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Couverture de 'Le harem politique'

Le Harem politique

Fatima Mernissi

Le prophète et les femmes

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Description

Faire entrer au panthéon musulman, les grandes figures féminines de la tradition musulmane et réactualiser cette dernière en dépoussiérant les rouages de l’interprétation sacrée : c’est à ce programme ambitieux que Fatima Mernissi s’attelle, afin de redonner aux femmes musulmanes la place qui leur est due dans le message prophétique originel.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

L’islam serait-il intrinsèquement misogyne ? Symbolisé par ce voile si décrié, le prétendu rejet musulman des femmes dans les affaires communautaires ferait partie de la Révélation coranique. Juristes, théologiens, essayistes de toutes époques ont longtemps glosé sur ce voile dont la tradition serait garante. Or, archéologue de la mémoire collective musulmane, Fatima Mernissi revient à la racine du « message révolutionnaire » proféré par le Prophète et s’attaque ainsi au mythe d’un passé islamique, brandi en argument traditionnel réducteur.

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02

La quête d’une spi­ri­tua­li­té épurée ou la Tradition mise en question

À la question de savoir si « une femme peut commander aux musulmans », l’auteure s’entend répondre : « Ne connaîtra jamais la prospérité le peuple qui confie ses affaires à une femme ! ». Cette sentence est consignée dans le recueil de hadiths du Sahîh de Bukhârî : un hadith est une parole ou un acte du Prophète qui, rapporté par plusieurs transmetteurs fiables, constitue une référence en matière de dogme. Le Sahîh (sain ou vrai en arabe) désigne quant à lui, un type de compilation, qui rassemble les hadiths jugés les plus fiables, qu’Al-Bukhârî (m. 870) a été le premier à réaliser : en cela, il constitue une véritable autorité en matière de transmission. On comprend donc qu’une pareille référence doive faire cesser toute contestation.

Or, Fatima Mernissi y trouve bien plutôt le nœud d’une réflexion spirituelle et sociologique ; car l’écart entre sa foi attachée à la figure du Prophète telle qu’elle lui a été transmise dans son cercle familial, et la dureté des propos tenus par ce dernier, d’après la tradition islamique, provoque le besoin de vérifier, de comprendre quelle a été la nature du discours prophétique en matière de femmes.

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03

Réhabiliter Aïsha : la tradition re­con­tex­tua­li­sée

Dénonçant de prime abord la permanence du préjugé anti-féminin en islam, Fatima Mernissi en veut pour preuve la décrédibilisation d’Aïsha dans la tradition musulmane : celle-ci, femme préférée du Prophète et fille de son successeur, Abû Bakr, a été accusée de mettre en péril la cohésion communautaire des premiers musulmans, pour avoir pris les armes contre Ali – gendre du Prophète, aux côtés des premiers compagnons du Prophète à la bataille du Chameau (656). Son échec symboliserait alors, par extension, la nécessaire exclusion des femmes hors des affaires politiques.

Or, Fatima Mernissi souligne la relative nouveauté de cette vision négative dans la tradition musulmane, pas toujours aussi sévère envers cette figure majeure de l’islam primitif : « Non seulement le texte sacré a toujours été manipulé, mais sa manipulation est une caractéristique structurelle de la pratique du pouvoir dans les sociétés musulmanes », celles-ci reposant en effet sur une coopération entre domaines religieux et politique. La femme, emprisonnée dans ce système englobant, subit donc les évolutions interprétatives masculines. Ni l’époque contemporaine ni les premiers temps de l’ère islamique n’échappent à cette utilisation frauduleuse du discours religieux.

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04

Les hadiths et les femmes

« Ne connaîtra jamais la prospérité le peuple qui confie ses affaires à une femme » : déplorant la postérité de ce hadith, Fatima Mernissi entreprend une enquête minutieuse quant à sa nature. Elle s’appuie pour ce faire sur la traditionnelle organisation du hadith en une chaîne de transmission (isnâd) et un contenu (matn).

L’isnâd de ce hadith, d’abord, regroupe un ensemble de garants jugés légitimes puisqu’il figure dans le recueil d’al-Bukhârî. Or, Fatima Mernissi identifie une faiblesse – déjà remarquée par quelques juristes, mais rapidement écartée – celle de la personnalité d’Abû Bakra (à distinguer du premier calife Abû Bakr) : or, bâtard d’un père inconnu, celui-ci ne rentre pas dans les canons du transmetteur idéal, du fait de sa filiation incomplète. Par ailleurs, selon al-Mâlik b. Anas duquel se revendique une des quatre écoles juridiques islamiques, ne peut être tenue pour fiable la parole d’un homme qui ment, même dans les petites choses : or, Abû Bakra avait fait l’objet d’une accusation pour faux témoignage. Ajoutons à cela que Tabarî lui-même dans son commentaire coranique (Tafsîr) conclut que le hadith d’Abû Bakra n’est pas suffisamment convaincant pour fonder le statut féminin en islam. Ainsi déconsidéré, ce dernier n’apparaît guère plus comme transmetteur fiable.

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05

Le statut social des femmes en islam, fruit de dissensions com­mu­nau­taires

Selon Fatima Mernissi, le message prophétique de Muhammad consiste en une révolution morale et spirituelle : en témoigne l’intrication de l’espace social et religieux à Médine, dans lesquels les femmes avaient toute leur place. Comment comprendre alors l’inégalité flagrante de statut entre hommes et femmes en islam ?

La sociologue entend démontrer d’abord que les femmes font partie intégrante de la Révélation coranique, que ce soit par la forte personnalité des compagnes du Prophète que par leur place dans la réforme de la coutume préislamique que Muhammad entendait mener. Ainsi le Coran fait-il mention de l’accession au droit d’héritage (sourate 4) ou encore de leur lutte pour bénéficier d’une part du butin de guerre – véritable entreprise de redistribution de richesse et pilier de l’économie tribale.

Si le premier est accepté, le second échoue face à la colère des premiers musulmans, qui voient dans cette volonté féminine, l’ébranlement des fondements tribaux.

Par ailleurs, Fatima Mernissi dévoile la difficile compréhension de bien des commandements coraniques. Équivoques, ils naissent en fait bien plus d’une élaboration humaine que d’un commandement divin : faut-il maltraiter sa compagne ? Quels sont les gestes sexuels à ne pas exécuter ? Mais c’est sans doute dans l’historicisation de la conjoncture sociale de la Révélation – entendue comme annonce du message divin à Muhammad par l’intermédiaire de l’ange Gabriel – que la sociologue trouve l’ultime preuve de cette mise à l’épreuve prophétique : la mention du hijâb dans le Coran apparaît dans un contexte médinois agité. Éprouvée par les assauts successifs de ses adversaires, la communauté musulmane frémit de colère et de doute envers son Prophète : le Coran trace en fait, la mémoire de ce consensus effrité, de cette confiance sapée, et donc des difficultés de l’aventure prophétique.

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06

Conclusion

Ainsi, les sources lues à l’éclairage d’un certain féminisme intellectuel révèlent la difficile transition de la croyance à la réforme sociale, et la pénible constitution d’un islam révolutionnaire face aux résistances traditionnelles tribales : ainsi, les femmes n’ont jamais bénéficié d’un statut privilégié pourtant prévu dans la Révélation, tout comme l’esclavage – pourtant condamné – n’a jamais disparu des pratiques musulmanes jusqu’à ce que les pressions occidentales au XXe siècle aient raison de cette résistance. La sociologue prend donc en compte des facteurs souvent mal définis dans la tradition, comme celui de la vieillesse du Prophète entouré de femmes jeunes et libres, ou encore son épuisement psychologique au terme de sa carrière prophétique.

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07

Zone critique

L’analyse de l’auteure mêle donc approche sociologique et croyance personnelle, tout en réalisant un essai cohérent et convaincant sur la nature du texte sacré et de son instrumentalisation incontournable. Elle s’inscrit ainsi dans la droite ligne de la réflexion féministe islamique, qui, loin de dénigrer l’islam, lui attribue un rôle révolutionnaire en matière d’identité sexuelle. Le statut de la femme en islam apparaît comme le fruit d’une politisation excessive du message religieux confronté aux exigences de la survie communautaire ; cette lecture de la religion quasi matérialiste a du moins l’avantage de souligner en permanence son ancrage territorial et historique. Fatima Mernissi parvient donc à faire découvrir de manière située et vivante, les récits et méthodes du corpus saint de l’islam.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Le Harem politique. Le Prophète et les femmes, Albin Michel, Paris, 1987.

De la même auteure – Le Harem et l'Occident, Albin Michel, 2001.

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