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Couverture de 'Le propre et le sale'

Le Propre et le Sale

Georges Vigarello

Relation des Français à leur intimité depuis le Moyen Âge

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Description

"Le Propre et le Sale" de Georges Vigarello est un ouvrage qui explore l'évolution des concepts de propreté et d'hygiène corporelle à travers l'histoire, depuis le Moyen Âge jusqu'à l'époque contemporaine. Vigarello analyse comment les perceptions et les pratiques liées à la propreté corporelle ont changé en fonction des périodes historiques, des avancées scientifiques, et des transformations sociales. L'auteur met en lumière le rôle des croyances, des normes sociales, et des technologies dans la définition de ce qui est considéré comme propre ou sale.

Il examine également l'impact de ces conceptions sur l'organisation de l'espace, les comportements individuels et collectifs, et les politiques de santé publique.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

En quoi la propreté, étudiée à travers le temps, est-elle l’indice d’un rapport au corps, mais aussi celui de l’appartenance à un rang social ? En quatre parties, le livre présente la propreté comme une construction sociale variable selon les époques. D’abord, la relation à l’eau est modifiée par l’apparition (et la disparition) des épidémies telles que la peste.

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02

Une eau pénétrante et dangereuse en raison des épidémies

À l’époque des épidémies, l’eau est perçue comme un liquide dangereux qui peut pénétrer le corps et lui nuire. Dans l’imaginaire du XVIe siècle, l’eau ne nettoie pas, elle rend malade, elle répand la mort. À la sortie du Moyen Âge, on craint l’eau en raison d’une supposée perméabilité du corps.

En pénétrant par les pores, l’eau peut apporter aux organes des maladies comme la peste. Le corps est vu comme perméable, « ouvert », et doit être « fermé » à ces dangers par des vêtements hermétiques. À la rigueur, le bain peut servir à manipuler, pour les rendre droits, les membres d’un nouveau-né. Mais, dès qu’il est sorti du bain, on enduit son corps d’huiles afin de le protéger.

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03

La propreté « autrement »

Le nettoyage du corps s’effectue à la fin du Moyen par le linge : un linge propre non seulement purifie le corps mais renseigne aussi sur le rang social de celui qui le porte, permettant ainsi une distinction sociale à une époque où seul le « visible » compte.

En effet, le nettoyage du corps se faisait au Moyen Âge par la pratique de l’épouillage d’un corps en proie aux poux et à d’autres parasites que l’on soupçonnait de naître de son dérèglement. Le lavage des mains revêtait une dimension rituelle. Mais, à partir du XVIe siècle, on se nettoie en changeant de linge régulièrement. Même si les chemises ne dépassent pourtant pas les quelques exemplaires à cette époque, une peau propre est celle qu’un linge propre et parfumé a enveloppée. On lave et on blanchit le linge bien qu’on ne lave pas le corps. Cette toilette sèche, notamment des parties visibles – les mains et la figure frottés d’un linge propre –, est bien la norme au XVIIe siècle. On pratique donc un lavage restreint, de cela seul qui est exposé, mais, surtout, on le pratique pour des raisons morales ou rituelles, et non par souhait de propreté.

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04

Blancheur du linge et distinction sociale

Ce sont les objets et les lieux qui, d’après les documents étudiés par Vigarello, deviennent sujets aux consignes de propreté : linges, ustensiles, meubles, lieux. Le corps, lui, est « lavé » en changeant de linge. Le linge blanc est purifiant et le blanc du linge rappelle discrètement le rang social auquel on appartient. Mais, comparé au siècle précédent, le linge d’en dessous s’étend progressivement au XVIIe siècle : des collets, manchettes ou autres dessous vestimentaires se raffinent (usage de la dentelle), deviennent de plus en plus visibles, comme s’ils dévoilaient l’intimité du corps soumis aux « bons » usages.

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05

La progressive ré­con­ci­lia­tion du corps avec l’eau

Si toutefois l’immersion dans l’eau finit par gagner progressivement les mœurs, c’est moins pour des raisons liées à l’hygiène que par bienséance. Le bain fera son retour en grâce dans le second tiers du XVIIIe siècle. Mais à cette époque, un corps baigné n’est toujours pas forcément un corps lavé. L’action de l’eau reste perçue comme altérante. L’eau n’est pas encore une eau qui lave mais un liquide qui, selon sa température, induit des effets physiologiques. La prise en compte de ses vertus ainsi que l’usage de plus en plus répandu qui en sera fait seront à l’origine de l’apparition de la salle de bain et de la notion-même d’hygiène.

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06

La naissance de l’hygiène

C’est progressivement, vers la seconde partie du XVIIIe siècle, que l’eau est perçue comme « instrument de santé » : le bain froid, à la mode de la Rome antique, est perçu comme vivifiant. Il rend le corps agile et vigoureux, en agitant le sang. On prône ses bienfaits et on l’impose aux élèves. On crée même des écoles de natation. On débarrasse le corps des épaisseurs supplémentaires : vêtements, poudres ou parfums, ainsi que de la crasse qui le couvre. Le corps respire à nouveau.

L’apparition de gazettes, de journaux de santé, et la création de la Société royale de médecine révèlent une préoccupation pour la durée de la vie et pour la salubrité : cette fois-ci, c’est bien pour des raisons d’hygiène que l’on se veut « propre ». Les mauvaises odeurs étant associées à la malpropreté, voire à la mort, un changement fréquent du linge, une aération de la peau et des pièces s’imposent.

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07

Conclusion

À tour de rôle, l’eau se révèle tantôt complice d’un espace de volupté, tantôt dangereuse (en temps de peste), tantôt fortifiante. Sa vertu nettoyante ne coule pas de source à chaque époque. Vigarello déconstruit ici la vision que nous en avons aujourd’hui, en racontant l’histoire d’un corps jadis éloigné de l’eau, « lavé » par le linge, frictionné aux parfums, revigoré par des poudres et des encens.

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08

Zone critique

Riche de savoureuses descriptions et ponctué d’anecdotes parfois plus terrifiantes que drôles, l’ouvrage travaille à déconstruire l’idée d’une « propreté » en lien nécessaire avec l’eau. Cependant, le livre présente les normes de conduite ou d’hygiène du corps entier (ou de ses parties visibles) comme étant finalement lisibles dans cette relation, tantôt distante tantôt proche, avec celle-ci. C’est finalement le rapport à l’eau qui raconte aussi l’histoire des exigences, des pudeurs et des peurs.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Le Propre et le Sale. L’hygiène du corps depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil, 1985.

Du même auteur

– Histoire des pratiques de santé. Le sain et le malsain depuis le Moyen Âge, Paris, Seuil, coll. « Points Histoire », 1999 (1993 pour la 1re édition). – Le Sentiment de soi. Histoire de la perception du corps (XVIe-XXe siècle), Paris, Seuil, coll. « L’Univers historique », 2014.

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