
Le Mal propre
Rapprocher l'Homme de la Terre
Description
Une grande majorité de mammifères, pour s’approprier un territoire, urinent afin de le délimiter, mais qu’en est-il de l’Homme ? L’homme fait de même, il salit ce qu’il souhaite posséder. En crachant sur la nourriture, il se l’approprie pour être sûr que personne ne veuille y toucher.
Au fil des siècles, la pollution qu’il engendre prend une tournure sociétale que Michel Serres détaille en s’appuyant sur l’histoire de l’humanité et son évolution. Il propose également des solutions afin que les Hommes puissent envisager différemment le rapport qu’ils entretiennent entre eux ainsi qu’avec la planète.
Sommaire
01Introduction
Dans cet ouvrage, Michel Serres continue une réflexion sur l’idée de possession et de récupération à travers la pollution entamée dans un précédent ouvrage (Le Contrat naturel) dans lequel il mettait déjà en garde sur les risques que peut causer cette méthode d’appropriation, tant sur la société que sur l’homme lui-même. Se permettant de remettre en cause la théorie de Rousseau sur les origines de l’acte de propriété, il montre comment certains bouleversements historiques ont amené l’Homme à tenter de posséder la Terre.

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02L’erreur de Jean-Jacques Rousseau
Rousseau écrivait, dans son ouvrage Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, que le premier homme ayant enclos un terrain et revendiqué sa propriété, fut le vrai fondateur de la société civile. Même si cet acte reste au stade imaginaire, il se trouve à la base du droit de propriété. Pour Michel Serres, le célèbre philosophe franco-suisse du Siècle des Lumières fait erreur en montrant la vision d’une frontière matérielle délimitée par un enclos. Selon l’auteur, le droit de propriété est un acte naturel venant de la vie et des conduites animales basés sur des pratiques dures.
Les premières frontières créées par l’être humain se sont, en premier lieu, dessinées de manière subjective. Tel un éthologue, Serres souligne que l’Homme, accompagné de sa communauté ou de sa famille, a commencé par définir son espace vital en le salissant littéralement. Il y a apposé ses déjections, y a enterré ses ancêtres et a commencé à travailler la terre pour la rendre cultivable. Par la suite, il a fait couler le sang, celui des sacrifices, celui de ses ennemis voulant envahir sa ville ou son pays, celui de ses victimes, que ce soit ses propres congénères ou d’autres espèces vivantes, lors de la découverte et l’appropriation d’autres territoires.

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03Vers un adoucissement de l’acte de propriété
Durant la période antique, l’Homme sacralisait les portions de terre qu’il s’accaparait par le sang de sacrifices humains et/ou animal afin de la purifier ou délimiter les lieux de cultes païens. Cependant, il commença à remettre en question ces pratiques « barbares » polluant les cités et commença à penser à une première tentative d’adoucissement de l’acte de propriété. Ainsi, ce fondement du droit naturel de propriété se transforma en fondement religieux à partir du Ier siècle. L’Homme se mit à envisager la possibilité de s’approprier et vivre sans forcément faire couler le sang. Il trouva alors une réponse dans la religion chrétienne à laquelle il se convertit progressivement.
Celle-ci transforme les terres sanguinolentes en terres saintes qu’il délocalise à des endroits bien précis (Jérusalem), remplace le sang des sacrifices par l’eau et le vin lors des cérémonies et remet alors en question les fondements mêmes de la propriété en imposant de payer pour salir. Michel Serres prend l’exemple de la chambre d’hôtel pour imager son propos. En effet, que celle-ci soit louée pour une nuit ou pour une semaine, l’occupant paye pour se l’approprier. Il salit draps et serviettes qui seront nettoyés à son départ, pour qu’un autre client ensuite se l’accapare et la salisse à son tour.

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04Une appropriation du monde physique
Dans Le Mal propre, Michel Serres définit un premier type de pollution qu’il nomme « dure », forgée, dans un premier temps, par un contact rugueux avec la nature lorsque l’Homme se l’appropriait et la transformait pour cultiver ses terres. Puis, au fil des siècles, il s’est emparé, plus ou moins violemment, des ressources naturelles de la planète, comme le pétrole, afin de répondre à sa forte croissance et à ses besoins devenus de plus en plus exigeants.
Par la suite, son importante migration vers les zones urbaines, à la suite de la révolution industrielle va bouleverser sa manière de vivre, de consommer, de travailler et de polluer. Cette pollution dure implique cependant des conséquences néfastes sur la vie des autres espèces, animales et végétales, ainsi que sur la santé physique et mentale de l’Homme qui se retrouve à vivre entouré de différentes pollutions (atmosphérique, lumineuse et sonore). Il travaille dans des usines récupérant des espaces pour y entasser ses déchets quand elles ne les déversent pas dans l’air ou dans l’eau. Cette dureté dessine alors une frontière que Michel Serres définit comme « franche ». Elle exclut toute autre forme de vie d’un espace délimité par l’odeur pestilentielle d’une décharge publique, la destruction d’un littoral ou une déforestation progressive.

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05Une pollution des classes dominantes sur les classes populaires
L’auteur met ensuite en avant une deuxième pollution qu’il qualifie de « douce ». Celle-ci s’est développée en conséquence de la « dure » et peut se retrouver, par exemple, dès l’entrée des villes, avec l’expansion des panneaux publicitaires achetés par les sociétés. Ceux-ci ne représentent physiquement que quelques mètres carrés suffisant pour y mettre une affiche comprenant un logo et un slogan qui, eux, seront visibles dans un espace perceptif bien plus important. L’Homme se retrouve donc continuellement cerné de messages, sans qu’il ne puisse faire grand-chose pour lutter contre.
Michel Serres explique que les publicitaires n’ont pas uniquement acheté des espaces pour leurs affiches, mais avant tout l’espace entourant celles-ci. À l’aide des logos et des slogans inscrits en caractères gras et voyant, ils se sont emparés de la perception et la sensation de chaque être humain. Leur but : les inciter à consommer en permanence, qu’ils se rendent à leur travail, rentrent chez eux ou se promènent en famille tout simplement. En fin de compte, cette pollution dite douce permet aux publicitaires de s’approprier et salir l’âme des consommateurs. La télévision en fait de même. Patrick Le Lay (ancien PDG de TF1) n’avait-il pas dit en 2004 qu’il vendait du temps de cerveau humain disponible à Coca-Cola en parlant des programmes diffusés entre deux plages publicitaires.

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06Les solutions au mal propre
Selon Michel Serres, en s’appropriant les ressources de la planète Terre, l’Homme l’a parasité et mise en danger avec des moyens d’aménagement de plus en plus importants. Les nouvelles technologies et cette volonté humaine de s’accaparer ont eu pour conséquence une pollution de plus en plus importante et sans frontière qui a commencé à se ressentir au XIXe siècle et s’est accentuée au cours du suivant avec le processus de mondialisation. Quelles solutions sont alors envisageables pour contrer cet excès de possession et de pollution ?
L’auteur suggère de limiter les moyens et les volontés de s’approprier afin de lutter, d’une part contre les pollutions dures, tel l’effet de serre, et, d’autre part, de réduire les inégalités sociales de plus en plus marquées entre les classes sociales aisées et populaires. Serres propose de repenser le contrat social en se basant sur le droit naturel de propriété qu’il invite, toutefois, à faire évoluer du stade animal vers un processus d’hominisation en effaçant toute forme de saleté pouvant symboliser une quelconque frontière. De ce fait, si le propriétaire ne connaît pas les limites de son territoire, l’espace qu’il occupe ne lui appartient plus en propre, mais devient à la portée de tous.

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07Conclusion
De l’Antiquité à la révolution industrielle, en passant par l’avènement de la religion, Michel Serres, à travers sa réflexion dans Le Mal propre, montre l’évolution du rapport que l’Homme entretient avec la planète Terre et avec ses propres congénères.
Premièrement, l’auteur met en avant une pollution humaine servant, comme pour les animaux à marquer une appropriation territoriale, mais celle-ci se transforme et devient de plus en plus incommodante au fil des siècles.

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08Zone critique
Même si cet essai est court, son contenu riche expose une réflexion très fouillée de la part de Michel Serres.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Le mal propre. Polluer pour s’approprier, Paris, Éditions Le Pommier, 2008.
Du même auteur – C'était mieux avant !, Paris, Le Pommier, 2017. – Du bonheur, aujourd'hui (avec Michel Polacco), Paris, Le Pommier, 2015. – Le Gaucher boiteux : Puissance de la pensée, Paris, Le Pommier, 2015. – Les Cinq Sens, Paris, Grasset ; réédition, Paris, Fayard, 2014 – Petite Poucette, Paris, Éditions Le Pommier, 2012. – Le Tiers-instruit, Paris, François Bourin, 1991. – Le Contrat naturel, Paris, François Bourin, 1990.

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