
Le Parfum
Des origines à nos jours
Description
De l’Égypte pharaonique au monde occidental contemporain, Annick Le Guérer nous emmène dans un fascinant voyage olfactif. Elle nous révèle les arcanes de l’histoire du parfum et des parfumeurs, dans toutes ses dimensions (symboliques, anthropologiques, politiques, économiques).
Des rituels originels sacrés à la transformation du parfum en objet de consommation courant, en passant par les fastes odoriférants de la Rome antique et les laboratoires des maîtres gantiers parfumeurs de la Renaissance, c’est non sans fascination que l’on découvre, page après page, le lien étroit qui unit les Hommes aux fragrances.
Sommaire
01Introduction
Au fil du XXe siècle, la parfumerie française, activité originellement artisanale, s’est hissée au rang industriel. En 2005, quand paraît le livre d’Annick Le Guérer, l’industrie des parfums et de la cosmétique se porte bien : son chiffre d’affaires est en croissance pour la 36e année consécutive (14?117 milliards d’euros en 2004) ; elle arrive en 4e position des exportations après l’aéronautique, l’alimentaire et l’automobile. Les Français sont en outre friands de parfums : 166?000 flacons sont vendus quotidiennement dans l’Hexagone.

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02Les parfums des pharaons
L’Égypte antique est le berceau du parfum. C’est pourquoi les pratiques des dynasties pharaoniques ont laissé une empreinte inestimable et durable sur la parfumerie et la cosmétique orientales et occidentales.
Pour les anciens Égyptiens, l’usage abondant de substances odoriférantes et cosmétiques signifie bien plus que le simple plaisir des sens, car ces dernières ont le pouvoir de communiquer à la chair toutes leurs vertus. Dans la pratique savante de la momification, elles assurent ainsi aux embaumés un voyage heureux vers l’autre monde. Le corps des défunts est parfumé avec l’ânti, parfum primordial considéré comme la « sueur des dieux ».
Le parfum sert aussi à honorer les divinités lors de rituels de purification effectués quotidiennement par le pharaon et les prêtres dans les nombreux temples du pays. Le plus célèbre des parfums égyptiens, le kyphi ou « parfum deux fois bon » est par exemple utilisé en fumigation.

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03Parfums subversifs, parfums sacrés
À la suite des conquêtes de l’Égypte par Alexandre le Grand (332 av.-J.C) puis Auguste (30 av.-J.C), ce savoir ancien continue de rayonner dans le bassin méditerranéen et l’art de la parfumerie progresse.
Séduits par la religion et le raffinement esthétique de la terre de Cléopâtre, Grecs et Romains en épousent en partie la culture. Et si Rome ne possèdera jamais la « terre des parfums », elle parviendra à réorganiser les circuits commerciaux afin de satisfaire sa soif excessive de produits aromatiques. Grâce au développement des échanges avec l’Afrique, l’Inde et l’Arabie, de nouvelles denrées exotiques (poivre noir, cannelle, encens, acacia…) sont chaque jour livrées sur les côtes méditerranéennes. La Rome impériale du Ier siècle, toute revêtue de marbre blanc, est somptueuse. Les Romains s’adonnent aux plaisirs des bains thermaux, des fêtes, des banquets et des jeux. La musique et le parfum sont devenus des ingrédients indispensables aux loisirs du peuple et de la noblesse.

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04Une odeur de sainteté
Les premiers chrétiens rejettent les pratiques religieuses ostentatoires et parfois violentes des Romains et ils s’écartent de la luxure, de l’intempérance et de l’idolâtrie. Parallèlement, le remplacement de l’Empire romain d’Occident par une mosaïque de royaumes dits « barbares » engendre une régression importante de l’art du parfum.
Il faudra attendre le Ve siècle pour que les odeurs réapparaissent dans les rituels religieux, avec le saint chrême, composé d’huile d’olive et de baumier de Galaad pour l’onction sacrée. Au moyen-âge, le parfum s’impose dans la symbolique et la liturgie chrétiennes. L’odeur pure et incorruptible de l’encens s’élève vers Dieu comme une prière. Le Christ même a sa propre odeur. Et l’odeur de sainteté, l’odeur des saints, fraîche et pure, témoigne d’un rapport privilégié avec le divin.
En Orient, la Mecque devient un centre commercial majeur du trafic des aromates. En terre musulmane, l’usage des cosmétiques et des senteurs est un moyen, pour les croyants, de se distinguer des juifs et des chrétiens. Le parfum, aperçu du paradis, accompagne la vie terrestre et, dans le palais califal de Bagdad, circulent des effluves d’eau de rose et de fleur d’oranger, de camphre, d’ambre, de confiseries, de thé chaud…

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05La gloire des parfumeurs français
L’arrivée de Catherine de Médicis à la cour de France, en 1533, change le destin de la parfumerie française. La promise du futur Henri II apporte d’Italie les produits les plus raffinés et lance la mode des vêtements et des accessoires en cuir parfumés. Son parfumeur, René le Florentin, ouvre une boutique à Paris où il vend l’eau de toilette préférée de Catherine, fabriquée à Santa Maria Novella.
Parallèlement, sous la pression des religieux et des médecins qui voient dans l’eau un vecteur de corruption des âmes et des corps, François Ier ordonne, en 1538, la fermeture des étuves publiques. Il signe ce faisant la disparition durable des bains, pratique d’hygiène essentielle héritée de l’Empire romain. Et ce sont les parfums qui viennent combler le vide.
Le pouvoir centralisé intervient de plus en plus dans le domaine économique et l’organisation de professions si bien qu’en 1614, le métier de « maître gantier parfumeur » est reconnu et doté d’une réglementation.
La parfumerie se développe à Paris, centre du pouvoir, à Montpellier, célèbre pour son école de médecine et un savoir botanique local, et autour de Grasse, région au climat béni pour la culture des fleurs. En 1664, Colbert crée la compagnie française des Indes orientales qui importe des ingrédients pour les parfumeurs.

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06De l’alchimie à la chimie, de l’artisanat local à l’industrie de masse
La période révolutionnaire et le début du XIXe siècle sont marqués par plusieurs événements qui rompent les liens de la parfumerie avec les structures d’Ancien Régime. En 1791 un décret dissout la corporation des maîtres gantiers parfumeurs. Le nouveau credo économique est la liberté d’entreprendre. Après la Terreur, les affaires reprennent. Napoléon, grand consommateur de l’eau de Cologne de Farina, décrète la séparation de la parfumerie et de la pharmacie.
C’est surtout la place croissante de la chimie qui opère un bouleversement et dissout la relation consubstantielle de la parfumerie avec la nature. Après avoir étudié en Angleterre la chimie des molécules odorantes, Pierre François Pascal Guerlain ouvre sa première boutique à Paris en 1828. En 1889, son fils aîné crée le parfum Jicky dont la molécule de base imite l’odeur de la vanille. C’est une révolution. Fève tonka, herbe, foin coupé, amande amère, etc., les odeurs de la nature sont désormais reproduites par la pétrochimie dans des laboratoires allemands, anglais, suisses et français.

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07Conclusion
Outre les pressions du marché, la parfumerie doit aussi se soumettre à des règles sanitaires et écologiques de plus en plus exigeantes (tests d’innocuité, interdiction de certaines substances animales comme le musc, prix élevé des matières premières naturelles de qualité…).

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08Zone critique
Cet ouvrage volumineux est une véritable mine d’informations. Aux historiens amateurs ou professionnels, il apporte un regard très original qui saisit les cultures à travers leur relation aux parfums et à l’olfaction. Cette approche n’est pas sans rappeler les travaux d’Alain Corbin ou de Jean-Pierre Gutton sur la dimension sonore de l’histoire, ceux d’Alain Corbin encore sur les odeurs du passé ou de Michel Pastoureau sur les couleurs.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Annick Le Guérer, Le parfum. Des origines à nos jours, Paris, Odile Jacob, 2005.
Du même auteur – Si le parfum m’était conté, Paris, Le Garde-Temps, 2010. – Les Pouvoirs de l’odeur, Paris, Odile Jacob, 2002. – Sur les routes de l’encens, Paris, 2001, Le Garde-Temps.

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