
Le Malaise dans la culture
Exploration des conflits culturels
Description
Publié en 1930, dans le contexte de la crise économique du krach de 1929 et de la montée du parti nazi, "Le Malaise dans la culture" figure parmi les essais les plus sombres publiés par Freud sur la communauté et le lien social.
Freud suggère que bien que la culture ait pour but de promouvoir le bonheur humain et de protéger les gens contre la souffrance, elle impose en réalité des sacrifices considérables à l'individu en termes de satisfaction pulsionnelle. Il aborde des concepts clés tels que le surmoi, la culpabilité, et le conflit entre les désirs érotiques et destructeurs inhérents à l'homme, qui contribuent au sentiment de malaise.
Une lecture incontournable pour aborder les questions fondamentales de la souffrance, du bonheur et du rôle de la culture dans la vie humaine.
Sommaire
01Introduction : un malaise d’origine sociale
La psychanalyse se situe fondamentalement dans une perspective interdisciplinaire. Si elle s’est d’abord constituée comme une méthode d’exploration de l’inconscient permettant le traitement des pathologies mentales, ses découvertes ont d’emblée révélé la relation profonde des rapports entre individu et culture. Aussi serait-elle susceptible d’éclairer de façon nouvelle notre compréhension des phénomènes sociologiques.
Parmi ceux-ci, la problématique relative aux penchants de l’homme à la destruction et à la barbarie, manifestes dans le phénomène de la guerre, occupe une place prépondérante dans la réflexion freudienne : si la socialisation impose la reconnaissance de l’autre comme semblable, et si la civilisation progresse par la mutualisation des forces individuelles pour atteindre un bien supérieur commun, alors comment comprendre le fait que ces forces semblent épisodiquement appelées à devenir destructrices ?

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02Les symptômes d’un malaise grandissant
Dans cet essai, Sigmund Freud s’interroge sur les possibilités d’épanouissement de la vie humaine offertes par le développement de la civilisation.
Les événements critiques qui semblent se succéder de plus en plus rapidement dans l’histoire témoignent en effet de l’activité intense de pulsions de destructions au cœur de la civilisation : citons le conflit mondial de 1914-1918 durant lequel ont été anéantis tant de vies et de biens culturels, le krach économique de 1929 et la montée du parti nazi annonciatrice de nouvelles violences. Ce déferlement de haine et de violence traduirait à l’évidence la persistance – voire l’intensification – des pulsions agressives et égoïstes que nous pensions avoir domptées par le travail de l’éducation. Pour Freud, ces comportements révèlent ainsi la conservation de cette nature primitive dans le fond inconscient de notre mémoire, vers laquelle ces situations critiques nous feraient régresser.

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03L’incapacité d’accéder au plaisir est à l’origine du malaise humain
C’est dans l’incapacité des hommes à accéder au bonheur dans la civilisation, cette réalité contre nature qu’ils ont créée, que Freud situe l’origine de ce malaise. Leur hostilité contre la culture et leur penchant à l’agressivité grandissent en effet selon leur sentiment d’injustice et de privation. L’agressivité se manifeste ainsi de façon instinctive pour protéger la vie contre les dangers qui la menacent. Or parmi ces forces hostiles à la vie, l’organisme considère sur un même plan celles qui menacent de lui porter directement atteinte et celles qui troublent son équilibre en s’opposant à la satisfaction de ses besoins élémentaires.
La manifestation d’un besoin dans l’organisme exerce en effet en lui une tension constante et extrêmement déplaisante qui ne cessera qu’à la condition d’être satisfait. Cet élan vital qui fait tendre l’organisme vers un but est appelé pulsion. Elle permet de décharger l’excitation interne en apportant au corps ce qui lui manque et se traduit dans l’activité de l’esprit sous la forme d’un impératif. Ainsi, la satisfaction de nos instincts ou pulsions n’est pas simplement pour nous une source de plaisir mais constitue plus fondamentalement une exigence vitale.

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04Le développement de la civilisation n’a pas rendu l’homme plus heureux
Cette recherche du bonheur, que Freud appelle le « programme du principe de plaisir » assure dans l’organisme une fonction de régulation : elle a pour vocation de permettre la décharge de l’excitation pulsionnelle accumulée. Il nous est donc impossible d’y renoncer. Celle-ci nous détermine de deux façons : d’une part nous cherchons essentiellement éviter la douleur et le déplaisir ; de l’autre, nous voulons éprouver d’intenses sentiments de plaisir.
Or, analyse Freud, le développement de notre conscience du danger oppose ces deux aspects de façon contradictoire : si nous éprouvons le sentiment d’être plus protégés du danger en suivant une certaine routine, cette existence tranquille n’offrirait rapidement plus suffisamment de possibilités de jouissance et nourrirait ainsi en nous un sentiment de frustration. La jouissance exige ainsi cette ouverture à la rencontre, à la diversité de la vie, qui ne va pas sans risques.

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05La culture limite nos possibilités de jouissance
Chaque homme paierait selon Freud au prix fort son inscription dans la culture. La puissance des sociétés humaines se résume à la somme des forces qu’elles ont ôtées aux individus.
Le pacte social impose la mise à disposition de nos forces au service du processus de civilisation : l’énergie produite par notre activité pulsionnelle est en grande partie exploitée comme force de travail pour assurer les moyens de notre subsistance. Or cette exploitation ne nous confère aucun plaisir. Les sociétés humaines doivent donc compenser la frustration qu’elles nourrissent en apportant à leurs membres des substituts à cette satisfaction, au risque de voir se développer des névroses ou des conduites asociales qui entraîneraient à plus ou moins long terme la ruine de nos institutions.

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06Conscience morale et sentiment de culpabilité
Notre incapacité à réaliser ce que nous impose le principe de plaisir nourrit en nous un sentiment de frustration et de colère. L’expérience répétée du déplaisir entraîne inévitablement le débordement de cette agressivité accumulée dès lors que se présentent des situations propices : par exemple la guerre. Ce surgissement pourtant si fréquent de l’inhumain en l’homme nous frappe chaque fois par son caractère irréel : il révèle une violence telle que nous n’en soupçonnions pas l’existence. Freud explique cette ignorance par notre incapacité à penser ce qui heurte trop profondément notre jugement moral intégré au cours de notre éducation. Ce mécanisme de défense, c’est ce qu’il appelle le refoulement.

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07Le malaise dans la civilisation est inhérent à notre moralité
C’est pourtant dans ce travail que réalise le surmoi que Freud va parvenir à identifier la cause du malaise grandissant en l’homme et dans la civilisation.
Il expose d’une part le fait que le processus du refoulement n’a aucun effet sur l’insistance des pulsions interdites pour accéder à la satisfaction. Celles-ci continuent de se développer dans notre inconscient et profiteront des moindres occasions pour interférer dans nos actions : ces troubles liés aux pulsions inconscientes constituent pour le « moi » (le système conscient) une source intense de déplaisir. D’autre part, Freud a constaté dans l’analyse des névroses que le surmoi punit de la même façon les pulsions jugées immorales que nous avons refoulées et les actes que nous avons effectivement commis.

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08Conclusion
En inhibant les pulsions de vie par la prescription continuelle de nouvelles normes et de nouveaux interdits, nos politiques sociales sont ainsi pour Freud en grande partie responsables du développement des névroses et des tendances asociales qui menacent nos institutions.
Au contraire, les sociétés humaines se développent à partir du refoulement de ces tendances et ont su se doter des moyens de leur répression. Cependant, le refoulement de nos pulsions amorales ne consiste qu’en une opération de censure qui n’ôte rien – bien au contraire – de la puissance de détermination inconsciente de ces instincts. Plus la satisfaction de ces derniers sera empêchée, plus ils se développeront dans l’inconscient.

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09Zone critique
En écrivant Le Malaise dans la culture, Sigmund Freud tente d’appliquer à la compréhension des phénomènes sociologiques les principes de sa métapsychologie. Il entreprend une analyse absolument originale des tendances destructrices qui rongent les sociétés humaines depuis l’intérieur, à l’origine de conflits de plus en plus récurrents, durables et dévastateurs.

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10Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Le Malaise dans la culture [1930], dans Œuvres complètes, t. XVIII, Psychanalyse, Paris, PUF, 1994.
Ouvrages de Sigmund Freud
– L’interprétation des rêves [1900], Paris, PUF, 1967. – Totem et Tabou, Paris, Editions Points, 2010. – Psychopathologie de la vie quotidienne [1901], Paris, Petite bibliothèque Payot, 1979. – La naissance de la psychanalyse : lettres à Wilhelm Fliess, notes et plans (1887-1902), Paris, PUF, 2009. – Trouble de mémoire sur l’Acropole, suivi de rêve et télépathie, Paris, l’Herne, 2015. – Cinq leçons sur la psychanalyse [1910], Paris, Petite Bibliothèque Payot, 1998. — Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort [1915], in Essais de psychanalyse, Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 1981.

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