Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Le syndrome du bien etre'

Le Syndrome du bien-être

Carl Cederström, André Spicer

La critique de la quête obsessionnelle du bien-être

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Être heureux à tout prix, le nouveau syndrome des sociétés occidentales ? Fréquenter les salles de sport, mesurer le nombre de calories quotidiennes ingérées ou la bonne santé de sa vie amoureuse et intime grâce aux applications ad hoc, suivre des programmes d’hygiène alimentaire ou d’épanouissement personnel…

Tout semble aujourd’hui prévu pour nous inciter à faire du bien-être optimal et de la santé parfaite le but ultime de l’individu et sa seule promesse de bonheur. Mais n’aurait-on pas érigé cette promesse plutôt en impératif moral, à l’origine, au contraire, d’un repli sur soi et d’un mal-être généralisé ?

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Bien manger, avoir un corps performant, cultiver un état d’esprit positif, bref, en deux mots : être heureux ! Selon Carl Cederström et André Spicer, telles sont les obligations de l’individu contemporain, qui vont bien au-delà d’une recherche personnelle, mais relèveraient davantage d’une nouvelle forme de morale.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

De la quête au syndrome du bien-être : un impératif moral

« Soyez heureux, prenez soin de votre corps, gardez une attitude positive et connectez-vous à vos émotions profondes » (p. 18) : telles sont les injonctions qui semblent à l’œuvre dans nos sociétés contemporaines, dont les auteurs de cet essai tentent de comprendre les origines et les enjeux. Partant du constat que l’idéologie du développement personnel n’a jamais fait autant d’adeptes (l’industrie du coaching génère aujourd’hui à elle seule 2 milliards d’euros par an), ils expliquent cette quête du bonheur généralisée par le succès de la psychologie positive dont Martin Seligman fut l’un des chantres dès les années 2000.

Inspiré de la philosophie utilitariste, ce courant de pensée se présente comme une science de la psychologie donnant les clés pour permettre l’accès au bonheur au plus grand nombre : il s’agit de promouvoir l’idée selon laquelle le bonheur est accessible à tout un chacun qui adopterait une attitude positive. « N’importe qui peut accéder à cet état de béatitude pour peu qu’il le veuille vraiment. (…) rien ne l’empêche a priori de réaliser ses rêves. » (p. 80.) Pour cela, tout un panel d’outils s’est développé, qu’il s’agisse de cours de yoga ou de méditation en pleine conscience, d’applications pour augmenter son « capital bonheur », de programmes de coaching ou même de plans politiques : ainsi, David Cameron, Premier ministre britannique, chercha en 2010 à mettre en place une politique de bien-être national à partir d’un « questionnaire sur le bonheur » qu’il adressa à la population.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Une logique néolibérale

La thèse principale de ce texte tient à l’articulation entre obsession du bonheur et logique néolibérale, dont la première manifestation tient à la volonté des entreprises d’encourager leurs employés à entretenir leur bien-être physique et moral. Ce type de discours comporte en lui-même une forte dimension idéologique, puisque le postulat qui la sous-tend est que les employés heureux et en bonne santé sont plus performants.

Sur le modèle des athlètes de haut-niveau et de leur hygiène de vie irréprochable, les grands groupes mettent ainsi en place des installations sportives (dont les archétypes sont le tapis de marche et le vélo, qui permettent de faire du sport tout en travaillant), des aides au sevrage tabagique, des plats équilibrés dans les cantines, jusqu’à l’instauration de programmes à suivre même en dehors des heures de travail. « Il s’agit d’imposer en filigrane une nouvelle conception de l’employé modèle, qui porte une attention soutenue à sa condition physique et à l’accroissement de sa productivité. » (p. 52.)

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Les paradoxes du syndrome du bien-être

La quête obsessionnelle du bien-être et du corps parfait ne va pas sans risques. Carl Cederström et André Spicer, au-delà d’une analyse d’un phénomène social et psychologique, se font d’abord critiques et condamnent avec virulence ce qui leur apparaît comme le syndrome d’une société malade et pleine de contradictions. L’érection d’un ordre idéologique autour du mythe de l’individu heureux et sain se fonde sur la valorisation du narcissisme et de la liberté individuelle.

Or, cela revient à créer une communauté d’êtres uniformes, dont sont rejetés ceux qui ne répondent pas aux critères exigés. Les auteurs pointent ainsi la lutte anti-tabac, qui, au nom de la prévention médicale, justifient la mise au ban des fumeurs lors d’entretiens d’embauche par exemple. La stigmatisation qui touche les obèses relève du même processus, comme tout ce qui touche à l’usage supposément excessif des « plaisirs liés à la nourriture, à l’alcool ou au sexe tend à être perçu comme la conséquence de choix personnels (…), ce qui rend ce type de comportements propices à la formulation de jugements moraux » (p. 67). Ces jugements sont à l’origine de phénomènes de marginalisation et d’isolement, encore davantage lorsqu’ils en viennent à alimenter des discours de discrimination de certaines classes sociales ou des stéréotypes racistes.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Les dangers de l’idéologie du bien-être

Le dernier paradoxe de la course au bien-être, et sans doute le plus dangereux, pour les deux auteurs, est que, loin de mener au but promis, elle provoque tout son inverse, c’est-à-dire un état de souffrance. Responsable de son propre bonheur, l’individu contemporain se voit renvoyé à la nécessité constante de faire des choix… et donc à la peur de prendre la mauvaise décision.

Par ailleurs, comment échapper à la culpabilité ou à la frustration lorsque les individus ont le sentiment de ne pas être suffisamment heureux, minces, ou en forme ? Voici, pour les auteurs, la conséquence directe de la responsabilisation individuelle, qui implique de « supporter le poids de nos échecs face à notre incapacité à répondre aux attentes du bien-être » (p. 64). D’où la culpabilité profonde qui accompagne souvent le suivi de régimes !

Enfin, la possibilité d’être heureux 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 modifie profondément notre rapport au plaisir : plus nous cherchons à pouvoir jouir de toute chose à chaque instant, plus nous risquons d’atteindre une forme de saturation, d’écœurement. Les auteurs, reprenant le philosophe Slavoj Zizek, parlent ainsi de « jouissance autistique-masturbatoire et asociale », c’est-à-dire un « trop-plein » de jouissance conduisant au repli de l’individu sur soi, à l’ennui, et finalement à la confrontation avec la vacuité de son désir.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

Conclusion

Sur un ton incisif et percutant, Carl Cederström et André Spicer, avec Le Syndrome du bien-être, proposent une étude critique de nos sociétés contemporaines sous l’angle de l’idéologie du bonheur et du « néo-hygiénisme » qui semblent s’être développés tels des impératifs moraux. Ils analysent cette évolution comme l’une des conséquences du succès de la pensée positive, mais aussi et surtout de la logique néolibérale qui façonne aujourd’hui les marchés du travail et de l’économie.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Zone critique

Le caractère novateur et inédit de cet essai tient essentiellement à ses prises de position à contre-pied de l’idéologie dominante prônée par la psychologie positive et par un « hygiénisme » grandissant dans le rapport au corps. L’une de ses grandes qualités est d’aborder ce sujet polémique sous des angles très diversifiés, tels que la philosophie, l’histoire économique, la sociologie, la psychanalyse, etc., à travers un langage clair, accessible et très critique.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Le Syndrome du bien-être, traduit de l’anglais par Édouard Jacquemoud, Paris, Éditions L’Échappée, 2016.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !