
Le Métier de citoyen dans la Rome républicaine
La vie quotidienne du citoyen romain
Description
C’est à la demande d’un éditeur que Nicolet entreprend la rédaction du Métier de citoyen dans la Rome républicaine : il s’agit alors de publier un ouvrage sur la vie quotidienne du citoyen romain. Mais le manuscrit, trop loin des attentes initiales, est refusé. Novateur, il trouve alors sa place dans une autre collection et fait rapidement l’objet d’une large reconnaissance.
Cet ouvrage apparaît aujourd’hui comme l’une des étapes décisives de l’étude de la République romaine et, plus largement, comme un classique de la littérature historique.
Sommaire
01Introduction
Alors qu’il présente son travail, Nicolet précise d’emblée : il n’est pas question, surtout, d’étudier une « classe politique », c’est-à-dire les sénateurs, les membres des ordres supérieurs de la société (comme l’ordre équestre), les magistrats et les fonctionnaires. En fait, il exclut précisément de son étude la minorité constituée par ceux qui, surtout en raison de leur richesse et de leur naissance, monopolisaient l’exercice des fonctions publiques et politiques, membres de l’« oligarchie romaine » qui avaient été jusque-là l’objet privilégié des études consacrées à l’histoire politique de la Rome républicaine. Par ses ouvrages précédents, Nicolet lui-même avait participé à cet effort concentré sur le milieu et l’action de quelques grands personnages.
À rebours de cette perspective, il entend s’intéresser à la « masse civique », c’est-à-dire à la majorité des citoyens (cives). Car comme il le rappelle : « Rome s’est toujours présentée sous la forme du trinôme indissociable : ‘‘les magistrats, le Sénat et le Peuple romain’’ » (p. 8). Et c’est en principe aux bénéfices de ce dernier que les magistrats tenaient leur fonction, que les généraux commandaient les armées citoyennes et que les impôts étaient levés.

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02Nature et prestige du statut de citoyen
Avant d’en définir les contours juridiques et institutionnels, Nicolet invite à saisir la citoyenneté romaine telle que la percevaient les Romains eux-mêmes ainsi que leurs voisins, à savoir comme un statut à bien des égards privilégié, source d’orgueil pour ceux qui le possédaient, d’envie pour les autres. Et pour cause : « Le droit de cité ne garantissait pas seulement le statut juridique de l’individu, ce qui était son caractère fondamental ; il lui donnait aussi, dans le domaine politique, la possibilité de participer physiquement et moralement à un ensemble cohérent de droits et de devoirs : les munera du citoyen » (pp. 36-37).
Pour comprendre la nature de ces munera, l’expression de « droits et devoirs » est en partie impropre. En effet, si certaines ont bien un caractère contraignant, les obligations civiques « ne sont pas imposées à l’homme de l’extérieur », au citoyen par une réalité qui lui soit transcendante ; « elles procèdent au contraire de la simple logique du contrat implicite qui lie entre eux des individus libres ». Et pour faire comprendre entièrement cette logique, l’auteur précise : « Toutes les exigences de la cité (le devoir militaire, le devoir fiscal, le devoir civique) ne sont donc, en fin de compte, que des exigences envers soi-même » (p. 508). Car la cité n’est rien d’autre que la somme de ses composants, les citoyens, et de leurs relations réciproques.

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03Égalité et hiérarchie, fondements de la citoyenneté romaine
Nous avons déjà mentionné la nature des obligations qu’entretenait le citoyen à l’égard de sa cité : « le devoir militaire, le devoir fiscal, le devoir civique » (p. 508). Il faut encore ajouter, et c’est la nouveauté de l’interprétation de Nicolet, que chacun d’eux ne revêt pas la même importance. C’est en effet au devoir fiscal que l’historien reconnaît le premier rôle, puisque c’est relativement à la fortune du citoyen (mais aussi en fonction de sa réputation et de son honorabilité) qu’est fixée l’étendue de ses obligations militaires et de ses droits en matière de vote.
C’est là la fonction fondamentale du census, c’est-à-dire du recensement, « opération d’enregistrement des noms, des fortunes et de toutes les particularités qui permettraient par la suite un classement des citoyens selon un certain ordre logique (ratio), afin de fixer leurs différents degrés de participation à la vie collective » (p. 72). L’aspect paradoxal de l’institution réside dans le fait qu’elle vise à la fois à dessiner les contours du corps civique, au sein duquel chacun jouit de l’égalité des droits, et à établir un classement hiérarchique des citoyens.

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04Contribuable, soldat et électeur : le métier de citoyen
C’étaient les résultats du census qui fixaient ensuite les obligations de chacun face à l’impôt et face au service militaire. En effet, le recensement opérait une répartition des citoyens au sein d’un triple système de subdivision du corps : les tribus, les classes et les centuries. Les tribus, divisions d’origine géographique (avec de nombreuses restrictions et exceptions), étaient au nombre de 35 et pouvaient compter des nombres très inégaux de citoyens.
Parallèlement, cinq classes de citoyens sont distinguées sur la base de la fortune ; celles-ci sont ensuite subdivisées en centuries en fonction de l’âge. Ce sont au total 193 centuries qui sont ainsi formées et qui constituent le cadre du recrutement de l’armée et du tributum (impôt direct) jusqu’au IIe siècle avant notre ère, mais également de l’organisation électorale jusqu’à la fin de la République au Ier siècle avant notre ère. Le recensement fournissait donc la liste de « ceux qui peuvent porter les armes », dont la fortune permettait de payer l’impôt et qui, aptes physiquement, étaient mobilisables.

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05Conclusion
Avec Le Métier de citoyen, Nicolet proposait plus qu’une synthèse commode des institutions de la République romaine : une étude d’ensemble des pratiques collectives qui constituaient le gros de l’activité du corps civique. Pour aboutir à une conclusion de première importance, en montrant à partir de l’institution fondamentale du census que la cohésion liée à la participation civique parvint à assurer, durant plusieurs siècles, la stabilité et la croissance de l’État romain.

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06Zone critique
Malgré l’influence des ouvrages de Nicolet en France, Le Métier de citoyen ne fit pas l’objet d’une vaste reconnaissance internationale, excepté peut-être en Italie.
La nouveauté de l’ouvrage fut dans l’ensemble assez mal perçue : on y vit la description d’institutions dont le fonctionnement était déjà bien connu, sans percevoir que Nicolet cherchait en fait à mettre en évidence dans ce fonctionnement ce qui faisait la force, mais aussi l’originalité, du système civique romain.

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07Pour aller plus loin
Ouvrage recensé –Le Métier de citoyen dans la Rome républicaine, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1976.
Du même auteur – L’Ordre équestre à l’époque républicaine (312-43 av. J.-C.), 2 vol., Paris, De Boccard, coll. « BEFAR », 1966 et 1974. – Rome et la conquête du monde méditerranéen (264-27 av. J.-C.), 2 vol., I : Les structures de l’Italie romaine ; II : Genèse d’un empire, Paris, PUF, coll. « Nouvelle Clio », 1977-1978. – L’Inventaire du monde. Géographie et politique aux origines de l’Empire romain, Paris, Fayard, 1988.

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