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Couverture de 'Le sentiment de soi'

Le Sentiment de soi

Georges Vigarello

Exploration des perceptions internes

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Description

"Le Sentiment de soi " de Georges Vigarello est un ouvrage qui explore l'évolution de la perception du corps et de soi à travers l'histoire, depuis le XVIe siècle jusqu'au XXe siècle. Georges Vigarello propose un parcours fascinant à travers l'histoire des représentations de l'intime, en mettant en lumière comment la conscience que nous avons de notre corps a radicalement changé au fil du temps Il s’agit d’une exploration historique des perceptions internes (ressenti, humeur, états d’âme, douleurs) retraçables au moyen de documents littéraires, philosophiques ou médicaux. L’attention à ces perceptions, les « sens internes », entraîne une modification du rapport au corps et l’apparition de la notion de soi.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Le Sentiment de soi permet à Georges Vigarello d’explorer l’histoire de la sensibilité en la mettant en lien avec le sentiment de l’existence et la conscience de soi. Ce thème est complexe pour un historien, les sources étant multiples et souvent subjectives, puisque le ressenti est au cœur du propos. L’étude n’est pas philosophique mais historique, avec une grande place accordée aux sources littéraires. La principale problématique de l’ouvrage est la lente construction de l’identité, au carrefour entre âme/esprit et corps à partir du XVIIIe siècle, et ses implications à l’époque contemporaine.

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02

Le dehors et le dedans

Depuis l’Antiquité, corps et âme sont conceptuellement séparés et occupent chacun une place distincte. Le corps, considéré comme une « forteresse », est exclusivement en relation avec le monde, le « dehors », tandis que l’âme trouve refuge dans l’intériorité, le « dedans ». Les cinq sens, symbolisés par des fenêtres, permettent d’informer, d’instruire et d’alerter l’âme des événements extérieurs.

Selon Georges Vigarello, cette conception dualiste doit toutefois être nuancée, puisque dès le XIIe siècle la pratique chrétienne de la confession « engendre une intériorité nourrie d’analyse et de réflexion » (p. 27). La confession oblige à un examen de conscience favorisant le méditatif, le questionnement de soi et l’intention plus que l’action. Ainsi, l’émergence d’un « dedans » méditatif et personnel entraîne logiquement une certaine idée d’individuation, qui ne se développera réellement qu’à la Renaissance dans le courant du XVe siècle. Essor du commerce et des voyages lointains, invention de l’imprimerie, évolution des techniques sont autant de facteurs qui favorisent l’ouverture au monde autant que l’ouverture sur soi. D’après les mots de Jacques Le Goff repris par l’auteur, c’est dès le moment où l’Occident « se lance vers des conquêtes à l’extérieur, de la Scandinavie à la Terre Sainte, que s’ouvrira en même temps à l’intérieur de l’homme occidental, un autre front pionnier, celui de la conscience » (p. 28).

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03

La sensibilité nouvelle du siècle des Lumières

Le XVIIIe siècle marque un important changement dans les mentalités et les conceptions ontologiques, effaçant la limite traditionnelle entre charnel et spirituel. L’importance que prennent les sens et le sensible dans le courant du XVIIIe siècle va en effet largement contribuer à la reconnaissance et à l’affirmation de l’individu. Le corps n’est plus considéré comme une forteresse distincte de l’âme mais comme « un prolongement de la conscience, lieu de coïncidence immédiat avec ses décisions, sensations ou actions » (p. 55).

Une attention nouvelle aux manifestations physiques de l’émotion, de la sensibilité ou de la douleur permet une transformation en profondeur de la place et de la perception du corps. L’intériorité se fait objet pionnier et le sensible devient un prisme à travers lequel s’observe la société. Les avancées dans le domaine de la médecine mettent l’accent sur le rôle des nerfs dans la sensibilité et dans les pathologies traditionnelles (rhumatismes, phtisie) ou émergentes (inquiétude, malaises). Le mélancolique n’est plus considéré comme un rêveur mais comme « un malade aux illusions anéantissant son identité » (p. 71). Des thérapies nouvelles voient le jour, plaçant la perception corporelle au centre des préoccupations. L’« homme sensible » qui naît dans la seconde moitié du XVIIIe siècle renouvelle totalement le rapport avec le monde et avec sa propre intériorité.

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04

La sensibilité, nouvel objet de curiosité au XIXe siècle

Le nouvel « homme sensible » de la fin de l’Ancien Régime suscite la curiosité savante dès le début du XIXe siècle. La sensibilité interne est ainsi scrutée, mesurée, décrite : elle devient « principe de connaissance et de savoir » (p. 95).

Les découvertes médicales, d’abord éloignées du ressenti des malades, vont contribuer à étudier les maladies dans leur ensemble en mettant en lien recherche de diagnostic et ressenti. Le malade est interrogé sur ses symptômes, mais également sur ses antécédents, ses conditions de vie, ses perceptions… Le médecin ne se contente plus de recenser des symptômes prédéfinis pour poser un diagnostic, il collecte un ensemble d’indices et croise ses observations avec celles du patient, a fortiori à partir de l’invention de la médecine clinique. Dès le début du XIXe siècle, le « journal de maladie », dont la rédaction est suggérée par des médecins à certains de leurs patients, devient à la mode. On peut mesurer la précision mais aussi la subjectivité de ces descriptions dans les nombreuses lettres que Balzac envoie à sa sœur, dans lesquelles il évoque « les impressions les plus subjectives provoquées par ses maux jusqu’à développer, à partir d’elles, une véritable inventivité intérieure » (p. 103).

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05

Le corps « psy­cho­lo­gi­sé » au tournant du XIXe siècle

La fin du XIXe siècle est marquée par l’abandon de la distinction entre perceptions « internes » et « externes ». C’est dorénavant le corps dans son entier qui accompagne le sensible, les deux se nourrissant mutuellement. La conscience corporelle permet la conquête de soi : « Chaque sensation, loin d’être seulement expérience du monde, devient aussi expérience de soi. Le dehors a définitivement infiltré le dedans » (p. 173).

Pour Georges Vigarello, c’est au tournant du siècle que s’impose une vision « psychologisée » du corps, l’interne devenant le moteur des perceptions, ce qui permet un déploiement dans l’espace psychique. La mise en évidence d’une « totalité sensible » se confirme avec l’avancée des travaux sur le système nerveux, qui mettent en évidence que tout mouvement est issu d’une coordination, d’une synchronisation de réflexes. Le système nerveux, à l’image de l’organisme, forme donc un « tout » possédant sa propre intelligence. Le rapport à soi s’en trouve modifié puisque apparaissent les notions de conscient et de non-conscient, ouvrant la porte à une « démarche révolutionnaire, fondée sur le ressenti et son sens » (p. 201) : la psychanalyse.

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06

Conclusion

Le sentiment de l’existence comme celui de sa propre individualité correspond à une lente construction intellectuelle qui est traversée par l’évolution de la perception du corps. Dans Le Sentiment de soi, Georges Vigarello s’attaque à ce sujet complexe, foisonnant, en retraçant son histoire depuis le XVIe jusqu’au XXe siècle en France.

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07

Zone critique

L’ouvrage de Georges Vigarello dédié à l’histoire de la perception du corps et du sentiment de soi vient explorer un champ peu investi par les historiens. Le cadre chronologique choisi, du XVIe au début du XXe siècle, permet un regard sur le temps long, les principaux changements dans la perception du corps survenant dans le courant du XVIIIe siècle. Il s’agit en effet du moment où les sens « internes » suscitent l’intérêt, en opposition aux sens « externes » traditionnellement issus de l’Antiquité.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Le Sentiment de soi. Histoire de la perception du corps (XVIe -XXe siècle), Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 2014.

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