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Couverture de 'Le manuel'

Le Manuel

Épictète

La philosophie stoïcienne pour une vie épanouie

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Description

Le titre « Le Manuel » traduit le terme grec enchiridion qui signifiait également poignard : l’un comme l’autre sont à garder près de soi pour se défendre des événements du monde et protéger sa liberté.

L’ouvrage d’Épictète redéfinit celle-ci et montre de manière très didactique quel chemin emprunter pour l’atteindre : celui qui sait distinguer ce qui dépend de lui de ce qui ne dépend pas de lui et adapter ses désirs et actions en conséquence sera maître de lui-même.

Il restera impassible devant la malchance et les drames contre lesquels aucun poignard ne peut lutter. Cette leçon d’Épictète marque une grande étape du stoïcisme et peut servir à chacun de guide pour mener sa vie.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Durant sa vie, Épictète a été esclave avant d’être délivré de sa condition par son maître. Mais peut-on vraiment dire que celui-ci lui a offert la liberté ? Pour le philosophe, celle-ci ne réside-t-elle pas ailleurs que dans un statut politique ?

En tant que stoïcien, Épictète répondrait que son maître ne l’a pas sorti de la servitude, car celle-ci ne peut jamais être créée par les circonstances extérieures, mais provient toujours de l’individu lui-même, qui échoue à suivre sa raison et se laisse dominer par ses passions et ses désirs. Contre celui qui a appris à user de sa raison, le monde ne peut rien, pas même un monde qui le réduit au travail forcé.

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02

Le mot d’ordre stoïcien : être en accord avec la nature

On peut qualifier le stoïcisme, dont Épictète est l’un des représentants, de philosophie naturaliste. Elle prône en effet l’accord avec la nature, qui désigne à la fois notre propre nature et le monde qui nous entoure. La physique stoïcienne pense en effet qu’il existe une continuité entre nous et le reste du monde, que nous sommes une partie de celui-ci. Donc aller à l’encontre du monde serait aller à l’encontre de notre propre nature. C’est ce qu’on appelle plus précisément « la doctrine de l’appropriation » : celle-ci nous dit que tout homme a en lui dès la naissance une tendance le poussant à aller vers les choses conformes à la nature (la sienne et celle du monde), qui seraient bonnes pour lui, et au contraire à fuir celles qui sont contraires à la nature et mauvaises pour lui. Par exemple, nous fuyons la douleur et le danger et nous nous avançons spontanément vers les lieux sûrs.

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03

Quelle méthode Épictète propose-t-il pour suivre la nature ?

Épictète se réapproprie le thème de l’accord avec la nature d’une manière singulière, en distinguant ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous nos opinions, nos tendances naturelles, nos désirs et aversions.

Sur ces choses, nous pouvons agir. Elles nous définissent en tant que personnes. À l’inverse, ce qui arrive à notre corps, ce qui vient des autres ou des événements extérieurs ne dépend pas de nous. Ce sont pourtant des préoccupations communes sur lesquelles on tente souvent d’agir. On peut par exemple penser aux opinions et désirs d’autrui : on consacre beaucoup d’énergie à convaincre les autres de nos idées et à nous rendre séduisants à leurs yeux. Mais pour les stoïciens, c’est peine perdue, car ce qui se passe dans la conscience des autres demeurera toujours hors d’atteinte.

Ce partage des choses diffère de celui effectué jusqu’ici par les stoïciens. Il ne le contredit pas, mais est plus simple à comprendre. Épictète se veut plus didactique que ne l’était la théorie complexe du stoïcisme. Jusqu’à présent, ses prédécesseurs séparaient les choses en biens ou non biens (qui pouvaient être des maux ou des indifférents). Seuls la vertu et le bonheur étaient des biens tandis que ce que nous aurions tendance à trouver bon pour nous (comme la santé, le plaisir ou la richesse) était des indifférents. Le problème est que comprendre et justifier cette distinction impliquait de maîtriser tous les principes physiques et logiques du stoïcisme. Ce n’était possible que pour ceux qui pouvaient pleinement se consacrer à l’étude philosophique. À l’inverse, le partage des choses que propose Épictète est très intuitif.

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04

Comment agir sur nos re­pré­sen­ta­tions ?

Ce qui dépend de nous, ce sont donc essentiellement nos représentations. Ce terme désigne de manière large les idées et impressions qui nous viennent des choses. Or pour Épictète la fonction la plus importante de l’âme est l’assentiment que l’on peut donner aux représentations. On peut par exemple se représenter le sport comme étant une activité pénible. Cela ne signifie pas pour autant que l’on croit que le sport l’est : c’est simplement l’idée qu’on s’en fait. Si en revanche on trouve des raisons de croire à cette idée, alors on dira en termes stoïciens que nous lui accordons notre assentiment. Devant une situation, il faut donc toujours se demander si on doit accorder son assentiment à la représentation que l’on s’en fait.

Mais comment savoir à quelles représentations accorder son assentiment ? On serait tenté de répondre qu’il ne faut adhérer aux impressions et idées que si on les a suffisamment examinées, afin d’éviter tout préjugé. Mais Épictète n’emprunte pas cette voie classique et fait de nouveau intervenir le partage des choses. Si on se représente une chose qui ne dépend pas de soi, on doit se la représenter comme une chose ne nous affectant pas. Si ce n’est pas le cas, alors il ne faut pas accorder son assentiment et modifier immédiatement sa représentation. Par exemple, si la maladie d’un proche nous attriste, nous devons refuser d’adhérer à cette représentation de la situation et la modifier. Il faut considérer cette maladie comme étant un événement nuisible pour la personne concernée, pour lequel je peux compatir, mais qui ne m’affecte pas (puisqu’il ne dépend pas de moi).

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05

Comment être libre et heureux si l’on doit autant se maîtriser ?

Mais si nous passons notre temps à maîtriser notre tendance naturelle, nos représentations des choses et nos désirs, comment être libre ? Cela ne revient-il pas à nous enfermer dans une discipline trop stricte, dans des frustrations et renoncements permanents ? Épictète répond à ce problème en montrant que la véritable liberté ne réside pas dans la faculté de choisir au hasard, au gré de ses désirs. Mais elle réside dans l’absence d’obstacles à nos pensées et actions. Or cela ne peut être obtenu que par une bonne maîtrise de soi et par une restriction du désir à ce qui dépend de nous. En effet, si l’on ne désire que ce qui est en notre pouvoir d’obtenir, alors on ne rencontrera jamais d’obstacles.

Et la maîtrise de soi permet également d’être heureux puisqu’elle nous libère de tout trouble. En maîtrisant notre assentiment, on comprend en effet que les contrariétés viennent toujours de nos représentations et qu’il suffit alors de modifier celles-ci.

Cette maîtrise de soi est-elle comparable au pouvoir que l’on peut avoir sur les autres ? Pour Épictète, pas du tout. Sa thèse implique de bien distinguer le pouvoir politique comme domination sur l’autre du pouvoir véritable, défendu ici, comme maîtrise de soi et de ses désirs. La domination des autres est une illusion qui ne trompe que ceux qui ne tentent pas de s’acheminer vers la sagesse et qui n’effectuent pas le partage des choses. Car dès qu’on sait distinguer ce qui dépend de nous de ce qui ne dépend pas de nous, on comprend que la volonté d’autrui ne dépend pas de nous, qu’on ne peut donc s’en emparer. Le stoïcien et empereur Marc-Aurèle parlera ainsi de « citadelle » pour désigner l’esprit de l’homme .

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06

Conclusion

Cette œuvre est en apparence modeste, mais en réalité le nouveau partage des choses introduit par Épictète permet d’articuler tous les thèmes classiques du stoïcisme avec une grande cohérence logique. Ce partage intervient dans l’utilisation de chacune des trois fonctions de l’âme répertoriées par Épictète (tendance naturelle, assentiment, désir) et il permet d’accéder au bonheur (conçu comme ataraxie, c’est-à-dire absence de troubles dans l’âme) et à la liberté (conçue comme maîtrise de soi).

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07

Zone critique

Le cœur de l’ouvrage, à savoir la maîtrise de soi permise par un juste partage des choses, peut cependant être considéré comme son point le plus contestable. De multiples problèmes sont en effet posés par cet idéal de maîtrise de soi et la méthode employée pour l’atteindre : peut-on vraiment modifier ses désirs, voire cesser de désirer sur commande ? Peut-on vraiment ne pas être affecté par le monde extérieur ?

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Le Manuel, dans Les Stoïciens, Paris, Éditions Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1962.

Du même auteur – Épictète, Entretiens, Paris, Éditions Vrin, 2015.

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