Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Lempire comanche'

L’Empire comanche

Pekka Hämäläinen

La référence historique de l'Amérique du Nord

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Ayant connu un immense succès, L’Empire comanche s’est imposé comme la nouvelle référence d’une histoire de l’Amérique du Nord soucieuse de souligner plus justement le rôle souvent décisif qu’y jouèrent les Amérindiens.

En qualifiant d’empire le pouvoir que les Comanches exercèrent sur une partie du sud des États-Unis actuels, l’ouvrage défend une thèse forte qui invite à relire l’histoire d’une région qui n’était apparue aux études précédentes que comme une zone de confrontation entre impérialismes européen (espagnol, français et anglais) puis mexicain et états-unien.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’essor des Comanches puis l’établissement de leur domination sur une vaste région du sud de l’Amérique du Nord constitue, comme Hämäläinen le rappelle, un objet historique jusqu’alors rarement envisagé pour lui-même. En effet, l’ascension politique et commerciale des Comanches n’est généralement identifiée dans la littérature historique consacrée à l’Amérique du Nord qu’à un phénomène périphérique, contraint de s’adapter au cadre chronologique constitué par les grandes étapes des impérialismes européens, des indépendances et des guerres euro-américaines. C’est également dans les limites des frontières étatiques et de leur évolution qu’on l’envisage habituellement.

Désireux de placer les Comanches au cœur de son propos, Hämäläinen s’émancipe de cette lecture. La périodisation qu’il adopte, courant du début du XVIIe siècle aux années 1870, est inhabituelle, mais permet de suivre plus justement les évolutions du pouvoir comanche. Et, de même, le Sud-Ouest qui constitue l’espace de son étude ne surévalue pas le poids de frontières qui, mises en place par les Euro-Américains, n’eurent pas de véritables sens pour les Comanches. Ce faisant, Hämäläinen oblige à réexaminer la place d’une région longtemps perçue comme en périphéries de différentes entités territoriales (Nouvelle-Espagne et Nouvelle-France, puis Mexique et États-Unis) : considéré depuis l’histoire comanche, le Sud-Ouest se présente plutôt comme un centre à même d’imposer ses logiques à ses périphéries (Nouveau-Mexique et Texas espagnols, puis mexicains, puis états-uniens).

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Grandeur et décadence des « Seigneurs des Grandes Plaines »

C’est en 1706 que les sources espagnoles signalent pour la première fois l’arrivée des Comanches dans les grandes prairies continentales du sud de l’Amérique du Nord, au côté d’un autre peuple amérindien, les Utes. La région connaît alors d’autres projets concurrents d’installation. Tandis que l’Espagne et la France (respectivement depuis le Nouveau-Mexique et depuis l’Est) envisagent d’étendre leurs possessions, les Apaches confortent alors leur domination sur la région.

Aidés par leurs alliés utes, les Comanches adoptent l’usage du cheval, introduit par les Espagnols ; en commerçant avec le Nouveau-Mexique, ils s’initient aux technologies européennes, fusils et outils de métal. Le principal combat qu’ils mènent alors les oppose aux Apaches : au cours de ce que Hämäläinen qualifie de « guerre totale » (p. 70), ceux-ci sont écrasés et contraints de fuir la région.

Les colonies espagnoles subissent durant tout le XVIIe siècle un jeu alterné de déprédations et d’échanges commerciaux, de luttes et de paix achetées par des cadeaux coûteux que les finances fragiles de la Nouvelle-Espagne supportent mal, mais dont l’interruption signifie toujours la reprise de la guerre. Une politique conciliante menée par quelques habiles administrateurs espagnols et une série de réformes dans les années 1780 permettent un temps aux colonies espagnoles de se stabiliser et même de prospérer à l’occasion d’une paix avec les Comanches.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Un empire ? La nature de la domination comanche

En reprenant un terme issu des sources espagnoles, Hämälainen qualifie de Comanchería le territoire dominé par les Comanches et entreprend de montrer en quoi celui-ci s’apparente bien à un empire. D’emblée, les dimensions de l’espace dominé, dotées d’une envergure continentale, justifient ce choix.

Autre critère constitutif, le rayonnement de la Comanchería et l’intégration en son sein de populations diverse furent tels que les Comanches firent de cet ensemble territorial « un véritable creuset ethnique offrant des espaces de vie à un ensemble bigarré de peuples plus ou moins assimilés [...] tout en exerçant une influence culturelle à l’extérieur de leur propre territoire. Des peuples distants parlaient leur langue et adoptaient leurs innovations économiques, et leur mode de vie et leurs règles concernant la guerre, la paix, la violence, le commerce » (p. 572).

Car pour l’auteur, ce sont surtout les relations que les Comanches entretinrent avec des alliés et voisins plus ou moins soumis qui constituaient l’élément décisif permettant d’identifier dans leur domination une entreprise impérialiste. Selon lui, entre 1750 et 1850, une relation centre-périphérie s’installa entre la Comanchería et les communautés voisines, la première s’affirmant comme le cœur d’un vaste réseau politique, commercial et culturel constitué autour de ses intérêts. Le Nouveau-Mexique et le Texas apparaissent en effet vite comme des territoires tributaires, contraints d’acheter par des cadeaux « offerts » annuellement de fragiles paix avec les Comanches. Du reste, ces provinces sont l’objet d’un pillage systématique tourné vers le vol de chevaux et l’enlèvement, à la fois d’Amérindiens et de colons espagnols que les Comanches rançonnent ou asservissent, sans hésiter à commercer dans une province les fruits du pillage de l’autre.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Mutations et ré­in­ven­tions de la société comanche

Pour Hämäläinen, la réussite et l’essor rapide des Comanches (entre 30 000 et 40 000 individus à la fin du XVIIIe siècle) est la conséquence d’une formidable adaptation au contexte écologique des Grandes Plaines. Cette adaptation, c’est l’adoption du cheval, dont l’élevage et l’usage fondent rapidement le socle de la société comanche (qui en posséda jusqu’à 120 000) ; l’autre, c’est la mono-spécialisation dans la chasse au bison, à l’origine de l’ensemble des activités productives.

L’organisation de cette efficace « économie duelle » (p. 413) nécessitait pourtant la mise en place d’un équilibre fragile. En effet, l’élevage reposait sur des déplacements fréquents et ininterrompus à la recherche de nouveaux pâturages ; à l’inverse, la chasse au bison exigeait des migrations rapides auxquelles succédaient des périodes d’immobilité. Et chevaux et bisons entraient en concurrence pour l’alimentation et les espaces de vie. Ces difficultés furent surmontées par la mise en place d’une « innovation écologique » (p. 472) : un mode de vie alternant nomadisme et installations semi-permanentes.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Une autre histoire du South West américain

Pour comprendre le succès de L’Empire comanche, il faut signaler que le livre de Hämäläinen s’inscrit dans une perspective de recherche déjà largement installée en Amérique du Nord, dont il prolonge certaines ambitions de façon spectaculaire. Cette historiographique est qualifiée outre-Atlantique de « révisioniste », c’est-à-dire une démarche désireuse de contester une lecture jusqu’alors jugée comme dominante et en partie erronée. On a parlé de « tournant indigène » pour désigner cette nouvelle façon de voir l’histoire de l’Amérique du Nord en prêtant aux Amérindiens un rôle historique propre, en restituant leur capacité d’initiative et les logiques propres qui motivaient leur action.

Cet ouvrage y contribue par bien des aspects. En contrepoint d’une histoire dite atlantique, Hämäläinen écrit l’histoire de l’Amérique du Nord dans un perspective continentale, depuis l’intérieur des terres, dans des zones où l’action autonome des Amérindiens apparaît de manière plus évidente, en partie parce que les liens avec les Euro-Américains furent plus longtemps limités. Le caractère proprement indigène de cette histoire est d’autant plus souligné chez Hämäläinen qu’il considère que l’Empire comanche s’effondra en grande partie de lui-même, moins en raison de l’expansion des États-Unis que d’une surexploitation de ses ressources fondamentales, les bisons et les pâturages.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Conclusion

L’Empire comanche s’inscrit résolument dans le prolongement d’une relecture déjà engagée de l’histoire de l’Amérique du Nord, où le rôle des Amérindiens est dorénavant pris en compte.

Mais l’ouvrage de Hämäläinen ne peut guère être considéré comme une simple réhabilitation : il renverse de façon spectaculaire les rôles historiques traditionnels, et décrit moins la résistance amérindienne face aux Euro-Américains que le recul de ceux-ci face à l’établissement dans le Sud-Ouest américain d’un système de domination qu’il n’hésite pas à qualifier d’Empire comanche.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Zone critique

Beaucoup se sont interrogés sur la pertinence du concept d’empire pour qualifier l’expérience comanche, emploi que Hämäläinen peine à débarrasser de ses difficultés. L’absence d’une idéologie proprement impérialiste, stratégie d’ensemble ou projet de colonisation, d’abord. Et, bien que l’auteur rappelle l’existence de réunions plénières et régulières, l’absence d’institutions centralisées et l’émiettement politique des Comanches d’autre part semblent tenir en échec le concept d’empire.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– L’Empire comanche, Toulouse, Anacharsis, coll. « Griffe Essais », 2012.

Autres pistes

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !