant, une nouveauté est soulignée : l’enfant était représenté seul, pour lui-même, preuve qu’il devint le centre d’intérêt de l’artiste.

L’historien s’intéresse également aux habits des enfants comme preuves des théories qu’il avance. Il souligne qu’au Moyen-Âge, le vêtement était similaire dans toutes les classes d’âge. Mais à partir du XVIe siècle, le costume d’enfant évolua, marquant les différentes étapes de sa croissance qui le conduisait à l’âge adulte. Ainsi, aux XVIe et XVIIe siècles, la nouveauté résidait dans le souci de distinguer les enfants des adultes mais uniquement chez les jeunes garçons, les filles étant toujours vêtues comme des femmes. Après cette démonstration, Philippe Ariès se penche sur les jeux, visibles dans l’art à partir du XVe siècle, et signe d’une place grandissante des enfants dans la société. Il note l’importance de la danse, de la musique, ainsi que de la poupée, y compris chez les garçons. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les jeux étaient considérés comme essentiels pour préserver la moralité de l’enfant et pour l’éduquer.

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04

L’enfant à l’école

Dans la deuxième partie de son ouvrage, intitulée « La vie scolastique », Philippe Ariès s’intéresse à l’enfant en tant qu’écolier. Il note tout d’abord qu’au Moyen-Âge, les enfants de tous âges étaient réunis en un même auditoire, la graduation dans les programmes d’enseignement n’existant pas. De même, les sources historiques disponibles ne mentionnent jamais l’âge des écoliers. Dès son passage à l’école, l’enfant entrait dans la vie adulte, car l’institution accueillait des individus de tous âges, son but principal étant d’instruire ceux qui se destinaient à une vie de clerc. Car, bien entendu, l’école était alors une exception et peu de familles y envoyaient l’un de leurs membres.

Puis l’historien se penche sur les collèges, qui étaient au départ des asiles pour les étudiants pauvres. C’est au XVe siècle qu’ils devinrent des instituts d’enseignement et c’est par eux que fut formée la population instruite d’Ancien Régime. C’est également au XVe qu’apparurent les classes scolaires, répondant un besoin de proportionner l’enseignement du maître. Cette étape traduit encore l’apparition d’un sentiment de l’enfance car on prit conscience qu’elle n’était pas homogène. Au XVIe siècle, le recrutement du collège s’élargit, s’ouvrant à un nombre croissant de laïcs, nobles et bourgeois, mais aussi à des familles plus populaires.

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05

Jeunesse et famille

La dernière partie de l’ouvrage de Philippe Ariès est consacré à la famille. Tout d’abord, comme il le fait au début de son étude, l’historien s’attarde sur les images.

Au Moyen-Âge, on représentait la famille au travail car le privé, c’était avant tout le métier, cadre privilégié de la vie quotidienne. Au XVIe siècle, cette iconographie évolua : il y eut l’apparition progressive de l’enfant et plus généralement de la famille. En outre, les scènes intérieures furent plus fréquentes, indice d’un intérêt plus marqué pour la vie privée. L’enfant était alors représenté avec ses parents, et notamment dans des moments intimes comme lors de sa toilette, dans son berceau, à table ou dans sa chambre. Ce fut, selon Philippe Ariès, le signe de l’apparition du sentiment de la famille, particulièrement lié à celui de l’enfance.

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06

Un nouveau champ historique

Philippe Ariès utilise, pour mener à bien son étude, des sources très diverses : manuscrites, mais surtout iconographiques, s’inspirant de l’art pictural et utilisant les travaux menés par les spécialistes de la peinture. Les thèmes convoqués par l’auteur pour retracer l’histoire de l’enfance et de la vie familiale sont eux aussi très variés : arts, jeux, vêtements, école, etc. Cette démarche, nouvelle au moment de réaliser ce travail, a contribué à élargir la notion de document historique à tout ce qui peut témoigner d’une époque.

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07

Conclusion

Cet ouvrage de Philippe Ariès tente de comprendre la place qu’occupent les enfants dans nos sociétés contemporaines à partir d’une étude historique ambitieuse, parce que couvrant huit siècles. Il replace l’enfant et la fonction de la famille dans la société traditionnelle, en la faisant remonter au Moyen-Âge. La durée de l’enfance était alors réduite à la période où l’individu était dépendant, lorsqu’il ne parvenait pas à subvenir lui-même à ses besoins.

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08

Zone critique

Lorsque Philippe Ariès rédigea cet ouvrage en 1960, il passa presque inaperçu. Mais une fois traduit en anglais, il rencontra un large succès aux États-Unis, ce qui contribua à développer la notoriété de son auteur et à le faire connaître en France.

Les réactions à la sortie du livre furent diverses et l’historien ne reçut pas que des éloges. Un reproche, surtout, a été formulé : l’auteur niait tout sentiment d’enfance et d’amour maternel au Moyen-Âge alors qu’il aurait certainement fallu parler d’évolution de ce sentiment. Dans la préface de son édition de 1973, Philippe Ariès avait d’ailleurs nuancé certaines de ses affirmations, notamment à propos de l’amour maternel. Les théories de cette étude ont toutefois influencé toute une génération d’historiens du dernier quart du xxe siècle, parce qu’elles ouvraient le champ, en France, de l’histoire des mentalités et proposaient de nombreuses perspectives.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Seuil, 1973 [1960],

Ouvrages de Philippe Ariès – Philippe Ariès et Georges Duby (dir.), Histoire de la vie privée, de la Renaissance aux Lumières, Paris, Éditions du Seuil, 1986, tome 3. – L'Homme devant la mort, Paris, Seuil, 1977.

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