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Couverture de 'Lego politique'

L’ego-politique

Christian Le Bart

Essai sur l'individualisation du champ politique

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Description

Si la vie politique est un théâtre, la figure présidentielle apparaît au centre de ce spectacle. L’hypothèse au cœur de cet ouvrage renvoie à une modification du rapport de force existant entre les individualités et les institutions à partir de la Ve République, tendant à une individualisation de l’activité politique et à une présidentialisation du régime.

L’auteur nous propose ici une histoire de l’individualisation du champ politique contemporain dans ses multiples manifestations.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

S’inscrivant dans le prolongement des études existantes sur la peopolisation, l’objectif de l’auteur est d’éviter deux écueils : le premier correspond à la tentation d’analyser ce phénomène comme une dérive de la politique actuelle, une forme corrompue ; le second est de ne s’intéresser qu’à un seul leader, faisant perdre à ce phénomène son épaisseur sociologique. Il s’agit donc d’historiciser la personnalisation politique. Cette dernière s’amorce, dans le cas de la France, dès les XIe et XIIe siècles, entraînant progressivement une évolution des légitimités institutionnelle et personnelle respectivement.

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02

Pers­pec­tives historiques

Le principe de la République s’est construit et consolidé en opposition aux individus, cette impersonnalisation du pouvoir renvoie à la conception de la souveraineté qui réside dans la nation et qui ne peut donc appartenir à aucun individu. La Constitution concède à la figure du président de la République des fonctions limitées à l’inauguration des chrysanthèmes selon l’expression consacrée du général de Gaulle, en référence à la IVe République.

Avant l’instauration de la Ve République, c’est l’institution qui prime sur la figure du chef de l’État. Le nouveau régime accorde toute sa place au président, tout en prolongeant la dépersonnalisation du champ politique, notamment à ses débuts, à travers divers mécanismes : un gouvernement – une équipe – loyal vis-à-vis de son chef ; la présence de hauts fonctionnaires en politique ; et la montée en puissance des partis politiques. Selon la logique de l’exemplarité, l’exercice du pouvoir présuppose un effacement identitaire au profit du rôle institutionnel. Ce rappel historique permet d’insister sur le passage d’un système de contrôle des individus et à système valorisant les personnalités et les ressources individuelles.

Cette individualisation découle de la Constitution de 1958, mais également de la réforme de 1962 permettant l’élection de la figure présidentielle au suffrage universel direct. Un ensemble de mesures vient également renforcer ce processus, notamment l’imposition du quinquennat en 2000 qui opère une inversion du calendrier des élections. Progressivement, l’élection présidentielle devient le moment clé de la vie politique française, dans un contexte marqué par la démocratisation de la télévision, média dont les hommes politiques usent et abusent. Christian Le Bart pose comme hypothèse que l’individualisation politique s’est imposée dans le champ politique « par en haut », à savoir depuis le rôle et la fonction présidentiels. Un élément qui vient conforter cette hypothèse est le fait que le parti présidentiel devient l’instrument du président et non l’inverse.

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03

Les symboliques d’énonciation

Faire de la politique, c’est parler. Christian Le Bart revient ici sur l’énonciation politique dont l’importance est centrale dans un contexte de médiatisation accrue de la politique. L’auteur analyse la parole politique et ses principales caractéristiques à travers deux supports de communication : les livres et les blogs, ces deux vecteurs de la parole politique censés mettre à distance la langue de bois institutionnelle en drapant les politiques des habits du « parler vrai ».

Si la publication de livres par les politiques est une pratique ancienne, deux transformations ont émergé à partir des années 1980 : d’une part, il existe aujourd’hui un « devoir de publier » et, d’autre part, les politiques se sont affranchis du rôle et écrivent dorénavant en leur nom propre, en tant qu’individualité. C’est-à-dire que le livre politique est aujourd’hui un livre « de », salué comme tel par les médias, et non plus seulement un livre programmatique. Cependant, la publication d’un livre n’est pas accessible à tous : en effet, le livre est une forme de consécration pour les personnalités politiques déjà connues du grand public. L’auteur revient en détail sur le parcours de Nicolas Sarkozy et son rapport au livre, à l’écrit.

Ce dernier n’a utilisé le livre que comme un support de communication et n’a pas hésité à rendre public le fait de ne pas écrire ses discours. Son individualisation passe par l’oralité, sa capacité d’improvisation, le choix de ses scénographies, bien plus que par une ambition littéraire. Quant aux blogs, la symbolique politique utilisée est assez similaire à celle du livre politique : l’énonciation est individualisée et la personnalité politique est mise en scène. On peut d’ailleurs noter une certaine complémentarité entre ces deux supports de communication : l’un sert à faire la promotion de l’autre. Une différence les distingue cependant : le livre a contrario du blog ne donne pas la parole aux citoyens.

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04

Une démocratie de proximité

Si les politiques se disent, ils mettent également en récit la société. On est passé d’une lecture macro-sociologique de la société à une appréhension micro-sociologique : la construction de la réalité sociale doit concilier l’émotion des situations particulières, du quotidien avec un diagnostic sur la société. La capacité à aller sur le terrain, à échanger avec les Français permet aux politiques de monter en généralité à partir de ces témoignages et de porter un jugement sur la société dans son ensemble.

Ainsi, « [l]a crise des médiateurs [partis politiques, syndicats, associations] entraîne une crise de la médiation qui appelle des stratégies alternatives » (p. 148). Dans ce contexte, la société ne peut s’appréhender que d’en bas, à partir du terrain, et dans l’échange avec les citoyens ordinaires. Si la démocratie représentative est marquée par la tension entre distance et proximité, la logique de proximité est aujourd’hui portée aux nues.

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05

Ego-politique, médias et citoyens

L’ego-politique a partie liée avec la médiatisation de la vie politique. Cette dernière peut s’analyser comme un processus de coproduction entre les politiques et les journalistes, dans laquelle les médias personnalisent et individualisent le politique. Afin de mettre en exergue leur rôle, les journalistes cherchent à dévoiler les personnalités politiques, à débusquer leurs intérêts et leurs intéressements.

Délaissant les actes publics, ils se concentrent sur les coulisses politiques et souhaitent révéler la réalité sans langue de bois. Ce qu’on ne voit pas, n’entend pas semble plus vrai que ce qu’on nous montre. L’obsession de dévoiler ces coulisses contribue à leur instrumentalisation par les politiques et à la fragilisation des institutions, perçues comme des obstacles à une réelle connaissance et compréhension de la vie politique.

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06

Conclusion

Christian Le Bart nous livre ici une analyse riche et dense de l’émergence et de la consolidation des personnalités politiques, dans un contexte d’individualisation du champ politique et plus largement du social, et ce à travers de nombreux exemples issus de la vie politique française sous la Ve République.

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07

Pour aller plus loin

La lecture de cet ouvrage peut être approfondie par des analyses sur les mutations de la démocratie représentative et sur les paradoxes et les ambiguïtés de la représentation, tiraillée aujourd’hui entre des injonctions de délibération et de participation, notamment les ouvrages de Bernard Manin, de Pierre Rosanvallon et de Loïc Blondiaux.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – L’ego-politique. Essai sur l’individualisation du champ politique, Paris, Armand Colin, 2013.

Du même auteur – Johnny H, construction d’une icône, Paris, Les Petits Matins, 2018. – Les émotions du pouvoir : larmes, rires, colères des politiques, Paris, Armand Colin, 2018. – La politique en librairie : les stratégies de publication des professionnels de la politique, Paris, Armand Colin, 2012.

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