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Leading the revolution

Leading the revolution

Gary Hamel

Innover sur le modèle, pas le produit

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Description

En 2000, Gary Hamel publie Leading the Revolution avec un timing qui va lui coûter cher. Le livre sort au moment exact où la bulle internet gonfle à son maximum, et il célèbre avec enthousiasme des entreprises qui vont devenir des cas d'école du naufrage — Enron en tête, présenté sur plusieurs pages comme le modèle absolu de l'innovation permanente. Un an plus tard, Enron s'effondre dans l'un des plus gros scandales comptables de l'histoire américaine. Le message du livre, lui, a survécu à cet embarras — et il mérite qu'on le sépare de ses exemples ratés.

Car derrière le vernis dot-com, Hamel, professeur à la London Business School et consultant écouté des grands groupes, défend une idée qui n'a pas vieilli. Selon lui, la plupart des entreprises se trompent d'objet quand elles innovent. Elles lancent de nouveaux produits, ajoutent des fonctionnalités, améliorent ce qui existe déjà — et croient faire la révolution. En vrai, elles ne font que courir plus vite sur le même tapis. La vraie innovation, dit Hamel, ne porte pas sur ce qu'on vend, mais sur la façon dont on crée et capte de la valeur.

Réinventer le modèle d'activité plutôt que le produit : voilà le cœur de sa thèse. Et cette réinvention, ajoute-t-il, ne peut plus être le monopole d'une poignée de dirigeants réunis une fois par an dans un séminaire de stratégie. Elle doit devenir l'affaire de tous, à tous les étages.

La question que l’on se pose : Pourquoi les entreprises qui innovent le plus sur leurs produits se font quand même dépasser — et sur quoi faut-il réellement innover ?Ce que l’on va voir : Un livre né dans la bulle, sa thèse sur l'innovation de modèle d'activité, et l'idée qui la prolonge : ouvrir la stratégie à toute l'entreprise.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un livre écrit au sommet de la bulle

Il faut situer le décor pour comprendre le livre. Nous sommes en 2000. Les valorisations des jeunes pousses internet atteignent des sommets absurdes, on parle de nouvelle économie, et l'ancien monde industriel passe pour un dinosaure condamné. C'est dans cette ambiance que Gary Hamel, déjà connu pour avoir co-écrit La Conquête du futur en 1994, publie Leading the Revolution. Le ton est celui du moment : électrique, missionnaire, presque prophétique. Hamel ne veut pas améliorer les entreprises, il veut les convertir.

Sa cible, c'est ce qu'il appelle l'âge du progrès incrémental. Pendant tout le XXe siècle, explique-t-il, les grandes firmes ont prospéré en optimisant : produire un peu moins cher, un peu plus vite, un peu mieux que le voisin. Cette logique a fonctionné tant que les règles du jeu restaient stables. Mais dans un monde où les règles elles-mêmes changent en permanence, l'optimisation ne protège plus. On peut être le champion incontesté d'un secteur et se réveiller un matin sans marché, parce que quelqu'un a redéfini le secteur autour de nous.

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02

Chapitre 2 — Le produit ne suffit plus, c'est le modèle qu'on réinvente

Le vrai apport du livre tient dans un déplacement de regard. La plupart des dirigeants, observe Hamel, quand on leur parle d'innovation, pensent immédiatement produit ou technologie. Un nouveau modèle, une nouvelle version, un brevet. C'est le réflexe naturel, et c'est aussi le piège. Parce qu'un produit se copie, et vite. La supériorité technique s'érode en quelques mois dès qu'un concurrent décide de la rattraper.

Ce qui se copie beaucoup moins facilement, c'est une manière entièrement neuve de faire du business. Hamel prend l'exemple de Dell, qui n'a rien inventé côté ordinateur — les composants étaient les mêmes que chez tout le monde. Ce que Dell a réinventé, c'est la façon de vendre : direct, sur commande, sans stock, sans intermédiaire. Le produit était banal, le modèle était révolutionnaire. Résultat, les concurrents ont mis des années à répliquer, parce que copier un modèle suppose de démonter toute son organisation, pas juste de lancer un produit rival.

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03

Chapitre 3 — Anatomie d'un modèle d'activité

Pour rendre l'idée manœuvrable, Hamel propose de décomposer un modèle d'activité en grands blocs qu'on peut interroger un par un. Il y a d'abord la relation avec le client : comment on l'atteint, ce qu'on lui offre comme information, comme service, comme lien. Beaucoup d'entreprises ont fait leur révolution simplement en changeant cette interface — en supprimant un intermédiaire, en donnant au client un contrôle qu'il n'avait pas.

Il y a ensuite ce qu'il appelle la stratégie centrale : la mission de l'entreprise, l'étendue de ce qu'elle fait, la base sur laquelle elle prétend se différencier. Puis les ressources stratégiques — les compétences, les actifs, les processus qui lui appartiennent en propre et que les autres n'ont pas. Et enfin le réseau de valeur autour d'elle : fournisseurs, partenaires, alliances qui prolongent ses capacités au-delà de ses murs. Chaque bloc, pris isolément, semble figé ; mis en regard des autres, il redevient une variable qu'on peut tordre.

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04

Chapitre 4 — La stratégie ne peut plus rester en haut

Là où le livre prend toute sa hauteur, c'est quand Hamel tire la conséquence de sa thèse pour l'organisation elle-même. Si l'innovation de modèle est ce qui compte, alors une question surgit : d'où viendra-t-elle ? Et sa réponse va à rebours de tout ce que l'entreprise classique tient pour évident. Elle ne viendra pas du sommet. Elle ne viendra pas de la planification stratégique annuelle, ce rituel où quelques dirigeants et quelques consultants extrapolent le passé sur des tableurs.

Le problème du sommet, explique Hamel, c'est qu'il est structurellement le moins bien placé pour voir le nouveau. Les dirigeants ont investi une carrière entière dans le modèle existant ; ce sont eux qui ont le plus à perdre à le voir renversé. Ils sont aussi les plus éloignés du terrain, des clients, des signaux faibles. Les idées neuves, elles, circulent aux marges : chez les jeunes recrues, dans les filiales lointaines, chez ceux qui parlent tous les jours à des clients mécontents. L'entreprise dispose d'une intelligence dispersée qu'elle laisse dormir par pur réflexe hiérarchique.

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05

Conclusion

Leading the Revolution restera à jamais associé à sa malchance : avoir couronné Enron un an avant sa chute. Mais quand on met de côté les idoles de la bulle, ce qui reste est solide. Hamel a détaché l'innovation du produit pour la loger là où elle compte vraiment — dans le modèle d'activité, cette façon souvent invisible de créer et capter de la valeur qu'on tient pour définitive alors qu'elle ne l'est jamais. Dell, IKEA et bien d'autres n'ont pas gagné parce qu'ils vendaient mieux, mais parce qu'ils avaient changé les règles pendant que les autres jouaient encore l'ancienne partie.

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