
L’économie des inégalités
Compréhension des inégalités économiques contemporaines
Description
L’économie des inégalités, dont la première édition date de 1997, est devenu un ouvrage de référence sur ce sujet intemporel et si sensible que sont les inégalités économiques.
Thomas Piketty a ainsi choisi l’angle de l’évolution des inégalités économiques en France et à travers le monde depuis le XIXe siècle pour ouvrir le débat très politique des causes et des solutions à envisager.
Comment ont évolué les inégalités à travers l’histoire dans les économies occidentales ? Pourquoi se sont-elles accentuées alors même que nos économies ont vécu les Trente Glorieuses ? Comment peut-on les expliquer ? Comment peut-on y remédier ?
Sommaire
01Introducton
Pour l’économiste, « la question de l’inégalité et de la redistribution est au cœur du conflit politique » (p. 3).
D’un côté, les libéraux de droite sont convaincus que le développement économique et l’amélioration du sort des citoyens s’autorégule grâce aux forces du marché, de l’individu et de la croissance de la productivité. De l’autre, la gauche ne peut imaginer que le système capitaliste, producteur d’inégalité et de pauvreté, puisse évoluer vers plus d’équité sans luttes sociales et politiques et intervention de l’État. Mais s’il est selon lui une notion qui fait globalement de nos jours consensus, c’est bien la nécessité de tendre vers une meilleure justice sociale. Une justice sociale théorisée, entre autres, par le principe du « maximin » : une société juste doit maximiser des opportunités et des conditions de vie minimales offertes par le système social.

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02L’approche historique des inégalités capital/travail
Parler d’inégalités économiques, les comparer, les analyser aux filtres des théories économiques peut paraître périlleux si l’on ne définit pas les différents types d’inégalités. C’est l’exercice auquel se prête Thomas Piketty au cours de son ouvrage. Le débat sur les inégalités étant avant tout politique, il faut se pencher sur l’histoire pour comprendre l’évolution des analyses et des approches autour de cette notion d’inégalités.
Et certaines sources d’inégalités ont particulièrement marqué l’histoire, notamment par leur dimension conflictuelle. Ce sont bien sûr celles liées au capital et au travail, cœur de la théorie fondée par Karl Marx, activiste politique, philosophe et théoricien allemand. En effet, dans le marxisme qui exprime une critique du capitalisme et une vision de l’histoire comme le résultat d’une lutte des classes, « la question de l’inégalité sociale et de la redistribution est d’abord posée en termes d’opposition entre capital et travail, profits et salaires, employeurs et employés » (p. 27). Le marxisme divise ainsi la société en deux camps, ceux qui possèdent le capital, les moyens de production et leurs revenus, avec les travailleurs ne disposant que de leur force de travail et ne perçoivent que les revenus de leur travail. Pour Marx, comme pour les socialistes de son temps d’ailleurs, la logique du capitalisme amplifie les inégalités entre les prolétaires et les détenteurs du capital au sein des pays industrialisés, mais aussi entre pays riches et pays pauvres.

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03Salaires et revenus : les inégalités du monde contemporain
Aux yeux de l’économiste, même si le marché du capital reste imparfait et si l’économie de marché entraîne une concentration du capital, ce qui fait débat aujourd’hui porte plutôt sur les notions d’inégalités salariales et de revenus.
Les salaires représentent la part la plus importante de source de revenu des ménages français et les inégalités sont très souvent calculées sur ces seules bases salariales. Il est pourtant essentiel, pour Thomas Piketty, de prendre en compte l’ensemble des revenus (salaires, transferts sociaux, revenus des activités non salariales, du patrimoine, du capital…) pour avoir une vision plus pertinente de la situation réelle et de son évolution. En 2000 par exemple, le salaire mensuel moyen s’élevait à 1700€. Les 10% des salariés les moins bien rémunérés étaient payés mensuellement 890€ nets, ce qui correspondait à la moyenne du SMIC. À l’autre bout de l’échelle des salaires, les 10% les mieux payés touchaient 4030€ nets par mois. Et contrairement à ce que l’on peut croire, les inégalités salariales étaient plus importantes en 1970 qu’en 2000 en France, ce qui n’était pas le cas aux États-Unis ou au Royaume-Uni. Entre 1870 et 1994, selon différents comparatifs et réévaluations effectués par l’INSEE, et des économistes, repris par Thomas Piketty, le pouvoir d’achat en francs 1994 d’un ouvrier français a été multiplié par huit.

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04Le développement ne réduit pas les inégalités
Dans L’économie des inégalités, Thomas Piketty remet aussi directement en cause les travaux du prix Nobel d’économie 1971, Simon Kuznets qui, dans les années 50, avait montré que la croissance, la concurrence et le progrès technique conduisaient naturellement à une réduction des inégalités. Les études d’alors montraient que l’inégalité des salaires et des revenus avaient en effet diminué dans les pays occidentaux depuis le XIXe siècle. Kuznets, et sa courbe éponyme en forme de U renversé, décrivait la relation entre le niveau de richesse d'un pays, le PIB/habitant, et son niveau d'inégalité : « Il existe une première phase d’inégalités croissantes lors de l’industrialisation et de l’urbanisation des sociétés agricoles traditionnelles, suivie par une phase de stabilisation, puis une diminution substantielle des inégalités » (p. 18).

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05La complexité des inégalités salariales
Thomas Piketty reprend, dans son analyse, le principe du capital humain, une théorie trop longtemps critiquée de son point de vue, mais incontournable pour étudier et comprendre l’évolution des inégalités. Parce que si la redistribution fiscale permet de limiter les inégalités salariales, le capital humain serait lui-même source d’inégalités.
Qu’est-ce que le capital humain ? Chaque salarié apporte une contribution unique et différente de celle des autres à la production de son entreprise. « Le salaire de l’informaticien est plus élevé que celui de l’employé de bureau parce que son capital humain et donc sa productivité sont plus élevés » (p. 66). Cette notion inclut plusieurs données de base : la qualification proprement dite, l’expérience, mais aussi les caractéristiques propres à l’individu qui influent sur sa productivité au sein de l’entreprise. Il se construit en effet de façon inégalitaire chez chaque individu en fonction de son environnement familial, social, scolaire. Un enfant issu d’un milieu modeste n’a évidemment pas les mêmes chances qu’un enfant de médecin. Des inégalités sociologiques contre lesquelles il est difficile de lutter car difficilement quantifiables.

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06Y a-t-il des redistributions justes et efficaces ?
Une fois l’évolution et les mécanismes des inégalités identifiés, Thomas Piketty réfléchit aux outils de redistribution les plus justes et les plus efficaces. Contrairement aux penseurs libéraux, pour lui, il n’y a pas débat, la redistribution par une intervention de l’État est nécessaire. Puisque le développement n’induit pas naturellement une réduction des inégalités, l’inégalité des revenus, due à l’inégalité des dotations initiales et aux mécanismes du marché, devra être minimisée au moyen de prélèvements et de transferts.
Piketty distingue deux types de redistribution qui ont eu une influence historique et politique considérable :
• La redistribution « pure » Elle passe par la fiscalité. Il cherche, à partir de politiques fiscales nées en France comme aux États-Unis, à comprendre la réalité des effets désincitatifs de la redistribution. Selon lui, la redistribution fiscale opérée aujourd’hui dans les pays occidentaux, celle qui se concentre avant tout sur les revenus du travail, n’est pas suffisamment efficace. D’un côté, ni les inégalités, ni le chômage ne diminuent de façon significative. D’un autre, une lourde fiscalité n’est pas satisfaisante en l’état parce que ses effets trop difficilement quantifiables.

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07Conclusion
L’économie des inégalités apparaît comme l’ouvrage fondateur du travail de l’économiste. Partout dans le monde, quelle que soit la période économique, quel que soit le degré de développement, quelle que soit la gouvernance, le marché économique a créé des inégalités. Pour l’auteur, le seul moyen de les réduire réside dans l’intervention de l’État grâce à une politique appropriée et juste de redistribution.

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08Zone critique
Nombreux sont les ouvrages consacrés aux inégalités économiques, tant en France qu’à l’étranger. Mais en tant qu’économiste politiquement engagé, il confronte études chiffrées avec théories économiques essentielles, remet en cause quelques idées reçues et livre ses clefs pour la réduction des inégalités et une plus juste redistribution. Rédigé et publié pour la première fois en 1997, cet ouvrage a connu plus rééditions et mises à jour, dont la dernière en 2016.
En 20 ans, les sociétés ont évidemment évolué, les données et analyses ont été multipliées et affinées. Même si l’ouvrage en a intégré une partie, il reste basé sur les connaissances et l’organisation des économies des années 1990. Il ne prend donc en compte que partiellement, comme le prévient l’auteur, les recherches internationales réalisées depuis les années 2000 sur la dynamique historique des inégalités. Thomas Piketty pousse ainsi le lecteur à consulter la World top incomes database, consultable en ligne, et son ouvrage majeur plus récent Le Capital au XXIe siècle. Ses analyses sont cependant parfois critiquées.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – L’Économie des inégalités, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2004.

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