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Le Tableau de bord prospectif

Le Tableau de bord prospectif

Robert S. Kaplan, David Norton

Piloter par quatre axes, pas par le résultat

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Description

Fin de trimestre, salle de réunion, on projette les chiffres. Chiffre d'affaires, marge, résultat net. Tout le monde hoche la tête ou fronce les sourcils selon la couleur des cases. C'est la scène la plus banale du management moderne : une entreprise se juge à ses états financiers, comme un élève à sa moyenne. Le problème, c'est que ces chiffres racontent ce qui s'est déjà passé. Ils sont exacts, précis, et complètement tournés vers le passé.

Au début des années 1990, deux Américains — Robert Kaplan, professeur à Harvard, et David Norton, consultant — se penchent sur ce paradoxe. Les dirigeants qu'ils observent pilotent des organisations censées durer des années avec des instruments qui ne mesurent que le résultat du dernier exercice. En 1992, ils publient dans la Harvard Business Review l'idée d'un « balanced scorecard », traduit en français par tableau de bord prospectif. L'objet devient un livre en 1996, puis l'une des méthodes de gestion les plus adoptées de la fin du siècle.

Leur intuition tient en une image simple : on ne pilote pas un avion avec un seul cadran. Un chiffre financier isolé ne dit rien de ce qui le produit — les clients qu'on garde, les processus qui tournent, les gens qui apprennent. Kaplan et Norton proposent de regarder l'entreprise par plusieurs fenêtres à la fois, et surtout d'articuler ces fenêtres entre elles. Le résultat devient alors une conséquence qu'on comprend, plus un score qu'on subit.

La question que l’on se pose : Pourquoi mesurer sa réussite par le seul résultat financier revient à piloter en regardant dans le rétroviseur, et par quoi le remplacer ?Ce que l’on va voir : L'histoire d'une méthode née d'un malaise chez les dirigeants, et la mécanique par laquelle elle relie ce qu'on veut atteindre à ce qui le rend possible.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un compteur qui regarde derrière

Kaplan et Norton ne partent pas d'une théorie, mais d'une gêne largement partagée dans les entreprises américaines de la fin des années 1980. Les dirigeants disposaient de systèmes comptables très sophistiqués, hérités d'un siècle de perfectionnement, capables de mesurer au centime près la rentabilité d'un exercice. Et pourtant, beaucoup avaient le sentiment de conduire à l'aveugle. Leurs tableaux disaient où l'entreprise en était, jamais où elle allait.

Le reproche central est simple : les indicateurs financiers sont des indicateurs de résultat, ce que les auteurs appellent des mesures « retardées ». Ils enregistrent l'effet d'actions prises des mois, parfois des années plus tôt. Le chiffre d'affaires d'aujourd'hui reflète des clients conquis hier, des produits conçus avant-hier, des compétences bâties il y a longtemps. Récompenser ou sanctionner un dirigeant sur ce seul chiffre, c'est le juger sur une photo prise avec un long retard.

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02

Chapitre 2 — Quatre fenêtres au lieu d'une

La réponse de Kaplan et Norton tient dans quatre axes, ou perspectives, que toute organisation devrait suivre en parallèle. L'idée n'est pas d'accumuler des indicateurs — les entreprises croulaient déjà sous les tableaux — mais de choisir, dans chacun de ces quatre angles, une poignée de mesures qui comptent vraiment. Le mot « équilibré » du titre original vient de là : équilibre entre le passé et l'avenir, entre l'interne et l'externe, entre le financier et le reste.

Le premier axe reste l'axe financier. Il ne disparaît pas, il redescend à sa juste place : celui de la question « comment nous voient nos actionnaires ? ». Rentabilité, croissance du chiffre d'affaires, création de valeur — ces mesures gardent leur rôle de juge de paix. Le deuxième axe est celui du client : « comment nous voient ceux qu'on sert ? ». On y suit la satisfaction, la fidélité, la part de marché, les délais, tout ce qui dit si la promesse faite au client est tenue.

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03

Chapitre 3 — La chaîne qui relie les cases

Ce qui distingue le tableau de bord prospectif d'une simple liste d'indicateurs bien rangés, c'est l'idée de relation de cause à effet. Les quatre axes ne sont pas quatre colonnes indépendantes qu'on remplirait chacune de son côté. Ils forment une chaîne. Kaplan et Norton, dans les versions les plus abouties de leur méthode, la dessinent même sous forme de « carte stratégique » : une flèche qui remonte de l'apprentissage vers les processus, des processus vers le client, du client vers le financier.

La logique se lit de bas en haut. Si on forme mieux les équipes et qu'on les équipe correctement — axe apprentissage — elles améliorent les processus internes. Des processus plus fluides et plus fiables produisent une meilleure expérience client. Des clients plus satisfaits reviennent, achètent davantage, recommandent — et cette fidélité finit, mécaniquement, par nourrir le résultat financier. Le chiffre du haut devient la conséquence lisible d'une histoire qui commence tout en bas.

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04

Chapitre 4 — Des indicateurs qui parlent avant l'accident

Le renversement que proposent Kaplan et Norton est plus profond qu'un simple ajout de trois axes à la finance. C'est une inversion du rapport au temps. Un indicateur financier est ce qu'ils nomment un indicateur retardé : il constate un état de fait déjà arrivé. Les trois autres axes contiennent au contraire des indicateurs « avancés », qui annoncent ce qui va se produire. La satisfaction client d'aujourd'hui prédit le chiffre d'affaires de demain ; le désengagement des équipes annonce les ratés de l'année prochaine.

Piloter par le seul résultat financier, c'est donc conduire en fixant le rétroviseur. On voit parfaitement bien la route déjà parcourue, on ne voit rien du virage qui approche. Quand la baisse apparaît enfin dans les comptes, elle est le produit d'un déclin qui a commencé bien avant, dans des zones que personne ne regardait. Le mérite du tableau de bord prospectif est de ramener ces signaux précoces sous les yeux, pendant qu'il est encore temps d'agir.

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05

Conclusion

Le tableau de bord prospectif est né d'un constat gênant : les entreprises les mieux équipées en comptabilité se sentaient les plus mal orientées. Kaplan et Norton n'ont pas répondu en jetant les chiffres, mais en les entourant. Autour de l'axe financier, ils ont posé le client, les processus, l'apprentissage — quatre fenêtres reliées par une chaîne de cause à effet qui transforme une stratégie floue en hypothèses qu'on peut vérifier au fil de l'eau, sans attendre le verdict du bilan.

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