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Couverture de 'Le roundup face a ses juges'

Le Roundup face à ses juges

Marie-Monique Robin

Le procès du pesticide controversé

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Description

"Le Roundup face à ses juges" de Marie-Monique Robin est un ouvrage d'investigation publié en 2017 qui examine les impacts environnementaux et sanitaires de l'herbicide Roundup, produit par la compagnie Monsanto.

Malgré les manœuvres de cette firme américaine , les données accablantes s’accumulent sur le Roundup, l’herbicide le plus vendu de la planète, et sur son principe actif : le glyphosate. Désormais utilisé dans la culture des organismes génétiquement modifiés (OGM), le glyphosate provoque cancers, maladies des reins, et malformations congénitales. Il détruit les sols et provoque le développement d’organismes indésirables, avec la bénédiction des agences officielles censées nous protéger.

Ses promoteurs peuvent-ils contaminer le monde entier en toute impunité ? Les drames et les dégâts provoqués par le Roundup ont conduit à instruire le procès qui est présenté ici.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Réuni à la Haye les 15 et 16 octobre 2016, le tribunal international Monsanto (TIM) s’est ouvert après deux ans d’une instruction diligentée par quarante étudiants en droit international. L’auteur, marraine du projet, explique dans quelles conditions s’est réuni le TIM, mais son livre est d’abord un compte-rendu des séances présidées par Françoise Tulkens, ancienne vice-présidente de la Cour européenne des droits de l’homme. Séances où se sont exprimés vingt-quatre témoins venant du monde entier. Monsanto a joué la chaise vide.

Depuis le début du XXe siècle, signale le texte de présentation du TIM, la multinationale commercialise des « produits hautement toxiques qui ont durablement contaminé l’environnement et rendu malades ou causé la mort de milliers de personnes » : les PCB (biphényls polychlorés), la dioxine, le Lasso (pesticide interdit en Europe), ou le Roundup, principal objet du procès : un herbicide constitué d’adjuvants et d’un principe actif, le glyphosate, dont le brevet est tombé dans le domaine public en 2000 . Comme les débats l’ont fait ressortir, le glyphosate présente plusieurs caractéristiques, qui expliquent ses effets délétères.

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02

Des cultures ravagées

Dans la réalité, la situation des producteurs peut tourner au cauchemar. Dans la Pampa argentine, Diego Fernandez explique ainsi au tribunal comment, avec le soja RR, « les mauvaises herbes sont devenues résistantes, un phénomène qui n’existait pas avant. Monsanto nous a vendu le “ Roundup Full 2 ”, puis le “ Roundup Up Ultramax ” qui contient plus d’adjuvants, et a théoriquement plus d’efficacité. Mais ça n’a pas suffi non plus (...) De plus, mes champs sont infectés par de nouvelles plantes invasives. Cette année, j’ai dû embaucher une équipe d’ouvriers agricoles pour les arracher à la main » (p. 119).

Un comble, mais l’agronome Charles Benbrook confirme que les OGM ont conduit à consommer davantage d’herbicides aux États-Unis : + 239 000 tonnes de 1996 à 2011. Dans le même temps, la Weed science society of America signale que 22 « mauvaises herbes » résistaient au glyphosate. La situation vire à l’absurde : du fait de la rotation des cultures, le maïs en vent à être considéré comme une mauvaise herbe quand il pousse dans un champ de soja. Comment l’éliminer ? C’est un maïs RR !

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03

Des troupeaux détruits

Les OGM et leurs résidus de glyphosate nourrissant les animaux, le TIM a été amené à entendre Art Dunham, un vétérinaire de l’Iowa. Un lanceur d’alerte malgré lui.

En 2005, plusieurs éleveurs l’ont contacté après la naissance de veaux avec de graves malformations. Les vaches laitières et les truies présentaient par ailleurs des troubles d’ovulation. Les analyses indiquaient une grave déficience en manganèse. Une telle carence provoque des malformations du fœtus, mais le vétérinaire était incapable d’en comprendre l’origine, jusqu’à ce qu’il découvre les propriétés de chélation du glyphosate. En revenant à une alimentation conventionnelle, les troupeaux ont retrouvé santé et fertilité.

Les porcelets américains subissent également une hécatombe. Cinq à dix jours après le sevrage, deux à dix pour cent des jeunes cochons arrêtent de s’alimenter, et ils finissent par mourir. La fin du sevrage signifiant la consommation d’OGM, le lien avec Monsanto a été établi. Le glyphosate chélate le cobalt, davantage encore que le manganèse. Or, le cobalt joue un rôle essentiel pour la vitamine B12, qui agit sur la production d’enzymes digestives, et l’élimination de bactéries pathogènes du tube digestif.

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04

Des milliers de morts et de malades

Ces eaux chargées d’herbicides expliquent pourquoi le Sri Lanka a interdit le Roundup le 8 janvier 2015. Chaque année, le pays importait 5,3 Ml de glyphosate pour traiter son riz et son thé. Mais il était victime d’une épidémie sans cause connue : une maladie rénale à l’issue fatale. Il a fallu près de 15 ans pour désigner le coupable, qui empoisonne l’eau des puits où s’alimente une partie de la population. En séquestrant les métaux, le glyphosate produit un complexe, un chélate, plus toxique pour les reins que la molécule ou les métaux pris isolément.

La maladie, rebaptisée « néphrite agricole », ressemble en tous points à celle que Monsanto avait identifiée, dès 1981, sur des rats exposés au glyphosate par voie orale. Pour le Dr Channa Jayasumana, qui accompagne les patients dans les rizières, cette étude déclassifiée, intégrée au dossier d’homologation du Roundup, atteste clairement d’un comportement criminel de la multinationale. Selon les statistiques de 2015, 24 800 personnes sont décédées, et 400 000 considérées en danger. Kolon Saman, le chef d’un village sri lankais, ajoute qu’il y a aussi une recrudescence de cas de leucémies chez les jeunes et de cancers (sein, prostate) dans la population adulte.

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05

La santé publique, version Monsanto

Les Monsanto papers (documents déclassifiés) montrent que Monsanto n’ignore rien, mais son objectif est purement commercial. Il s’agit d’obtenir la ré-homologation du Roundup, et de se mettre à l’abri de recours qui coûteraient cher. À l’image de la class action intentée par des victimes américaines des PCB, qui a entraîné une amende de 700 millions de dollars : la plus forte de l’histoire industrielle.

Sur ce point, l’auteure et les témoins du TIM montrent que les autorités officielles font passer les intérêts industriels avant la santé publique. En Europe, Peter Clausing dénonce même une fraude grossière, car la législation ne peut approuver la molécule active d’un pesticide que si elle n’a pas été classée comme cancérigène. Or, en mars 2015 le centre international de recherche sur le Cancer (CIRC, Organisation mondiale de la santé) a justement classé le glyphosate comme « cancérigène probable pour les humains ». Le toxicologue met donc en cause les travaux de l’Institut allemand, chargé d’instruire, pour la European food safety authority (EFSA), la ré-autorisation du glyphosate en Europe. La compromission de trop ? Le rapport (anonyme) a suscité un tollé dans la communauté scientifique. D’autant que, parallèlement, l’EFSA relevait la dose journalière admissible (DJA) du glyphosate de 0,3 à 0,5 mg/kg.

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06

Conclusion

L’herbicide « bio-dégradable » de Monsanto est un poison pour le sol, les plantes, les animaux, et les humains. Le discours de la firme s’apparente à un mensonge criminel, relayé par des moyens considérables. Le bilan est terrible – des milliers de morts, des écosystèmes détruits, des productions agricoles compromises – et il faut craindre de nouvelles découvertes. Si on compare les cas d’autisme enregistrés aux États-Unis aux volumes de Roundup utilisés dans l’agriculture (137 millions de litres en 2016), les courbes « coïncident parfaitement avec un décollage exponentiel amorcé autour de 1995 » (p. 222). En fait, aucune dose ne semble inoffensive.

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07

Zone critique

Cet ouvrage emprunte l’itinéraire d’hommes et de femmes qui, à titre personnel ou professionnel, ont croisé le glyphosate. Il nous fait toucher du doigt une réalité dont peu sont sortis indemnes, y compris les « lanceurs d’alerte » qui ne font que pointer la collusion des agences officielles, l’irresponsabilité des politiques, et le manque de courage des scientifiques. « Nous sommes face à une multinationale qui dispose de moyens quasi-illimités » souligne l’avocat américain Timothy Litzenburg (p. 84).

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Marie-Monique Robin, Le Roundup face à ses juges. Paris? ; Issy-les-Moulineaux, La Découverte?; Arte éditions, 2017.

De la même auteure

– Le blog de l’auteure : https://www.arte.tv/sites/robin/ – Son site : https://www.mariemoniquerobin.com/index.html – Escadrons de la mort, l'école française, Paris, La Découverte, 2008. – Les Moissons du futur ; Comment l'agroécologie peut nourrir le monde, Paris, La Découverte, 2012. – Le monde selon Monsanto : de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, Paris, La Découverte, 2009. – Notre poison quotidien : La responsabilité de l'industrie chimique dans l'épidémie des maladies chroniques, Paris, Éditions la Découverte et Arte Éditions, avril 2013.

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