
Le pire des mondes possibles
De l'explosion urbaine au bidonville global
Description
Le pire des mondes possibles est une étude comparative du développement des bidonvilles dans les pays du Sud. Articulant un grand nombre de données de tous horizons, Mike Davis y dépeint la condition urbaine moderne dans son pire aspect.
Son livre est également une critique acerbe du néo-libéralisme qu’il considère comme responsable du développement de la misère urbaine depuis les années 70, ce qui laisse entrevoir un futur cauchemardesque pour les grandes métropoles.
Sommaire
01Introduction
Paru sous le titre « Planet of Slums » en 2006 et immédiatement traduit en français, Le pire des mondes possibles est un bestseller de la littérature scientifique américaine. Il prend pour point de départ un rapport publié par les Nations Unies en 2008. Nommé The Challenge of Slums (le défi des bidonvilles), ce rapport permet pour la première fois de pointer l’ampleur du phénomène que représente le développement de la misère urbaine.
Il fournit à Mike Davis un cadre quantitatif précieux que l’auteur complète de nombreux ouvrages et articles traitant des bidonvilles à travers le monde. L’objectif du Pire des mondes possibles consiste donc à rendre compte d’une réalité aussi édifiante que méconnue. En effet, bien que les bidonvilles concerneraient près de 35 % de la population mondiale, principalement dans les pays en voie de développement, les études restent rares, tout comme le sont les mesures efficaces pour prendre en charge un problème qui ne fait que s’accentuer.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02Explosion urbaine
Les problématiques dont traite l’ouvrage de Mike Davis s’enracinent toute dans une constatation simple : la majorité de l’humanité vit désormais en ville. L’ouvrage commence sur une constatation sans appel : la population urbaine est sur le point de devenir plus importante que la population rurale. Selon Mike Davis, il s’agit là d’un phénomène « comparable à la révolution du néolithique ou à la révolution industrielle » (p.7). En effet, c’est l’explosion urbaine mondiale, en particulier dans les pays en voie de développement, que naissent les problèmes évoqués dans l'ouvrage.
Mike Davis, chiffres à l’appui, s’attache d’abord à préciser ce qu’on peut entendre par « explosion urbaine », rappelant notamment que les villes ont « absorbé près des deux tiers de l’explosion de la population mondiale depuis 1950 » (p.8). D’autre part, la majorité des projections démographiques pour 2050 s’accordent à dire que les centres urbains du Sud accueilleront 95 % de cette « ultime hausse vers l’apogée de la population humaine » (p.8). Ces remarques n’ont, en soi, rien d’original. Mais Mike Davis en tire des conclusions importantes et montre à quel point la situation actuelle et le futur probable n’ont pas été anticipés correctement par les intellectuels.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Une planète de bidonvilles
L’ouvrage de Mike Davis ne se limite évidemment pas à la constatation de l’explosion du phénomène urbain dans les pays en voie de développement. Le sujet principal de Le pire des mondes possibles réside en effet dans la mise en évidence des conditions de cette urbanisation dont l’auteur souligne le caractère sordide. Là encore, les prédictions de la moitié du XXe siècle se sont révélées complètement fausses. Loin des cités de verres et d’acier et de l’hypermodernité anticipée par de nombreux observateurs, c’est bien le bidonville qui semble l’habitat type de la ville du XXIe siècle.
À l’appui de cette amère constatation, Mike Davis avance quelques statistiques qu’il convient, selon lui, de gonfler puisqu’il est logique que les autorités nationales tendent à dissimuler la réalité d’un développement urbain qui agit négativement sur la réputation internationale. Une fois ces chiffres ajustés pour dépasser le problème de la dissimulation, il apparaît que la majorité des urbains du Sud vivent dans un bidonville.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Néo-libéralisme et développement des bidonvilles
Pour Mike Davis, les causes du développement des bidonvilles dans les pays du Sud tiennent des logiques mêmes du libéralisme.
Pour prouver ce point, il commente longuement l’idéologie relative à la pauvreté urbaine telle qu’elle transparaît dans les mesures de la Banque Mondiale. Ce travail commence par la désignation d’un personnage clef : Hernando de Soto. De Soto, économiste péruvien, a théorisé les mesures souhaitables en mettant en avant les stratégies de survies déployées par les pauvres urbains. Il est à l’origine d’un tournant, dans les années 70, dans la gestion du problème de la misère urbaine. Plus question, à partir des années 1980, de remplacer les bidonvilles. Il s’agit au contraire de les viabiliser, parfois de les régulariser, par le biais de l’attribution, par la Banque Mondiale, de microcrédits servant à l’amélioration de l’habitat des pauvres urbains.
Mais, pour Mike Davis, l’adoption de cette nouvelle posture face à la misère urbaine a pour première conséquence de décharger complètement l’État, déjà désengagé dans la plupart des cas, de ses responsabilités. D’autre part, les enquêtes montrent que les conditions d’emprunt imposées par la Banque Mondiale ne sont pas compatibles avec les besoins des plus pauvres et profitent donc davantage aux classes moyennes, voire aux classes supérieures qui parviennent, parfois à la faveur de la corruption, à capter les crédits.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05La spatialisation des inégalités sociales
Tout au long de son ouvrage, Mike Davis dépeint un monde urbain constitué d’inégalités marquées et aux confins duquel se trouvent les bidonvilles, logements insalubres ou vivent les plus pauvres des citadins, si tant est que l’on puisse les nommer ainsi tant le droit à la ville leur est dans les faits refusé.
Entre les espaces les plus pauvres et les endroits les plus riches d’une même ville, les frontières, parfois invisibles, semblent infranchissables. Elles sont le résultat d’un processus historique de ségrégation, souvent hérité de l’ordre colonial ou de politiques urbaines visant à renforcer le contrôle social, comme celles menées sous la direction du baron Haussmann à Paris. Ainsi, selon Mike Davis, « dans les grandes villes du tiers monde, le rôle répressif et panoptique d’“Haussmann” est très généralement tenu par des agences de développement conçues à cet effet ; financées par des prêteurs étrangers comme la Banque mondiale et protégées contre les veto locaux, leur mandat est de dégager, bâtir et protéger des îlots de cybermodernité au milieu des besoins urbains non satisfaits et du sous-développement général » (p.105).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Conclusion
Le pire des mondes possibles est un ouvrage majeur pour la compréhension du phénomène global que représente l’explosion du nombre de bidonvilles dans les villes des pays en voie de développement.
En regroupant de nombreuses études, Mike Davis développe donc une rare étude comparative des bidonvilles. En liant le phénomène avec le développement global du néo-libéralisme, il ne se contente pas de décrire les pauvres urbains comme des laissés pour compte, mais bien comme de véritables victimes d’un système qui repose en partie sur leur exploitation.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Zone critique
S’il est l’un des intellectuels les plus lus de sa génération, Mike Davis n’en est pas moins contesté. Cet ouvrage ne fait pas exception et s’est vu reprocher certaines approximations dans le recours aux chiffres sur lequel s’appuient de nombreuses remarques. L’un des problèmes soulignés par ses détracteurs pointe la manière dont il utilise de la même manière les sources scientifiques et les sources journalistiques et constitue parfois lui-même ses propres données quantitatives en affirmant avoir utilisé divers journaux « trop nombreux pour être cités » (p. 108).

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Le Pire des mondes possibles : de l'explosion urbaine au bidonville global, Paris, La Découverte, 2006.
Du même auteur
– City of Quartz. Los Angeles, capitale du futur, Paris, La Découverte, 2006 (1997). – Génocides tropicaux : Catastrophes naturelles et famines coloniales. Aux origines du sous-développement, Paris, La Découverte, 2003. – Le stade Dubaï du capitalisme, Paris, Les Prairies Ordinaires, 2007.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












