
Le Moi-peau
Psychanalyse de la construction du moi
Description
"Le Moi-peau" de Didier Anzieu est un ouvrage de psychanalyse qui introduit le concept du "Moi-peau", une métaphore pour décrire la manière dont le Moi se forme et se structure à l'image de l'enveloppe corporelle.
La peau est l'enveloppe du corps, tout comme le moi tend à envelopper l'appareil psychique. Les structures et les fonctions de la peau peuvent donc fournir aux psychanalystes et aux psychologues des analogies fécondes pour les guider dans leur réflexion et leur technique.
Anzieu s'inspire des travaux de Freud sur le narcissisme et de la biologie pour élaborer sa théorie selon laquelle la peau, en tant que limite entre le soi et le monde extérieur, joue un rôle fondamental dans le développement psychique de l'individu.
Sommaire
01Introduction
À la suite des travaux d’Esther Bick, Anzieu postule le rôle fondamental de la peau dans la construction du sentiment d’existence et d’identité du bébé.

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02Le moi psychique, une construction sur le moi-peau
La peau souvent négligée est en réalité le seul organe des sens qui soit vital, elle correspond à 18% du poids du corps et couvre plus de 18 000 cm². Elle apparaît extrêmement tôt dans le développement de l’embryon, vers la fin du deuxième mois, ce qui atteste de son caractère fondamental.
Elle est en effet par sa structure et par ses fonctions bien plus qu’un organe de sens, puisqu’elle protège, respire, transpire, élimine, sécrète, métabolise, transmet des informations et participe au tonus, à la circulation, à la digestion, ou encore à la reproduction.
La peau reste poreuse, car si elle protège des perturbations externes, elle en garde bien souvent la trace (cicatrice, coloration), à l’inverse elle révèle nos états internes (mine, réaction allergique etc.). Elle est à la fois superficielle et profonde, vulnérable et solide, voire régénérescente.

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03Le moi psychique, une construction sur le moi-peau
Par sa complexité anatomique, physiologique et symbolique, la peau fait écho à la complexité du Moi sur le plan psychique. Elle exerce tout comme la mémoire une fonction de stockage, des graisses notamment. Elle a une fonction de production des poils par exemple ou des ongles qui fait écho aux mécanismes de défenses psychique, une fonction d’émission de sueur de phéromones, qui rappelle un mécanisme de défense plus archaïque, la projection. Les couches composant l’épiderme résonnent également avec les différentes enveloppes psychiques (sensorielles, musculaires, rythmiques).
Pour Anzieu, le Moi psychique se construit à travers le soin accordé au moi-peau et ce dès les premiers instants du maternage. Les soins répétés, stables et ajustés de l’entourage maternant à l’égard du nourrisson, sont les premiers signaux de l’interaction et le prélude de modèles cognitifs ultérieurs. Cette sollicitation double permet au bébé l’imitation, et la distinction entre le vivant et l’objet.

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04Fonctions du moi peau
Pour Anzieu, le Moi-peau remplit 9 fonctions principales.
Tout d’abord la maintenance du psychisme de la même manière dont elle soutient le squelette et les muscles (1). Cette fonction s’ancre dans la manière dont la mère étreint le nourrisson. Une fonction contenante puisque le Moi-peau contient le psychisme telle une enveloppe, cette fonction se développe quand la mère manipule le bébé dans les soins quotidiens qu’elle lui prodigue.
Il joue également un rôle de protection face aux excitations et aux angoisses d’intrusion psychique (2). Il rend possible l’individuation, c’est-à-dire qu’il permet à l’individu de se sentir comme un tout unique, on parle alors du sentiment d’unicité de Soi essentiel dans la construction identitaire (3).

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05Une multitude d’enveloppes
Pour Anzieu, le Moi-peau ne s’arrête pas à une enveloppe psychique et corporelle, mais se rapporte à une multitude d’enveloppes constituantes du Soi. L’auteur en présente quatre dans son ouvrage.
Il parle ainsi d’une enveloppe sonore qui se constitue depuis les premiers cris du nouveau-né. Ces cris de faim, de colère, de douleur ou de frustration, sont très vite discernables par l’entourage parental, et entrainent des comportements maternaux visant leur arrêt notamment grâce à la voix ce qui s’avère le moyen le plus efficace dès la seconde semaine de vie. La première émission sonore intentionnelle arrive dès la troisième semaine avec de « faux cris de détresse pour attirer l’attention », ces gémissements s’achevant par des cris sont le premier acte de communication volontaire du bébé.
La voix maternelle est distinguée plus tôt que le visage maternel, ce qui montre bien l’importance primordiale de cette enveloppe sonore. Le babillage, les activités vocales, les imitations créent un volume commun permettant l’échange et resteront primordiales dans l’accordage mère-enfant tout au long du développement de celui-ci, ainsi que dans l’apprentissage du langage. L’articulation de ce langage permettra au Moi d’intégrer un Surmoi qui régule la pensée et les comportements, mais aussi le statut de l’objet en dehors du Soi.

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06Conclusion
Cette théorisation que propose Anzieu, vise à nourrir sa pratique psychanalytique. Pour lui, « Il appartient au psychanalyste non pas de combler les failles narcissiques, ni de fournir un objet réel d’amour, mais de développer chez le patient une conscience suffisante de soi et des autres pour qu’il sache chercher, trouver et retenir, en dehors de l’analyse, les protagonistes susceptibles de satisfaire ses besoins corporels et ses désirs psychiques. La santé mentale, disait Bowlby, c’est choisir de vivre avec des gens qui ne nous rendent pas malades… » (p. 313).

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07Zone critique
Tout au long de son ouvrage, Anzieu propose d’expliquer les différentes pathologies psychiques au regard de sa théorie du Moi-peau et de la psychanalyse.
Pour lui les états limites fréquents dans les cliniques contemporaines souffrent de troubles de la continuité du Soi (difficultés à trouver un sens à sa propre vie), là où les psychotiques et névrosés propres à la clinique de Freud présentaient pour les uns des troubles dans le sentiment d’unité du Soi (se sentir morcelé) et pour les autres une menace de leur identité sexuelle. Cette nouvelle forme de souffrance psychique témoigne du manque de limites entre le Moi psychique, le Moi corporel, le Moi fantasmé, le Moi social, entre Soi et l’Autre, et s’inscrit au niveau symptomatique par la dépression, la vulnérabilité à la blessure narcissique, le sentiment d’être spectateur de sa propre existence. C’est la relation contenant/contenu élaborée dans la prime enfance, qui fait défaut

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Le Moi-peau, Paris, Dunod, 1985.
Du même auteur
– Le Groupe et l’inconscient. L’imaginaire groupal, Paris, Dunod, 1981. – Le penser. Du Moi-peau au Moi-pensant, Paris, Dunod, 1994.

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