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Couverture de 'Le mythe de la theorie du ruissellement'

Le mythe de la « théorie du ruis­sel­le­ment »

Arnaud Parienty

Démystification de l'économie du ruissellement

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Description

Dans cet ouvrage, Arnaud Parienty examine sous toutes les coutures l’idée ancrée du ruissellement économique. Il démontre qu’un tel postulat ne résiste pas à la vérification des faits. Réduire la charge fiscale qui pèse sur les plus fortunés, pour développer la croissance et l’emploi est une pure illusion. Il établit donc l’inanité de cette théorie du ruissellement, lui dénie même le statut de théorie. Elle tient plutôt du mythe.

Il explore ainsi les modèles économiques, interroge tous les auteurs, analyse les statistiques, examine la relation entre fiscalité, croissance et emploi pour finir par conclure que la validité du mécanisme du ruissellement n’a jamais été démontrée.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Deux dirigeants politiques ont donné à Arnaud Parienty l’idée de ce livre. À l’automne 2017, Donald Trump et Emmanuel Macron évoquent à propos de la gestion du budget de leur pays respectif, la théorie économique du ruissellement. L’un de façon triviale pour en faire un élément de sa réforme fiscale, et l’autre, pour la contester. D’ailleurs comment peut-on soutenir, en sciences économiques, une telle idée dont personne n’est jamais parvenu à démontrer la véracité ?

Ce n’est pas une loi économique. Il s’agit plutôt d’un mythe auquel on adhère et qui a la vie dure. Cette idée consiste à postuler qu’un allégement important de la pression fiscale sur les contribuables les plus riches, dégage des moyens financiers qui seront ainsi réinvestis dans l’activité industrielle et commerciale. Rapidement, les volumes financiers libérés pour les classes les plus favorisées doivent contribuer à relancer l’économie et permettre de renforcer la consommation. Le but est, bien sûr, d’entraîner un rebond de la croissance dont les plus modestes finiront par bénéficier.

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02

Le mirage américain

En chercheur averti, Arnaud Parienty réagit d’abord à une contradiction qui apparaît dans le discours officiel de l’exécutif français en janvier 2018. Le porte-parole du gouvernement assure qu’on « ne fait pas de cadeaux aux riches. Ce gouvernement permet à l’argent d’être investi dans les entreprises pour nos emplois en France ».

Or, ces propos résument précisément une notion déjà ancienne mais réapparue en 1980 aux États-Unis, celle du « trickle down effect », l’effet de ruissellement, dont les conseillers néolibéraux de Ronald Reagan ont fait le principe central de la nouvelle politique budgétaire.

À l’époque, le directeur américain du budget résumait ainsi son objectif: « Donner des réductions d’impôts aux tranches supérieures, aux individus les plus riches et aux plus grandes entreprises, et laisser les bons effets ruisseler à travers l’économie pour atteindre tout le monde ». Près de 40 ans plus tard, le nouvel hôte de la Maison Blanche, pourtant très contesté au Sénat, parvient à imposer cette fameuse réforme fiscale dont le New York Times dresse la liste des gagnants et des perdants : « Du côté des gagnants, rapporte l’auteur : la famille Trump, les autres promoteurs immobiliers, les grandes entreprises multinationales et leurs actionnaires, les millionnaires, les gestionnaires de fonds, les écoles privées et ceux qui peuvent les payer, l’industrie des alcools, les architectes, ingénieurs, comptables et juristes. Du côté des perdants : les acheteurs d’assurance santé, les personnes âgées, les familles à bas revenu, les propriétaires de logements coûteux et les générations futures ».

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03

Une théorie imaginaire ?

Dans un chapitre central, intitulé « la folie Laffer » Arnaud Parienty revient sur les préjugés et les intuitions qui ont conduit certains experts, mais aussi des économistes libéraux opposés à la fiscalité excessive, à citer les travaux d’un américain, Arthur Laffer. En 1974, il a contribué à donner de la substance à la théorie du ruissellement. Certes on peut remonter à Adam Smith ou au président américain Coolidge dans les années 1920, pour trouver des partisans d’une réduction de l’intervention de l’Etat qui annonce un phénomène analogue au ruissellement.

Mais, souligne Arnaud Parienty, les recettes nécessaires au fonctionnement de l’État, il faut bien les trouver quelque part, si la quote-part des hauts revenus diminue. La courbe de Laffer permet de mesurer le taux optimal de recettes de l’Etat pour un taux d’imposition donné. Laffer postule qu’une « baisse du taux d’imposition pourrait finir par payer pour elle-même ». L’hypothèse tient en ce que la baisse des prélèvements fiscaux des plus riches, est compensée par un renforcement de l’activité, ce qui élargirait l’assiette de l’impôt sans qu’il soit nécessaire d’augmenter la charge fiscale des plus modestes. Hypothèse séduisante mais peu crédible !

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04

L’impossible recherche d’un modèle scien­ti­fique de l’effet de ruis­sel­le­ment

Dès les premiers chapitres, Arnaud Parienty se donne pour tâche de trouver une définition à l’effet de ruissellement économique. C’est d’autant plus difficile qu’il en existe plusieurs. Il cite d’ailleurs un humoriste américain des années 1930, Will Rogers qui critiquait les baisses d’impôts pour les hauts revenus décidées par le président Herbert Hoover : « On a mis tout l’argent en haut, en espérant qu’il finisse par ruisseler vers les nécessiteux. M. Hoover était un ingénieur. Il savait que l’eau ruisselle vers le bas. Versez-la au sommet et laissez-la agir et elle atteindra même les points les plus secs. Mais il ne savait pas que l’argent ruisselle toujours vers le haut. Donnez-le aux gens d’en bas et ceux du sommet finiront rapidement par le récupérer, d’une manière ou d’une autre ».

Arnaud Parienty rappelle donc que personne encore n’a pu définir scientifiquement, autrement dit à partir d’une hypothèse cohérente, vérifiée par les faits et confrontée aux données empiriques, l’effet de ruissellement. À noter que si le français utilise le mot « théorie », l’anglais, emploie le terme « effect », plus proche de la réalité. Il tente néanmoins de définir trois versions du phénomène tant espéré ou si souvent annoncé par les économistes libéraux.

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05

Épargne, consom­ma­tion… qui alimente la croissance ?

En fait, rappelle l’auteur, l’idée du ruissellement, bien que farfelue, a fait l’objet de discussions sérieuses à partir des années 1950. Le transfert des revenus vers les riches, à l’envers, comme on le dit souvent, est-elle une source de la croissance ? C’est cette fois l’économiste britannique Nicholas Kaldor qui vient à la rescousse pour tenter d’établir une théorie. Il juge que ceux qui possèdent le capital épargnent davantage que les salariés. Il faut donc les favoriser en déplaçant une partie du revenu national vers eux car plus l’épargne s’accroît, plus les investissements augmentent.

Arnaud Parienty utilise aussi les analyses de Kaldor pour comprendre ce qu’il appelle « la principale transformation de l’économie mondiale depuis 1980 » : la croissance chinoise. Et effectivement, la croissance spectaculaire du pays, longtemps demeurée à deux chiffres, a entraîné la création de centaines de millions d’emplois et a réduit les inégalités de façon spectaculaire.

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06

Re­dis­tri­buer à l’envers

La liste des effets négatifs de la théorie du ruissellement est impressionnante. Les classes moyennes ou défavorisées doivent faire face à divers inconvénients : déscolarisation de leurs enfants, la baisse du niveau de qualification, la dénatalité, l’instabilité sociale, voire politique, la remise en cause de la classe moyenne, et finalement le blocage de la croissance, au contraire de ce qui était escompté. Les inégalités, résultat de cette politique ont longtemps été considérées comme un « mal nécessaire » souligne l’auteur.

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07

Conclusion

Arnaud Parienty connait ses classiques. En excellent pédagogue, il replace dans son contexte à la fois historique et international, une théorie qui n’en mérite même pas le nom et démontre son statut de fantasme économique. Il n’hésite pas d’ailleurs dès les premières pages à faire appel à l’un des économistes américains des plus brillants : Robert Reich, ancien ministre du travail de Bill Clinton. Cet universitaire malicieux et rigoureux, parle de « canular cruel » à propos du « trickle down effect », la théorie du ruissellement. Il explique dans un de ses cours popularisé sur Internet que ce n’est que « balivernes ».

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08

Zone critique

Les qualités d’un pédagogue engagé, sa compétence et ses références, peuvent aussi se révéler être un défaut, une expertise parfois ardue pour le plus grand nombre ou pour ceux qui ne partagent pas ses opinions politiques. Mais Arnaud Parienty progresse dans son raisonnement en toute impartialité. On aurait aimé aussi qu’une question posée dès le début du livre, la préférence des partisans de la théorie du ruissellement pour l’investissement privé plutôt que public, soit approfondie.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Le mythe de la « théorie du ruissellement », Paris, La Découverte, 2018.

Du même auteur – School business, Paris, La Découverte, 2015.

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