
Le Discours politique
Analyse de la rhétorique politique
Description
L'ouvrage "Le Discours politique" s'intéresse à la manière dont les politiciens utilisent le langage pour exercer le pouvoir, influencer l'opinion publique et gérer leur image.Filant la métaphore théâtrale des masques, l’objectif affiché est d’analyser les discours tenus dans l’espace public et les rapports de légitimité, de crédibilité et de captation qui se tissent entre les instances et les acteurs du champ politique.
Problématique plus que jamais d’actualité dans un contexte où les discours sur la crise et la perte de sens de la politique se multiplient, accompagnés par des revendications exacerbées d’une plus grande proximité et d’un parler-vrai vis-à-vis de nos dirigeants politiques.
Sommaire
01Introduction
Étudier le discours politique revient à s’interroger sur les rapports entre langage, action, pouvoir et vérité. Si la parole n’est pas le tout de la politique, il ne peut y avoir d’action sans paroles. Le pouvoir politique passe par le langage, notamment au sein du débat d’idées dans le champ de l’espace public et dans le champ politique. La parole politique oscille entre ce que l’auteur nomme une « vérité du dire », à savoir une parole de persuasion ou de séduction au sein de l’espace public, et une « vérité du faire » renvoyant à l’action, à une parole de décision dans le cadre de l’espace politique.

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02Le discours politique en tant qu’objet d’étude
L’auteur revient sur un certain nombre de concepts centraux pour clarifier au mieux l’objet d’étude qu’est le discours politique. C’est-à-dire qu’avant de s’intéresser aux stratégies discursives des acteurs politiques, il faut auparavant s’attacher aux contraintes de la situation de communication, chaque situation étant structurée selon un dispositif assignant une place aux partenaires de l’échange.
Le dispositif se décompose en deux ensembles : le macrodispositif structure la situation en l’organisant en fonction de l’identité des partenaires de l’échange, des relations existantes entre ces derniers et de la finalité de l’échange. Quant au microdispositif, il correspond aux conditions matérielles de l’échange langagier (radio, presse, télévision, etc.). La connaissance du dispositif est donc primordiale pour interpréter un discours politique, « [i]l joue le rôle de garant du contrat de communication » (41).

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03Les stratégies du discours politique
Dans ce cadre, l’homme ou la femme politique déploie des stratégies argumentatives vis-à-vis de son auditoire. Auditoire compris soit comme un être universel, soit comme un être particulier, soit encore les deux à la fois. Aristote, le premier, a mis en exergue les trois preuves inhérentes au discours : le logos relevant de la raison, l’ethos et le pathos liés aux affects. Si ces trois catégories apparaissent d’égale importance dans le discours politique, l’ethos, l’image de soi, a des caractéristiques particulières. S’il n’y a pas d’acte de langage sans construction d’une image de soi, l’ethos en politique est difficile à appréhender, son succès variant considérablement en fonction du public, mais également des circonstances, tout en étant fréquemment éphémère. La construction d’un ethos peut produire des images contradictoires et des effets non désirés ; pour n’en prendre qu’un exemple, il est difficile de proposer une image de dirigeant à la fois distant et proche des représentés.
Dans le domaine politique, l’image de soi doit permettre l’identification autour de valeurs communes désirées, permettant la reconnaissance implicite du plus grand nombre. Ainsi, la mise en discours de valeurs s’inscrit dans une perspective persuasive ; il ne s’agit pas ici de dire ce qui est vrai, mais ce qui est cru comme vrai, on est dans l’ordre de la véracité et non de la vérité, ce qui entraîne de fait une simplification du raisonnement. À la complexe question de savoir si l’ethos correspond à la personne qui parle ou à la personne en tant qu’elle parle, Charaudeau répond que « [l]’ethos est affaire de croisement de regards : regard de l’autre sur celui qui parle, regard de celui qui parle sur la façon dont il pense que l’autre le voit » (88). Ainsi, ces deux aspects – ce que nous sommes et ce que nous disons – sont intrinsèquement liés dans la prise en compte de l’ethos, l’identité sociale et l’identité discursive ayant partie liée.

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04La production d’une idéalité
Partant du postulat de la diversité des sociétés, Charaudeau revient sur le paradoxe de tout discours politique : il est un discours de vérité proposant un système de valeurs rassemblant cette diversité, qui tout à la fois particularise et universalise. L’auteur propose donc de tenter de décrire les « imaginaires de vérité » du discours politique. Pour ce faire, il part du concept de représentation sociale travaillée par la psychologie sociale pour proposer l’hypothèse suivante : « [l]es représentations constituent des façons de voir (discriminer et classer) et de juger (attribuer une valeur) le monde, à travers des discours qui engendrent des savoirs » (154).
Ces derniers se subdivisent en des savoirs de connaissance, visant à établir une vérité sur les phénomènes du monde, et des savoirs de croyance, portant un jugement sur le monde. Au prisme de l’analyse du discours, l’objectif est de déterminer les savoirs de croyance qui circulent dans le champ politique et se configurent en « imaginaires socio-discursifs », concept qui lui permet d’intégrer la notion d’imaginaire dans le cadre d’une analyse du discours. Dans le champ politique, trois imaginaires socio-discursifs apparaissent comme les plus récurrents et permettent de nourrir la dramaturgie politique : l’imaginaire de la « tradition », celui de la « modernité » et celui de la « souveraineté populaire ».

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05Les maux du discours politique ?
Dans un contexte où prolifèrent les critiques vis-à-vis du champ politique, notamment les constats de « dégénérescence du politique » et de « montée du populisme », quels sont les dilemmes, les maux du discours – de la communication – politique que l’on peut identifier ? S’il est évident que les réponses sont à rechercher dans le cadre d’une interdisciplinarité associant sociologie, science politique, sciences du langage, etc., Charaudeau revient sur les instances et les acteurs du champ politique afin de proposer des clés de lecture des changements qui se produisent dans les imaginaires de vérité. Pour ce faire, il se centre sur les effets de brouillage qui affectent chacun des instances et des acteurs parties prenantes du champ politique.
L’opinion publique, l’un de ces acteurs, se construit entre essentialisation et fragmentation, amenant à parler des opinions publiques, notamment celle de la société civile et de la société citoyenne, mais également de groupes militants. Ces trois types d’opinion se juxtaposent, voire se confondent parfois, la problématique de la dégénérescence du discours politique nécessite donc que l’on étudie leur évolution. Dans ce cadre, l’auteur analyse notamment le passage d’un imaginaire de la production vers un imaginaire de la consommation, mais aussi la modification de l’imaginaire du travail, de la fatalité au libre choix consenti. On peut donc faire le constat d’une transformation identitaire dans le sens d’une fragmentation du lien identitaire.

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06Conclusion
On assisterait aujourd’hui à un phénomène de désacralisation, des institutions et des instances étatiques, mais aussi des rapports des individus vis-à-vis du savoir et de ses formes de transmission, remettant en cause la possibilité de hiérarchiser les informations et le savoir. Cela donne-t-il naissance à une dégénérescence du discours politique ?

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07Zone critique
Pour parfaire cette analyse sur les stratégies du discours politique, développer un cadre théorique inscrit en science politique permettrait d’approfondir le concept de démocratie et ses différentes évolutions et variantes. L’analyse du jeu de masques qui se déploie entre les instances politiques, médiatiques et citoyennes dans les sociétés démocratiques contemporaines peut être enrichie par la lecture de Pierre Rosanvallon, notamment de La contre-démocratie.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Le discours politique. Les masques du pouvoir, Paris, Éditorial Vuibert, 2005.
Du même auteur – Les Médias de l’Information. L’impossible transparence du discours, Louvain, De Boeck-INA, 2004. – La conquête du pouvoir. Opinion, Persuasion, Valeurs, les discours d’une nouvelle donne politique, Paris, L’Harmattan, 2013.

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