
Le nouvel esprit de la démocratie
Les nouveaux modes d’expression politique
Description
Dans un contexte de défiance envers les représentants politiques et de regain d’intérêt pour le thème de la participation du public, Loïc Blondiaux retrace l’apparition de nouveaux modes d’expression politique des citoyens en France et à l’étranger.
L’auteur expose les différentes conceptions et portées possibles de cette nouvelle participation politique qui est à l’origine d’une régénération de nos démocraties. La démocratie participative est envisagée comme le « nouvel esprit de la démocratie », fondement d’une conception renouvelée des relations politiques dans les sociétés occidentales.
Sommaire
01Introduction
L’émergence des nouvelles valeurs comme la « participation », la « concertation », le « débat citoyen », la « gouvernance démocratique » et la « transparence » (p. 6) transforme la vision traditionnelle de la démocratie. Les expériences participatives se développent dans le monde entier et mettent en exergue un nouvel élan démocratique reposant sur l’idéal participatif.

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02L’idée de la participation politique des habitants
Les systèmes politiques des sociétés occidentales reposent sur la démocratie représentative. Pensée dès le XVIIIe siècle, elle prévoit la participation régulière et périodique des citoyens au moment de périodes électorales. Depuis le XIXe siècle, l’élection au suffrage universel légitime les responsables politiques et l’action publique. La perte de confiance des citoyens envers leurs représentants, couplée au bilan décevant de politiques jugées illégitimes et inefficaces peut conduire à l’affaiblissement de cette démocratie.
En réponse à ce phénomène, de nouvelles formes d’expression de la société civile émergent depuis les années 1960, revitalisant les démocraties contemporaines.
L’idée de démocratie participative est portée en France et aux États-Unis par des mouvements contestataires issus de courants de la gauche modérée : elle est envisagée comme la manifestation directe de la parole citoyenne. Elle est mise en place grâce à des expériences locales dans les années 1960 à 1970. Ces expériences constituent alors des « instruments de contestation du système politique dans le cadre des luttes urbaines » (p. 15).

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03La participation, une solution aux maux des sociétés contemporaines
La participation est présentée par de nombreux auteurs comme une solution à la crise de la démocratie, également à même de répondre « aux mutations sociales profondes » (p. 28). L’auteur détaille avec un esprit de synthèse et dans un souci de clarification les vastes ambitions portées par l’idée de participation.
Face à un monde incertain et risqué dans lequel les sociétés sont plus « réflexives », les citoyens mieux informés et plus intéressés développent des « savoirs profanes » qui doivent aider à la décision politique. Face à des sociétés complexes et divisées en manque de cohérence, des « sociétés ingouvernables » par un État central, la démocratie participative offre un outil de mise en cohérence et de gouvernance. Dans des sociétés moins dociles, avec le développement de l’intérêt et des mobilisations citoyennes et la défense d’intérêts immédiats, la démocratie participative offre des lieux d’expression et de contestation pour les citoyens.

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04La distinction entre démocratie participative et délibérative
Pour Loïc Blondiaux, le succès fulgurant de la notion de participation tiendrait à son caractère polysémique. Elle est dotée d’une grande plasticité qui permet de multiples interprétations, aux idéaux parfois antagonistes, recouvrant ainsi une multiplicité de pratiques et d’expériences. Loïc Blondiaux revient judicieusement sur la distinction fondamentale entre la démocratie participative et la démocratie délibérative : à l’origine de dispositifs participatifs aux objectifs différents, elles véhiculent des conceptions différentes de la participation.
Si la démocratie participative et la démocratie délibérative reposent sur une vision ouverte de la citoyenneté qui ne se limiterait pas au vote et au principe majoritaire, elles n’ont pas les mêmes idéaux ni les mêmes portées. Conformément aux idées d’auteurs tels que Jean- Jacques Rousseau et John Stuart Mill, la démocratie participative envisage « l’engagement de chacun dans l’organisation de la cité comme une condition de la liberté et de l’épanouissement personnel » (p. 39).

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05Les principaux modèles institutionnels de participation du public
L’auteur décrit et analyse avec précision trois dispositifs concrets de démocratie participative qui ont émergé à la fin des années 1980. Ces derniers sont représentatifs des expériences contemporaines, ils sont codifiés et pensés comme des modèles prêts à l’emploi.
Il présente premièrement le modèle des budgets participatifs. Ces outils nés à Porto-Alegre, à la suite des élections municipales de 1988, se sont développés partout dans le monde. Ils confèrent aux habitants le pouvoir de disposer d’une partie du budget d’investissement de la ville.
Ces derniers choisissent de financer certains projets lors d’assemblées de quartiers ouvertes à tous. Le modèle brésilien demeure aujourd’hui le plus abouti, néanmoins de nombreuses expériences significatives voient le jour en France et en Europe malgré un pourcentage du budget d’investissement encore insuffisant pour en faire un outil majeur de la démocratie participative.

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06Les limites de la démocratie participative
Dans la perspective d’améliorer le débat sur la participation, l’ouvrage émet certaines critiques à l’encontre de ces modèles participatifs.
L’auteur déplore premièrement la tendance française et européenne à réduire la démocratie participative à la démocratie de proximité. Cette vision réduit la participation des habitants à des sujets d’intérêt municipal au lieu de favoriser la mobilisation des citoyens autour de sujets d’intérêt général. L’échelle du quartier est souvent privilégiée alors même qu’il ne correspond pas à un niveau de prise de décision politique.
Le deuxième problème mis en lumière par l’auteur est la reproduction par les instruments de démocratie participative des inégalités politiques existantes, c’est-à-dire la très faible participation des jeunes et des classes populaires. De par ses enjeux limités, la démocratie participative n’intéresse pas un certain nombre de personnes qui sont exclues des thématiques abordées. La question de la légitimité des instruments de participation reste posée.

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07Un plaidoyer pour la démocratie participative
En dépit de ce « bilan nuancé », Loïc Blondiaux souligne les points positifs des expériences participatives qui mettent en exergue une vision renouvelée de la démocratie. L’idée d’un débat préalable avec les citoyens avant toute décision publique s’est imposée. À travers une vision prospective, l’auteur livre un plaidoyer en faveur de la démocratie participative par les systèmes démocratiques et formule six recommandations « pour une démocratie effective ».
1 et 2) Il encourage à mieux considérer les formes de participation citoyenne en améliorant les conditions procédurales et le contenu du débat. Les « moyens d’information et d’expertise » doivent être renforcés en complément des « médias de masse et de sondage ». Le débat doit être animé « de façon neutre » et le citoyen doit être correctement informé avant de faire un choix éclairé. Les citoyens disposent de leur propre opinion, forgée grâce à leurs propres compétences et indépendante des avis d’experts.

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08Conclusion
La démocratie représentative est en mutation : elle intègre les revendications des mouvements sociaux urbains et la demande accrue des citoyens en faveur d’une participation active à la décision politique.

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09Zone critique
Loïc Blondiaux signe un essai significatif dans le domaine de la participation politique. S’inscrivant dans un riche débat et une littérature foisonnante, il constitue un excellent ouvrage de synthèse qui retrace clairement les évolutions de nos systèmes démocratiques et met en exergue les débats actuels en la matière.
Élargissant le concept de démocratie d’opinion de Bernard Manin, l’auteur envisage une démocratie mixte reposant sur l’articulation entre démocratie participative et démocratie représentative.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Le nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative, Paris, Seuil, coll. La République des idées, 2008.
Du même auteur
– Loïc Blondiaux, « Démocratie délibérative vs. Démocratie agonistique ? Le statut du conflit dans les théories et les pratiques de participation contemporaines », Raisons politiques, 30, 2008, pp. 131-147. – Loïc Blondiaux, « Le profane comme concept et comme fiction politique » in T. Fromentin et S. Wojcik (dir.), Le profane en politique. Compétences et engagements du citoyen, Paris, L’Harmattan, 2008.

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