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Couverture de 'Le sentiment dabandon'

Le sentiment d'abandon

Saverio Tomasella

S'aimer sans peur

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Description

Pour saisir la portée de l'ouvrage de Saverio Tomasella, il est indispensable de le situer dans son contexte éditorial et d'en clarifier la problématique centrale. Publié chez Eyrolles, ce livre est un travail de psychologie clinique qui s'adresse à un large public et ambitionne de rendre accessible une compréhension profonde de l'une des expériences les plus fondamentales et les plus douloureuses de la condition humaine.

L'ouvrage s'inscrit dans une démarche visant à explorer les réalités plurielles de l'abandon, qu'il soit effectif ou simplement craint. Il traite de cette expérience non comme d'une pathologie isolée, mais comme une morsure universelle, une « sourde angoisse » que chacun peut éprouver. L'ambition de l'auteur est de déchiffrer les multiples conséquences de cette blessure : angoisses existentielles, dépendances, dépressions, sentiment de honte, et l'ensemble des défenses psychiques qui permettent de les masquer ou de les justifier.

La problématique qui sous-tend l'ensemble de la réflexion peut être formulée ainsi : comment les traumatismes d'abandon, vécus dans l'enfance, continuent-ils de dicter les comportements, les choix et les affects de l'adulte, l'enfermant dans des schémas de répétition ? La thèse de Tomasella est claire : la libération n'est possible qu'à travers la traversée consciente et accompagnée du manque fondamental. Il ne s'agit pas de combler le vide, mais d'apprendre à vivre avec, en le transformant en un espace de présence intérieure.

L'enjeu principal de l'ouvrage est donc éminemment éthique : il s'agit de guider le lecteur pour transformer une souffrance passive et aliénante en une éthique de la responsabilité, où le sujet, en se libérant du passé, peut enfin exister par lui-même et pour lui-même. C'est à travers l'analyse des manifestations cliniques de ce vide que l'auteur amorce cette exploration.

Sommaire

01

Les symp­to­ma­to­lo­gies du vide

L'analyse des symptômes constitue un point d'entrée stratégique dans la pensée de Tomasella. Elle permet de comprendre comment le vide intérieur, cette angoisse fondamentale d'inexistence, se manifeste concrètement dans le comportement et l'affect du sujet. L'auteur y décrit une sémiologie précise de la souffrance abandonnique, qui dépasse la simple tristesse pour toucher aux fondements mêmes de l'identité.

Tomasella examine en profondeur plusieurs manifestations cliniques centrales, qui ne doivent pas être lues comme des symptômes à éradiquer, mais comme les composantes d'une même économie dysfonctionnelle du vide. L'angoisse de la solitude, le parasitage affectif et la soif de reconnaissance sont des stratégies de survie complexes par lesquelles le sujet, manquant d'une structure psychique intérieure solide, cherche désespérément une validation externe pour conjurer un sentiment intolérable de néant.

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02

La généalogie des carences

Dans l'approche psychanalytique de Saverio Tomasella, la déconstruction de la structure adulte du sentiment d'abandon passe impérativement par une remontée aux racines infantiles. Ce n'est qu'en comprenant la genèse des failles originelles que l'on peut saisir la logique des défenses actuelles et entreprendre de les démanteler. Ce chapitre explore comment les carences affectives, symboliques et éthiques subies durant l'enfance façonnent une identité précaire.

Tomasella identifie plusieurs archétypes d'enfants dont le développement a été entravé par les besoins narcissiques ou les défaillances de leurs parents. Ces rôles assignés sont des formes subtiles d'abandon, où l'enfant n'est pas aimé pour ce qu'il est, mais utilisé pour ce qu'il peut apporter. Il y a l'enfant « infirmier », comme Olga, que sa mère parasite en lui demandant de jouer le rôle de « maman nounou » ; l'enfant « poupée », illustré par Maria, qui apprend à cacher ses sentiments pour se conformer au modèle familial et devient une « coquille vide » ; ou encore l'enfant « vassal », soumis à la tyrannie d'un parent, comme le père de Marc, décrit comme « haineux » avec ses proches, qui nie l'existence de ses fils pour assurer sa domination.

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03

La dialectique de la séparation

La séparation, dans la perspective de Tomasella, n'est pas un simple événement factuel – le départ d'un proche – mais un processus dialectique complexe et absolument nécessaire à l'autonomisation du sujet. Ce chapitre analyse comment l'échec de ce processus engendre des mécanismes de dépendance pathologique et comment le travail thérapeutique peut réactiver cette dynamique essentielle.

L'auteur démontre que la dépendance relationnelle est une tentative de contourner le travail de deuil. Le sujet qui souffre d'abandon n'a pas réussi à transformer l'absence physique de l'être aimé en une « présence intérieure » symbolisée et structurante. L'apprentissage du deuil devient alors la clé de voûte de la thérapie. Le cas de Chiara illustre de manière saisissante un échec de ce processus.

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04

L'éthique de la renaissance

Cette dernière partie de l'analyse constitue le point culminant de la trajectoire thérapeutique proposée par Saverio Tomasella. Elle marque le passage de la plainte à l'action, de la passivité victimaire à la responsabilité de sa propre existence. La « renaissance » n'est pas un retour à un état antérieur idéalisé, mais la création d'une nouvelle manière d'être au monde, fondée sur l'authenticité et l'autonomie.

Tomasella y développe les conséquences de la guérison. Le concept central est le passage du rôle de victime passive à celui de sujet-auteur de sa vie. Guérir, ce n'est pas simplement apaiser une douleur, c'est un choix actif, une décision qui demande « courage et pugnacité ». Cette « éthique » de la renaissance n'est donc pas une simple amélioration morale, mais une réorientation existentielle. Elle signe le passage d'une vie dictée par les griefs du passé, une forme de psycho-histoire déterministe, à une existence définie par les choix présents et les projets futurs, une affirmation de la liberté existentielle.

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05

Conclusion

Au terme de cette exploration descriptive de l'ouvrage, il convient de récapituler la contribution majeure de la pensée de Saverio Tomasella. Son apport ne réside pas tant dans l'invention de nouveaux concepts que dans la manière dont il articule des notions cliniques fondamentales en un parcours cohérent et accessible, orienté vers l'action et l'autonomisation.

L'apport fondamental de Tomasella se cristallise dans son concept de « parole vraie ». Pour lui, la verbalisation sincère et sans fard de la souffrance est l'acte thérapeutique par excellence. Il ne s'agit pas d'un simple récit, mais d'une performance existentielle qui permet au sujet de se réapproprier son histoire. L'exemple d'Amalia est à ce titre paradigmatique. Lorsqu'elle parvient enfin à parler du viol et de l'indifférence de son entourage, elle ne fait pas que raconter un souvenir ; elle fait l'expérience de la vérité de sa propre vie.

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06

Critique

Cette dernière section vise à dépasser la simple description pour engager un dialogue critique avec la pensée de l'auteur. Tout en reconnaissant la valeur clinique de son travail, il s'agit de projeter sa réflexion dans le champ des sciences sociales et des problématiques contemporaines afin d'en révéler les angles morts et de l'enrichir.

L'approche de Tomasella, résolument centrée sur la dynamique intrapsychique et l'histoire familiale, présente une limite significative : elle tend à occulter le poids des structures socioculturelles dans la production et la reproduction du sentiment d'abandon. Une lecture qui focalise sur la responsabilité individuelle de « guérir » risque de psychologiser des phénomènes dont les racines sont aussi profondément sociales.

En nous appuyant sur les concepts de Pierre Bourdieu, nous pouvons voir comment l'habitus, cet ensemble de dispositions durables intégrées par l'individu, et le capital social, le réseau de relations mobilisables, agissent comme des déterminants puissants. L'abandon peut ainsi être analysé non seulement comme une défaillance parentale, mais aussi comme la conséquence d'une position sociale défavorisée, d'un manque de capital social, ou d'un habitus de précarité qui rend la constitution de liens stables structurellement difficile.

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