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Couverture de 'Le nouvel imperialisme'

Le nouvel im­pé­ria­lisme

David Harvey

Géohistoire de l’impérialisme américain

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Description

Le nouvel impérialisme constitue un des principaux ouvrages de David Harvey. L’auteur y dresse une géohistoire de l’impérialisme américain, alternant des développements conceptuels, des analyses historiques et des considérations d’actualité. Il y éclaire les liens forts qui unissent le mode de production capitaliste et l’impérialisme européen puis américain.

Guerres néocoloniales et privatisations des communs sont autant de façons d’absorber les surplus de capitaux des économies développées.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Le nouvel impérialisme est un ouvrage conçu par David Harvey reprenant le contenu de trois conférences données à Oxford en février 2003, quelques semaines avant le début officiel de la Guerre d’Irak. L’auteur cherche à rendre compte de l’escalade américaine en replaçant l’attitude de l’administration Bush Jr. dans un cadre historique plus large. Ce faisant, il propose une théorie générale de l’impérialisme. Celui-ci, selon l’auteur, résulterait de tensions entre la logique capitaliste d’accumulation des richesses et une logique plus politique de défense d’intérêts nationaux.

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02

L’im­pé­ria­lisme : une réponse aux contra­dic­tions du capitalisme

S’inscrivant de plain-pied dans une perspective marxiste, David Harvey analyse la dynamique capitaliste et chaque grand phénomène économique ou politique comme le résultat de tensions entre des logiques contradictoires. Appliquant cette clé de lecture à l’impérialisme capitaliste, il considère celui-ci comme l’aboutissement d’une tension entre une « logique capitaliste » d’une part et une « logique territoriale » d’autre part . La logique capitaliste se place à l’échelle individuelle.

Elle renvoie à la tendance propre aux capitalistes (entendus ici de façon neutre comme possesseurs de capital) de rechercher inlassablement à accumuler davantage de capitaux en accroissant leurs profits. La logique territoriale, à l’inverse, se joue à l’échelle des États. Elle désigne la défense d’intérêts collectifs (parfois de l’ensemble des citoyens, plus souvent d’une classe sociale particulière) par le groupe des dirigeants politiques. Cette défense prend la forme de programmes fondés sur le contrôle d’un territoire (national ou étranger), ainsi que des habitants et des ressources qu’il abrite.

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03

Les « amé­na­ge­ments spatio-temporels » comme soupape de l’ac­cu­mu­la­tion capitaliste

David Harvey s’attarde longuement sur les contradictions propres au capitalisme et sur la façon dont celles-ci sont communément résolues. La « baisse tendancielle du taux de profit », diagnostiquée par Karl Marx , est à l’origine de crises de suraccumulation. Elles éclatent lorsque d’importants surplus de capitaux (c’est-à-dire des capitaux disponibles pour l’investissement) demeurent inemployés faute de débouchés rentables, d’où il résulte une dévaluation généralisée du capital susceptible de dégénérer en crise systémique. Le principal enjeu du capitalisme est ainsi de maintenir en permanence des débouchés à ces surplus. Pour y parvenir, observe Harvey, il est possible de les déplacer soit dans le temps, soit dans l’espace (soit dans les deux à la fois).

Selon la première option, il est possible de « geler » ces surplus en les dirigeant vers des investissements de long terme (des infrastructures, des logements), des dépenses sociales (hôpitaux, universités) ou encore dans la recherche et développement. Cependant, ce déplacement dans le temps peut être lui-même cause de dévaluations comme l’a montré, plusieurs années après la publication de l’ouvrage de Harvey, la crise immobilière espagnole. L’autre option consiste à diriger ces surplus vers de nouveaux territoires encore peu investis et offrant dès lors des perspectives de profit importantes.

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04

Les trois grands stades de l’im­pé­ria­lisme : la construc­tion historique de l’hégémonie américaine

Le maintien des conditions de l’accumulation capitaliste s’apparente ainsi à un exercice d’équilibre. David Harvey observe à ce titre une succession historique des différentes hégémonies occidentales . L’impérialisme capitaliste naît selon lui autour des années 1860 lorsque les surplus de capitaux européens commencent à manquer de débouchés. Pour garder le contrôle de la situation, la bourgeoisie au pouvoir appuie la mise en place d’États-nations. La solidarité nationale y est affirmée en opposition à un « autre » désigné comme ennemi mortel ou comme race inférieure. Cela permet aux capitalistes de taire la lutte des classes à l’intérieur des États tout en légitimant des politiques colonialistes. Se met donc en place un impérialisme raciste (1870-1945) dont les contradictions trouvent leur meilleure illustration dans la Seconde Guerre mondiale.

Affirmant définitivement leur hégémonie en 1945, les États-Unis fondent leur impérialisme sur la défense de la propriété privée, dont ils se font les représentants universels. Ce système, à nouveau, présente ses propres contradictions. La condamnation par les États-Unis du racisme européen sert d’argument pour démanteler les derniers empires coloniaux ; dans le même temps, sur le territoire américain, le mouvement des droits civiques fait l’objet d’une violente répression.

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05

L’ac­cu­mu­la­tion par dé­pos­ses­sion, pilier du capitalisme contem­po­rain

Pour définir ce qu’il nomme « accumulation par dépossession », David Harvey repart une fois encore des travaux de Marx. Celui-ci avait distingué deux principaux modes d’accumulation : l’« accumulation primitive » et la « reproduction élargie ». La première renvoie à une accumulation fondée sur la privatisation, la fraude, la violence physique. Elle s’est limitée, pour Marx, aux premiers temps du capitalisme au cours desquels les terres et le travail ont été marchandisés par la force avec le soutien de l’État. La reproduction élargie, c’est-à-dire l’accroissement de la plus-value par l’exploitation des travailleurs, constituait selon Marx la véritable modalité d’accumulation capitaliste. Pour Marx comme pour Harvey, le capitalisme n’émerge qu’en s’appropriant par la force des ressources qui lui sont extérieures. L’État constitue en cela l’acteur clé de l’accumulation primitive.

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06

Les futurs du capitalisme : quelles nouvelles contra­dic­tions ?

Pour David Harvey, l’hégémonie néolibérale n’est pas exempte de contradictions. Celles-ci se reflètent dans la force et la nature des mouvements anticapitalistes. Si les courants socialistes prenaient pour cible la reproduction élargie, l’avènement de l’accumulation par dépossession s’est accompagné de l’apparition de nouveaux discours contestataires, souvent plus ancrés régionalement que ne l’avaient été les organisations socialistes. Pour Harvey, « les luttes contre la dépossession ne sont pas toutes également progressistes » (p. 206).

En outre, là où le socialisme traditionnel était largement en faveur d’un développement soutenu et encadré par l’État, de nombreuses tendances récentes se distinguent par leur caractère anti-étatiste. Harvey s’attarde notamment sur le cas de l’Armée zapatiste de libération nationale, au Mexique, d’inspiration anarchiste et hostile à l’idée de redistribution des richesses par l’État. Harvey plaide quant à lui pour l’émergence d’un front commun à la fois anticapitaliste et progressiste fondé sur la dénonciation de l’accumulation par dépossession.

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07

Conclusion

Dans Le nouvel impérialisme, David Harvey cherche à mettre en lumière les principaux ressorts de l’impérialisme américain et, par-là, à rendre compte des mécanismes à l’origine de la guerre d’Irak. Au terme d’une analyse matérialiste empruntant à l’histoire et à la géographie, il inscrit l’agressivité de la diplomatie américaine dans le cadre plus large de l’« accumulation par dépossession ».

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08

Zone critique

L’ouvrage de David Harvey a fait de l’accumulation par dépossession une notion classique de la géographie économique. De nombreux chercheurs, à commencer par Harvey lui-même, la mobilisent désormais pour l’analyse du capitalisme chinois. Elle a néanmoins rapidement fait l’objet de critiques lui reprochant son caractère tantôt trop imprécis, tantôt trop extensif. En outre, certains travaux, tels que celui de Sam Ashman et Alex Callinos , considèrent que les pays les plus développés s’appuient toujours davantage sur l’exploitation des travailleurs salariés que sur l’accumulation par dépossession.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Le nouvel impérialisme, Les prairies ordinaires, coll. « Penser/croiser », 2010.

Du même auteur

– Géographie de la domination, Les prairies ordinaires, 2008. – Géographie et capital : Vers un matérialisme historico-géographique, Syllepse, 2010. – Le capitalisme contre le droit à la ville : Néolibéralisme, urbanisation, résistances, Amsterdam, 2011. – Brève histoire du néolibéralisme, Paris,, Les Prairies ordinaires, 2014. – Villes rebelles. Du droit à la ville à la révolution urbaine, Paris, Éditions Buchet/Chastel, 2015.

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