
L’Économie symbiotique
Vers une économie durable et collaborative
Description
L'Économie symbiotique est un livre qui présente une nouvelle approche économique, basée sur l'association de différentes techniques et recherches récentes comme la permaculture, la production durable et les circuits solidaires. L'auteure, Isabelle Delannoy, propose une vision de l'économie qui soit régénératrice et en harmonie avec les écosystèmes naturels. Au-delà de la théorie, le livre montre que cette économie symbiotique existe déjà dans de nombreuses initiatives concrètes, à différentes échelles.
L'objectif est de promouvoir une transition vers un modèle économique plus durable et régénérateur.
Sommaire
01Introduction
La Terre est en danger et notre survie en tant qu’espèce, de plus en plus compromise. Si cette crise est par nature multidimensionnelle, c’est bien l’économie mondiale qui est, au premier chef, sur le banc des accusés. « En cinquante ans, nous avons modifié la planète plus rapidement et plus amplement que pendant toute l’histoire de l’humanité » (p. 23). La croissance économique, dépendante des énergies fossiles, est à l’origine du réchauffement climatique.
De plus, elle a engendré le pillage des ressources naturelles et la destruction des écosystèmes – contribuant à ce que certains n’hésitent plus à qualifier de « sixième crise d’extinction des espèces ».

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02La symbiose ou le pari d’un design commun
L’économie dominante postule que la libre concurrence serait un mécanisme efficient. Cette confiance dans les vertus de la compétition n’est pas nouvelle. Dans L’Origine des espèces (1859), Charles Darwin démontrait déjà que la « sélection naturelle » était le moteur de l’évolution biologique. Mais cette vision du monde est extrêmement datée. Depuis, les recherches sur le vivant ont fait apparaître de nouvelles connaissances. L’évolution, si elle repose sur des mécanismes de compétition, dépend aussi de phénomènes de coopération où les organismes interagissent pour assurer leur survie.
C’est dans ce nouveau contexte épistémologique que s’inscrit l’ouvrage d’Isabelle Delannoy. Elle ambitionne ainsi de conceptualiser une nouvelle matrice économique, fondée sur la notion de symbiose. « La symbiose est le mécanisme le plus puissant et le plus subtil du vivant. Elle est cet espace intelligible entre deux êtres qui trouvent dans leurs différences leur complémentarité » (p. 318). En effet, quand les écosystèmes sont riches et diversifiés, il s’établit des relations à bénéfice réciproque entre leurs composantes. Par exemple, dans les mers tropicales, les coraux ont su développer des synergies avec les algues microscopiques qui leur permettent de s’alimenter grâce à la photosynthèse – à partir du dioxyde de carbone, ces algues produisent alors des sucres qui compensent la rareté du plancton !

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03Se servir des écosystèmes
Mais d’où vient « l’efficacité des écosystèmes à produire de multiples services à mesure de leur montée en maturité » (p.48) ? Séquestration du carbone, filtration des eaux, pollinisation… cette productivité témoigne de l’incroyable capacité du vivant à tisser des réseaux et à faire circuler l’information. Aujourd’hui, l’économie repose sur une logique extractive, qui détruit la matière. Dorénavant, tout l’enjeu est de remodeler nos activités en utilisant les informations et les services créées par nos écosystèmes. Il faut se servir de leur efficacité intrinsèque.
En assurant la régénération de la biosphère, nous augmentons ainsi notre potentiel de développement. Richesse écologique et prospérité économique sont les deux faces d’une même pièce. Pour cette raison, nous devons nous inspirer du vivant. En utilisant son intelligence pour décoder la complexité des écosystèmes, l’humain passerait ainsi du rôle de « destructeur » à celui de « catalyseur » : il pourrait « multiplier une productivité intrinsèque au vivant sans se désynchroniser de ses rythmes » (p.105). Différents mouvements ont prôné cette démarche depuis la fin du XXe siècle. Ils sont parvenus à développer une expertise qui pense simultanément régénération écologique et efficacité économique.

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04Réduire les activités extractives
L’économie symbiotique consacre la productivité des écosystèmes. Elle reconnaît que « le vivant forme un processeur énergétique à externalités positives » (p.115). La société doit donc, autant que faire se peut, éviter les activités extractives qui, à l’instar de l’industrie minière, détruisent la biosphère et rejettent une quantité importante de CO2 dans l’atmosphère. Ainsi, « l’économie symbiotique permet d’envisager une réduction […] des besoins […] énergétiques et est capable de diminuer de façon très importante ses besoins en matière et de renouveler celle-ci très efficacement » (p. 275).
Aujourd’hui, 86% de notre système énergétique provient d’énergies fossiles. Réduire les activités extractives implique donc, dans un premier temps, d’accélérer le développement des énergies renouvelables. Différentes solutions existent : l’« énergie solaire », avec la production de panneaux photovoltaïques ; l’« énergie gravitationnelle », exploitée par les barrages hydroélectriques et les moulins à eau ; l’« énergie géothermique », qui utilise la chaleur des nappes phréatiques pour créer de l’électricité. Toutes ces nouvelles sources d’énergies ont néanmoins un impact environnemental. C’est pourquoi, parallèlement, nous devons décentraliser notre système énergétique. Il s’agit de penser l’énergie en réseau, à partir d’un marché local plus diversifié et plus efficace.

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05Partager l’intelligence collective
Chaque aspect de l’économie symbiotique doit entrer en synergie avec les autres, créant un cercle vertueux dans lequel les humains s’épanouiraient. En favorisant la productivité des écosystèmes, l’homme diminue son impact, améliore son organisation et renforce les liens sociaux. Il s’agit donc de décentraliser le système. « Dans un réseau pyramidal et centralisé, il faut attendre la réponse du chef.
Dans un réseau réticulé où chacun est relais, l’ensemble des acteurs est libre de pouvoir entrer en coopération » (p. 168). L’économie symbiotique repose sur l’intelligence collective et implique la mise en œuvre d’une gouvernance de type coopérative.
Ce type d’organisation suppose de reconnaître le potentiel d’innovation des communautés. Dans son ouvrage Gouvernance des biens communs. Pour une nouvelle approche des ressources naturelles (2010), Elinor Ostrom montre ainsi que les communautés locales, soudées autour de valeurs partagées, ont une capacité d’autogestion. Elles inventent des institutions efficaces, adaptées à leur environnement.

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06Vers une organisation en écosystème
Comme l’affirme la microbiologiste Lynn Margulis, « le vivant n’a pas conquis le globe par le combat mais par la mise en réseau » (p.109). C’est en tissant des liens et en faisant circuler l’information entre une diversité sans cesse croissante d’entités que le monde vivant a développé ses fonctionnalités. Les externalités positives produites par les uns permettent le développement des autres, et ainsi de suite. Organisés en écosystèmes, les organismes sont capables de régénérer leurs ressources et d’en produire de nouvelles !
Pour l’auteure, cette organisation en écosystème constitue la preuve que la « décroissance » ou l’« effondrement » ne sont pas une fatalité. « C’est par le développement du vivant dans sa parfaite intégrité que les écosystèmes sociaux [et économiques] peuvent se déployer et prospérer » (pp .237-238).

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07Conclusion
Dans cet ouvrage, Isabelle Delannoy propose une nouvelle théorie économique, par laquelle les sociétés humaines vivraient en harmonie avec la biosphère. En analysant les pratiques d’une multitude d’acteurs, dans des secteurs aussi divers que l’agriculture urbaine ou le numérique, elle montre que ce nouveau modèle émerge aux quatre coins du monde. En plaçant les écosystèmes vivants au cœur du système productif, cette économie symbiotique assurerait la régénération des ressources naturelles ainsi que le développement des activités économiques et des liens sociaux.

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08Zone critique
Si cet ouvrage se présente comme un travail de recherche, certaines ambiguïtés limitent néanmoins son ambition. Une première faiblesse a trait au mode de démonstration choisi par l’auteure : par une liste d’exemples extrêmement variés, Isabelle Delannoy entend apporter la démonstration qu’un nouveau modèle serait en train d’émerger. Néanmoins, accumulation n’est pas raison : le pouvoir rhétorique de l’énumération ne garantit pas une quelconque validité théorique. Un examen rigoureux, appliqué à un nombre plus réduit d’exemples, aurait permis de faire émerger davantage de complexité.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – L’Économie symbiotique. Régénérer la planète, l’économie et la société, Arles, Actes Sud, coll. « Domaines du possible », 2016.
Du même auteur – Avec Marie Beuzard, Mini-kit de survie de la nana bio. 200 conseils pas chers tout au long de l’année, Paris, Eyrolles, 2013.

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