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Couverture de 'Le mensonge'

Le Mensonge

Benjamin Elissalde, Frédéric Tomas

Les secrets et les détections du mensonge

Écouter l'extrait du podcast :
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Description

La détection du mensonge est un sujet vendeur. Le folklore sur ce thème est sympathique, mais il y a un problème. Le problème, c’est que les croyances populaires sur le mensonge affectent notre capacité de détection, qui est déjà assez mauvaise à l’origine.

En faisant le point sur la science du mensonge, l’ouvrage nous permet de repartir sur des bases saines.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La série américaine Lie to me met en scène les aventures du docteur Carl Lightman, psychologue expert en détection de mensonges. Ce chercheur-enquêteur résout des crimes grâce à sa capacité d’analyse du comportement non verbal. Comme les concepteurs de la série avaient à cœur de lui donner une assise scientifique, ils ont travaillé avec le professeur Paul Ekman, spécialiste des « micro-expressions », concept sur lequel nous reviendrons.

Une équipe de chercheurs de l’Université du Michigan a voulu vérifier l’effet du visionnage d’un épisode de cette série sur la capacité de détection de mensonge. Ils ont observé que ceux qui venaient de regarder un épisode étaient un peu plus mauvais que les autres : ils avaient plus tendance à classer les témoignages véridiques comme des mensonges en s’appuyant sur le repérage de petits indices non verbaux…

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02

À la rencontre des menteurs

À partir de 3 ans, les enfants commencent à mentir de façon ludique (par exemple en faisant croire à leurs parents qu’ils ont une conversation téléphonique alors qu’ils parlent dans un jouet). C’est vers 6-7 ans, que leurs mensonges deviennent plus élaborés et suffisamment crédibles pour tromper les adultes. Les mensonges crédibles supposent en effet l’acquisition d’une théorie de l’esprit, c’est-à-dire une capacité à se représenter ce que les autres peuvent ou non savoir. À l’âge adulte, nous mentons tous plusieurs fois par jour, parfois de façon flagrante, parfois de façon anodine.

Dans une étude de 1996, visant à déterminer la fréquence des mensonges, des étudiants américains devaient noter toutes les dix minutes le nombre de mensonges qu’ils proféraient au cours de leurs interactions. Les participants mentaient en moyenne dans un tiers de leurs interactions. Il semble donc que nous mentions beaucoup. Mais pourquoi ? Les sociologues voient dans le mensonge un fusible qui permet de préserver la cordialité de nos relations, que ce soit en privé ou en société. Le mensonge serait donc un lubrifiant social que l’on utilise d’autant plus volontiers qu’ils sont rarement détectés. Dans l’étude mentionnée plus haut, les mensonges n’étaient détectés que dans 18% des cas.

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03

Le mythe des micro-expressions

Le psychologue Paul Ekman est une star chez les formateurs en langage corporel et en communication non verbale. Il faut dire que son concept de « micro-expressions » est vendeur. Une micro-expression désigne un mouvement facial qui dure moins d’une demi-seconde. Ces micro-expressions trahiraient une émotion contrôlée ou masquée, ce qui pourrait nous indiquer que quelqu’un a quelque chose à cacher. Cela donne donc l’espoir de confondre les menteurs, en voyant ce que les autres ne voient pas, un peu comme un super pouvoir. Le seul problème, c’est que ça ne marche pas.

La première raison est que ces micro-expressions n’apparaissent en vérité que très rarement chez les gens, ce qui n’en fait pas un indicateur pratique. Pour donner un ordre de grandeur, Paul Ekman a identifié 1 711 micro-expressions. Mais quand deux chercheurs se sont adonnés à l’analyse systématique d’un corpus de vidéos, ils n’en ont observé que…18.

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04

Le mythe des mouvements des yeux

C’est probablement le mythe le plus répandu sur le mensonge : on pourrait repérer les menteurs en analysant leurs mouvements des yeux. Ainsi, les praticiens de la PNL (Programmation Neuro-Linguistique) affirment que l’orientation du regard serait en lien avec des tâches cognitives, ce qui permettrait par exemple de distinguer la remémoration de la création d’un souvenir. Lorsqu’une personne évoque un événement passé en orientant son regard vers le haut et vers la droite, on pourrait la soupçonner d’inventer et donc de mentir. Là encore, cette explication séduisante ne résiste pas à l’épreuve de la démarche expérimentale.

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05

Les promesses de l’analyse lin­guis­tique

Les mots que nous utilisons en disent beaucoup sur notre personne. Des études ont ainsi pu mettre en évidence, à partir de textes, de mails ou de SMS, des aspects de la personnalité, la stabilité d’un couple, la volonté de séduire ou même la propension au suicide. Peut-on voir dans l’analyse linguistique une piste prometteuse pour détecter les mensonges ? Les premiers travaux dans cette perspective ont été conduits dans les années 1950 par un psychologue allemand : Udo Undeutsch.

Son postulat était le suivant : si la vérité existe, le mensonge, lui, doit être inventé. Dès lors, une déclaration véridique devrait différer, par son contenu et sa qualité, de déclarations inventées. Son intuition lui était venue de son goût pour la littérature : le lecteur avisé sait à quel point il faut du talent pour donner à la fiction l’apparence de la réalité. Et ce talent n’est pas à la portée du premier venu… Quels comportements linguistiques permettraient donc de différencier le vrai du faux ?

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06

Rendre la production de mensonge plus difficile

Il n’y a donc pas de recette miracle pour détecter le mensonge. Mais, outre l’analyse linguistique, les auteurs pointent une autre piste prometteuse : rendre la tâche du menteur plus difficile. Pour ce faire, il faut pouvoir le confronter avec de bonnes questions.

En voici quelques-unes.

Il s’agit, pour commencer, de savoir que mentir demande plus d’effort que de dire la vérité : cela suppose d’être vigilant, de vérifier constamment si ce que l’on s’apprête à dire ne va pas nous confondre. Mentir devient donc encore plus compliqué si l’on doit répondre à des questions qui augmentent notre charge cognitive (par exemple : « peux-tu me raconter ton histoire en partant de la fin ? »). On peut ensuite rendre la production de mensonge plus difficile en posant des questions inattendues, des questions qu’un menteur aurait eu du mal à anticiper en préparant sa version des faits (par exemple : « peux-tu me dessiner la scène ? »). Il est également utile de poser des questions qui invitent la personne interrogée à en dire plus. Il s’agit donc de questions ouvertes (« Comment ça s’est passé ? Comment tu te sentais ? »).

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07

Conclusion

La détection du mensonge suppose de faire le deuil des trucs et astuces : le bon détecteur de mensonges tient bien plus de l’enquêteur que du magicien. Les méthodes qui parviennent à faire mieux que le hasard sont calquées sur celles qui sont effectivement utilisées dans les domaines de la police et de la justice.

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08

Zone critique

L’ouvrage est dense, fouillé et, il faut bien le dire, plutôt pénible à lire. Il ne fera donc probablement pas le poids face à des ouvrages plus vendeurs sur ce thème tels que Je sais que vous mentez, de Paul Ekman.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Le Mensonge. Psychologie, applications et outils de détection, Paris, Dunod, 2019.

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