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Couverture de 'Le pragmatisme'

Le Pragmatisme

William James

Philosophie pragmatique et expérimentale

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Description

Dans cet ouvrage fondamental, qui rassemble huit leçons données entre 1906 et 1907, William James pose les bases d’une nouvelle tradition philosophique d’inspiration américaine.

D’abord conçu comme une méthode destinée à clarifier nos concepts, puis comme une théorie de la vérité, le pragmatisme s’affirme comme une nouvelle doctrine d’action, cherchant à concilier observation scientifique et religion.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Durant les années 1870, un nouveau courant philosophique émerge aux États-Unis, dans le sillage du « Club métaphysique », club de discussion fondé par William James et Charles Sanders Peirce.

Contrairement au nom choisi pour leur association, ces hommes refusent la philosophie métaphysique européenne : il lui préfère une nouvelle doctrine d’inspiration critique et positive. À la fin du XIXe siècle, rejoint par d’autres figures telles que Ferdinand C. S. Schiller et John Dewey, ce courant prend le nom de « pragmatisme ». Les conférences données entre 1906 et 1907 par William James au Lowell Institute de Boston cherchent à donner une définition générale de ce mouvement.

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02

Contre le ra­tio­na­lisme abstrait

Lors de ses conférences, William James adopte un discours inattendu : face à un public composé en grande partie de profanes, l’auteur insiste sur le fait que la philosophie s’est, selon lui, éloignée des « gens normaux » au cours des derniers siècles.

Pour James, chacun possède sa propre philosophie, elle ne doit pas être l’apanage de quelques érudits. Souhaitant en « découdre » avec les concepts abstraits et les idéaux lointains, le philosophe entend promouvoir un « changement qui rappelle la réforme protestante » : un retour de la philosophie vers le réel et l’espace vécu. James en appelle à la simplicité. « L'Absolu et son dessein unique n'a rien à voir avec le Dieu à la figure humaine des gens ordinaires » (p. 171).

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03

Réunifier la pensée anglo-saxonne

L’essai de William James est rythmé par les métaphores guerrières : l’auteur se sent investi d’une mission dans ce qu’il perçoit, au niveau philosophique, comme une véritable bataille de civilisation. Il devine, en ce début de XXe siècle, que s’annonce un vaste mouvement de « reconquête » : l’empirisme anglais, injustement relégué en seconde place de la philosophie européenne, s’apprête, dans un contexte de grandes découvertes scientifiques, à retrouver ses lettres de noblesse. Et l’affirmation croissante des États-Unis sur le plan de la vie intellectuelle mondiale doit constituer le lieu de cette refondation.

Dans ce contexte, le pragmatisme s’illustre comme un « nouveau nom pour d’anciennes manières de penser », qui intégrerait la tradition philosophique anglo-saxonne aux apports récents de la psychologie.

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04

D’une méthode de vé­ri­fi­ca­tion pratique...

Au départ, le pragmatisme est une méthode destinée à faire face à « ce sentiment plus ou moins confus que nous avons du sens de la vie » (p. 72). Selon la conception de son fondateur, Charles Sanders Peirce, le pragmatisme doit nous permettre de clarifier nos idées, d’assouplir nos théories, de mettre à l’épreuve la solidité de concepts anciens que nous utilisons sans les comprendre de façon pratique. Le pragmatisme est avant tout une méthode de résolution pour les débats métaphysiques interminables.

Selon William James également, il nous permet de ne plus se focaliser sur les définitions abstraites. Pour comprendre un énoncé, il faut en étudier les conséquences, tester sa vérité, prise au sens d'adéquation avec la réalité. Il s’agit d’un procédé par lequel nous interrogeons le sens d’un mot afin de comprendre ses applications pratiques : par exemple, le concept de « pays », au-delà de son sens géographique, résonne en nous car il sous-entend un sentiment d’appartenance collectif.

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05

... à une théorie génétique de la vérité

William James cherche à intégrer les lois de la psychologie au fonctionnement des sciences naturelles : les capacités de l’esprit sont expliquées par l’avantage qu’elles procurent à l’homme dans ses rapports à l’environnement.

Selon cette perspective, une idée est considérée comme vraie quand elle permet à l’individu d’avoir des relations fructueuses avec son « milieu ». Notre connaissance augmente à mesure que nous nous adaptons par instinct de conservation. Dans ce contexte, l’intégration d’une idée nouvelle par rapport à nos vieilles « habitudes d’action » répond à un besoin d’adaptation. S’opère alors un processus de « mise sous tension », réajustant progressivement nos anciennes opinions aux nouvelles expériences.

Aussi, pour le pragmatisme, la vérité revêt une dimension génétique, désignant la valeur de ce qui fonctionne au sein de l’expérience. La vérité peut-être définie ainsi : tout ce qui apparaît comme satisfaisant pour le plus grand nombre. « La vision du monde qui l'emportera sera celle dont l'impression se fera sentir le plus pleinement chez les esprits ordinaires » (p. 95). De ce fait, le « sens commun » – l’ensemble de valeurs et croyances collectives partagées par une communauté – apparaît comme un stade parfaitement défini dans notre compréhension des choses, « un stade qui satisfait d'une façon extraordinairement réussie les intentions pour lesquelles nous pensons » (p. 199).

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06

Le méliorisme, esquisse d’une religion humaniste

Pour William James, les croyances religieuses ou métaphysiques répondent à des besoins vitaux : « ce besoin d’un ordre moral éternel est l’un des plus profonds qui soient ancrés en nous » (p. 145). C’est parce que les Hommes aspirent naturellement à croire que la religion est souhaitable. La logique pragmatique impose donc de prendre en compte ce besoin pratique de religiosité exprimé par l’être humain, car « l’hypothèse de Dieu prouve qu’elle marche très bien » (p. 146).

Les croyances, en donnant du sens à l’existence, mobilisent l’individu et le mettent en marche. En effet, elles modèlent nos attitudes face aux évènements de la vie. Aussi, le pragmatisme doit-il s’opposer au rationalisme chimérique car les idées absolues nous désengagent en nous accordant des « vacances morales ». Au contraire, le pragmatisme de James apporte une réponse morale d’engagement individuel et communautaire : une religion pluraliste fondée sur un univers souple et ouvert.

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07

Le méliorisme, esquisse d’une religion humaniste

En cherchant à prolonger le pragmatisme et à l’augmenter d’une dimension religieuse, William James parvient, dans cet ouvrage fondateur, à conceptualiser un « empirisme radical ». L’auteur organise les présupposés d’une philosophie où chaque homme peut et doit se transformer en acteur positif de son environnement.

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08

Conclusion

Dès le début du XIXe siècle, au moment où le mouvement pragmatique se fait connaître en Europe, cette philosophie rencontre de nombreux détracteurs. On dénonce alors une doctrine pour businessmen, qui ne serait que l’expression du capitalisme américain. Cette critique n’a jamais été comprise par William James, pour qui le pragmatisme ne peut être associé au subjectivisme libéral – qui consisterait à ramener tout jugement de valeur ou de réalité à des actes individuels. Au contraire, selon sa définition, la vérité objective se trouve dans l’expérience du plus grand nombre.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Le Pragmatisme, Le Monde/Flammarion, Coll. « Les Livres qui ont changé le monde », 2010 [1907].

Ouvrages du même auteur – La volonté de croire, Les empêcheurs de penser en rond, Coll. « Sciences humaines grand format », 2005 [1897]. – Essais d’empirisme radical, Flammarion, Coll. « Champs essais », 2007 [1912].

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