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Couverture de 'Le miroir et la scene'

Le Miroir et la scène

Myriam Revault d’Allonnes

Réflexion sur l'image publique et la politique

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Description

"Le Miroir et la scène" de Myriam Revault d'Allonnes est un essai philosophique qui interroge la nature et la fonction de la représentation politique dans les sociétés démocratiques contemporaines. Revault d'Allonnes, philosophe politique, explore la crise de représentativité à laquelle sont confrontées les démocraties modernes et la distance croissante entre les citoyens et leurs représentants. L'ouvrage examine les origines historiques et théoriques de la représentation politique, en s'appuyant sur les travaux de penseurs tels que Hobbes, Rousseau et Hannah Arendt.

Revault d'Allonnes analyse les défis posés par la mise en scène du pouvoir politique et la médiatisation de la vie publique, en questionnant les possibilités de renouveler le lien entre les électeurs et les élus.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Les hommes politiques parlent un langage complexe et soutiennent des propos très éloignés de nos problèmes quotidiens. Ils mènent une vie fastueuse dont peu de Français peuvent se sentir proches.

En bref, nos élus ne nous ressemblent pas, alors même que nous les choisissons pour qu’ils nous représentent. Depuis plusieurs décennies, une crise de la représentation politique menace notre démocratie. Cette crise est dangereuse puisqu’elle conduit à des comportements électoraux instables et décourage de nombreux citoyens à véritablement s’intéresser et participer à la vie politique de leur pays. Mais est-il si grave que nos élus politiques ne nous ressemblent pas ?

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02

Les prémices de la re­pré­sen­ta­tion politique »

De manière classique, l’auteure fait du philosophe Thomas Hobbes le père de la théorie de la représentation politique. Mais elle montre également que le contexte historique de sa vie n’est pas étranger à ce destin : il assiste à la chute de l’ancien modèle du pouvoir politique, qui n’était pas la représentation, mais l’incorporation. Les rois tiraient en effet jusqu’ici leur légitimité du pouvoir divin, provisoirement incarné dans le corps du roi. De la même manière que Jésus était à la fois homme et Dieu, on considérait que le roi était à la fois mortel, de par son corps terrestre, et immortel de par le pouvoir divin qu’il incarnait et transmettait à son successeur. Et comme Dieu est le Créateur du royaume terrestre, le roi, en incarnant le divin, incarnait également l’ensemble du royaume.

Mais Hobbes (né en 1588) voit précisément une partie du royaume (la Chambre des Communes) s’imposer face au pouvoir du roi, Charles Ier d’Angleterre, qui finit décapité. Symboliquement, le pouvoir monarchique perd alors toute légitimité. Ce n’est pas seulement un roi qui est mort, c’est toute l’incarnation divine dans sa personne qui a été renversée et à laquelle on ne peut plus croire. Du même coup, Hobbes constate que sans incorporation du pouvoir divin dans le pouvoir politique, la société entière perd son unité et sa consistance. Une question se pose alors : comment reconstruire celles-ci ?

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03

Le nouveau concept de re­pré­sen­ta­tion politique

La notion de représentation peut alors intervenir pour résoudre les deux problèmes posés par cette conception de l’État. D’abord, ni Hobbes ni les philosophes dits contractualistes qui lui succèderont ne croient qu’un contrat concret ait un jour été signé : le « contrat social » est une simple fiction permettant de penser le rôle de l’État. Mais alors, pourquoi et comment faire respecter un contrat qui n’est pas concrètement signé ? Le second problème est la difficulté à expliquer la motivation des citoyens, devant l’ampleur de leur sacrifice : pour être protégés, ils doivent renoncer à l’exercice de leur puissance et à l’assouvissement de leurs désirs.

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04

Pourquoi ce modèle de la re­pré­sen­ta­tion est-il en crise ?

L’auteure parvient à montrer que ce modèle de représentation politique est toutefois problématique en son essence même. Elle nous fait comprendre le sens de cette crise en faisant appel à la théorie de Rousseau dans Du Contrat social. Pour lui, la représentation est un transfert. Or, seul un pouvoir peut se transférer, pas une volonté. Quelqu’un peut en effet agir ou parler à ma place si je n’ai pas la possibilité de le faire moi-même, mais personne ne peut vouloir à ma place.

La volonté du peuple, qui doit gouverner, ne peut donc être représentée. Et lorsqu’elle l’est, notamment par nos députés, Rousseau en conclut qu’elle ne peut-être qu’aliénée, c’est-à-dire rendue étrangère à elle-même. Et effectivement, si quelqu’un veut une chose en notre nom, on aura l’impression que cette volonté ne nous appartient pas, qu’elle nous est étrangère.

S’il ne peut y avoir d’identité entre notre volonté et celle des représentants politiques, il devrait toutefois pouvoir se produire une identification. C’est-à-dire que l’on peut se reconnaître en des gouvernants, même si leur volonté diffère parfois de la nôtre et même s’ils ne nous ressemblent pas. Et c’est bien ce que Hobbes avait en tête. De la même manière que l’on peut se reconnaître dans des personnages de fiction ayant une apparence et une vie très différentes des nôtres : on se fiera notamment aux valeurs des personnages. Cependant, la crise actuelle repose justement sur une défiance envers les élus politiques. Cette crise de confiance se manifeste dans notre exigence croissante de transparence, notamment de leurs dépenses personnelles et professionnelles ou de leurs intentions politiques. Et elle compromet notre identification à leurs valeurs.

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05

Les fausses solutions pour sortir de la crise

Devant cette crise, la première tentation serait de supprimer tout représentant. Mais le problème est que la volonté du peuple ne peut pas s’exercer directement. Dans l’Antiquité, au Ve siècle av. J.-C., la Grèce avait tenté à Athènes l’instauration d’une démocratie directe, c’est-à-dire d’une démocratie sans représentants. Mais le résultat ressemblait davantage à une aristocratie : le peuple exerçant sa volonté en proposant et débattant les lois ne représentait en réalité qu’une faible part de la population, masculine, aisée et libre. Sur une population d’environ 340 000 habitants dans l’Attique, seuls 40 000 citoyens pouvaient participer de manière effective à la vie politique.

Par ailleurs, les débats à l’Assemblée réunissant des milliers de citoyens, il n’était évidemment pas possible de mener une véritable discussion : les citoyens souhaitant s’exprimer préparaient un discours convaincant, adressé aux autres citoyens. Les discours se succédaient et ce système encourageait les raccourcis conceptuels, les effets rhétoriques et la manipulation émotionnelle : c’était la tyrannie de l’opinion séduisante. Créer une démocratie directe n’est ni possible ni souhaitable.

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06

Exercer nos capacités politiques

Que peut-on alors changer pour résoudre le problème de la représentativité ? L’auteure surprend, en proposant de d’abord changer notre regard sur la question, et de le retourner sur nous-mêmes. Au fond, savons-nous vraiment ce que nous voulons lorsque nous demandons à être représentés ? Par cette question, Myriam Revault d’Allonnes veut montrer que si on échoue à résoudre le problème en tentant de changer les hommes politiques qui nous représentent, on peut l’attaquer par son autre terme : celui du citoyen représenté. Car comme elle le rappelle tout au long de l’ouvrage, la représentation n’est pas que l’élu, parlant et agissant au nom des citoyens absents. C’est également une activité réflexive : la représentation, c’est aussi ce que l’on se représente, et, en l’occurrence, c’est la capacité des citoyens à se représenter comme inclus dans le peuple et actifs dans sa vie politique.

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07

Conclusion

L’auteure réussit le tour de force de mobiliser des auteurs classiques et des analyses de notions complexes, sans rien perdre en richesse ni de clarté.

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08

Zone critique

Si l’auteure fournit une analyse permettant de repenser la crise de la représentativité des hommes politiques, il est dommage que cette analyse ne trouve pas d’applications concrètes. Pour compléter l’ouvrage, il faudrait ainsi évaluer la pertinence des propositions émises ces dernières années allant dans le sens d’un développement de la capacité des citoyens à jouer un rôle dans la vie politique et à reconnaître ce rôle chez leurs élus.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Le miroir et la scène, ce que peut la représentation politique, Paris, Éditions du Seuil, coll. « La couleur des idées », 2016.

Du même auteur – Le Dépérissement de la politique, Paris, Éditions Aubier, coll. « Alto », 1999. – Pourquoi nous n’aimons pas la démocratie, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Débats », 2010.

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