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Couverture de 'Le pain et le cirque'

Le Pain et le Cirque

Paul Veyne

Le divertissement dans l'Antiquité

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Description

En reprenant à son compte les vers fameux du poète romain Juvénal sur le « pain et le Cirque », Paul Veyne expose l’objectif de son ouvrage : analyser la place centrale que jouaient dans la vie des sociétés antiques les dons que certains de ses membres faisaient à l’ensemble de la communauté, et comprendre ce qui poussait ces hommes à dépenser ainsi des sommes considérables. Œuvre colossale, Le Pain et le Cirque apporte, en quelques huit cents pages, des réponses ; mieux, elle propose une méthode.

Sommaire

01

Dé­cons­truire l’histoire avec Paul Veyne

Au début des années cinquante, l’histoire ancienne est une discipline qui s’assigne l’accumulation de connaissances détaillées comme but, et l’empirisme comme méthode. Mais au cours des vingt années suivantes se développent de nouvelles façons de penser l’histoire : sous la direction de Fernand Braudel, l’école des Annales fait gagner du terrain à l’histoire sociale et économique ; avec Jean-Pierre Vernant, certains historiens poussent l’histoire antique au dialogue avec les autres sciences humaines. En marge, Paul Veyne s’oppose à toutes ces écoles. Alors que l’histoire traditionnelle affirmait l’unité de la civilisation classique grecque et romaine, fondement de la culture occidentale, il préfère évoquer un monde « aboli et exotique , » loin de l’idéal humaniste ; lorsque la « nouvelle histoire » prétend emprunter aux sciences humaines ses modèles et ses lois, il nie aux historiens toute capacité à expliquer des évolutions objectives et dénonce les « programmes de vérité ».

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02

Qu’est-ce que l’évergétisme ?

Comme le rappelle d’emblée Paul Veyne, le terme évergétisme est un néologisme forgé tardivement, au début du XXe siècle, à partir des libellés des décrets de l’époque hellénistique qui honoraient ceux qui « faisaient du bien (euergetein) à la cité ». Sous ce vocable, P. Veyne range tous les bienfaits que les individus les plus riches des cités grecques et de l’Empire romain apportaient à leur collectivité, qu’il s’agisse de spectacles, à l’image de ceux du Cirque, de plaisirs publics comme les banquets, ou encore de la construction d’édifices publiques. L’évergétisme est donc la conduite qui consiste pour un homme, l'évergète, à offrir des bienfaits à caractère public, les évergésies.

Cette conduite est initialement libre, l’évergète se conduisant comme tel en-dehors de toute contrainte ; il y a là une « générosité spontanée » qui n’exclut pas, dans certaines circonstances, une pression sociale, voire une obligation codifiée qui mène à un évergétisme obligatoire. Cette dualité entre libéralité et contrainte que connaît l’évergétisme est un premier trait caractéristique. Un second tient à l’aspect collectif des biens offerts : l’évergétisme s’adresse à la cité entière, au moins à l’ensemble de ses citoyens ; ce n’est jamais un geste de philanthropie destiné seulement à un groupe de démunis. Par ailleurs, le caractère collectif des bienfaits offerts par l’évergète suppose que la consommation que chaque individu fait de ces biens ne diminue pas celle des autres : « Si le banquet public est ce qu’il doit être, il y a à manger pour tous ».

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03

La cité grecque et la naissance de l’évergétisme

L’enquête que mène Paul Veyne l’amène à s’intéresser en premier lieu à l’évergétisme que connaissent les cités grecques du milieu du IVe siècle avant notre ère jusqu’au début du Ve siècle après, c’est-à-dire durant l’époque hellénistique puis aux temps où le monde grec est soumis à l’hégémonie romaine. Pour Paul Veyne, le développement de l’évergétisme accompagne la mise en place, dans la plupart des cités grecques, d’une forme politique nouvelle, le « régime des notables ».

Celui-ci est le résultat des inégalités sociales qui finissent par écarter de l’exercice politique la plupart des membres de la cité pour le réserver aux seuls individus riches, qui considèrent alors comme naturel d’exercer eux-mêmes le pouvoir. Si le phénomène se développe d’abord dans les cités grecques du monde hellénistique, il en vient à concerner toutes les cités de l’Empire, qu’il s’agisse des villes municipales de l’Occident latin ou des vieilles cités des provinces grecques.

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04

L’évergétisme à la tête de l’État romain

Après celles des cités, Paul Veyne étudie les pratiques évergétiques des membres du Sénat romain, le conseil de gouvernement de Rome qui contrôlait les magistrats annuels. Pour l’auteur, l’évergétisme de l’oligarchie romaine partage peu de points communs avec celui des notables des cités. À l’inverse du notable, le sénateur ne se définit pas uniquement par son appartenance sociale, mais également par sa fonction. À ce titre, l’évergétisme de l’oligarchie romaine ne cherche pas à exprimer une supériorité fondée sur la richesse ; ou plutôt, si un sénateur romain veut déployer cette richesse, il le fera à titre privé et à l’égard d’individus avec lesquels il cultive des relations personnelles, peut-être pour des considérations électorales. Mais en tant que sénateur, son évergétisme servira des intérêts de haute politique : il offrira des spectacles au peuple pour acquérir du prestige, pour se faire aimer et ainsi faciliter l’exercice de son autorité.

À l’occasion des triomphes, les évergésies des généraux vainqueurs, banquets et édifices publics, visaient à l’autoglorification et à l’expression de mérites personnels en matière de politique. En somme, l’évergétisme de l’oligarchie romaine empruntait des « voies étatiques » et soutenait des « raisons d’État ».

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05

Sociologie historique et concep­tua­li­sa­tion : la méthode historique de Paul Veyne

Paul Veyne débute son ouvrage par une affirmation provocatrice : l’histoire n’a pas de méthode propre. Les faits historiques supposent donc, pour être expliqués, le recours à d’autres disciplines : sociologie, anthropologie, économie, etc. Ce jugement éclaire bien le sens que Paul Veyne prête, dans le sous-titre de son ouvrage, à l’expression « sociologie historique ». Car selon lui, les deux disciplines expliquent les événements de la même manière : seulement, la sociologie a pour objet les concepts et les principes qui servent à l’explication d’un événement tandis que l’histoire a pour objet l’événement lui-même. Bien qu’elle soit originale, la pensée de Paul Veyne ne s’est pas développée isolément. À certains égards, il adopte la démarche d’Henri-Irénée Marrou, et il affirme beaucoup devoir à Raymond Aron ; du reste, ses idées sur la pratique historique, qui se déploient de façon exemplaire dans son Inventaire des différences (1976), sont en partie issues des discussions avec ses amis Michel Foucault et Pierre Vidal-Naquet.

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06

Conclusion

L’évergétisme est un acte éminemment politique, et ce à trois niveaux : l’argent, le pouvoir et le prestige. L’argent offre à l’évergète les moyens de sa supériorité politique et sociale. Le pouvoir exige de donner le « pain et le Cirque », assurant à l’évergète la discipline du peuple dans l’intérêt de son autorité.

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07

Espace critique

Parce qu’il donne, pour ainsi dire, un coup de pied dans la fourmilière de l’histoire romaine, Le Pain et le Cirque a provoqué de vives réactions. Il est vrai que l’écriture de Paul Veyne est volontiers polémique, voire provocatrice, et parfois contradictoire ; la construction compliquée du propos, sa prolixité, peuvent agacer. Malgré l’érudition dont fait preuve l’ouvrage, certains lui ont reproché de ne pas tenir compte de tous les documents disponibles, de ne traiter que de quelques exemples d’évergètes et d’évergésies ; on a également noté que le tableau de Paul Veyne rabotait les différences régionales, les variations chronologiques.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrages de Paul Veyne :

- Comment on écrit l’histoire. Essai d’épistémologie, Paris, Seuil, coll. « L’univers historique », 1971.

- Inventaire des différences, Paris, Seuil, 1976.

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