Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Couverture de 'Le developpement impersonnel'

Le dé­ve­lop­pe­ment (im)personnel

Julia de Funès

Le succès d'une imposture

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Depuis quelques années, les librairies sont envahies d'ouvrages exaltant l'épanouissement personnel. En parallèle, fleurissent des coachs, qui promettent eux aussi sérénité, réussite et joie. Mais comment se « développer » quand on est sans cesse « enveloppé » par ces nouveaux prophètes du bien-être ? Comment le développement serait-il « personnel » quand on s'adresse à chacun de manière indifférenciée ?

Dans cet ouvrage mordant, la philosophe Julia de Funès fustige les impostures d'une certaine psychologie positive. Sa proposition alternative ? S’appuyer sur la philosophie pour permettre à chacun de mieux affirmer sa pensée et vivre sa liberté.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Les psychologies positives, relayées par les réseaux sociaux et par les entreprises, via le fameux « bien-être au travail », n’en finissent pas de vanter l’empire de la sérénité. Réalités, termes et émotions négatives sont à bannir du langage courant, au profit de la « positive attitude ». Les malheureux ou désespérés sont invités à se faire « suivre », « aider », ou « accompagner », via pléthore d’ouvrages de développement personnel et de « coachs ».

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Un mouvement historique global : l’in­di­vi­dua­tion généralisée

Dans l’Antiquité, c’est par rapport à l’ordre général du monde que les hommes devaient se situer pour se comprendre et devenir ce qu’ils devaient être. Au fil des siècles, réussir sa vie a évolué vers la propension à agir en fonction des commandements divins. Avec la disparition du cosmos, puis du religieux, ce sont les valeurs humanistes (la science, le progrès, la démocratie, l’égalité, etc.) qui deviennent les nouveaux idéaux.

Ce mouvement historique global de réappropriation des individus par eux-mêmes atteint son apogée au XIXe siècle avec Nietzsche, qui rejette radicalement toute forme de transcendance, à savoir d’un idéal supérieur et extérieur à l’individu. C’est « l’ère du vide » décrite par Gilles Lipovetsky : le savoir, le pouvoir, l’armée, la famille, l’Église, les partis, ont globalement cessé de fonctionner comme des principes absolus et intangibles. Si aucune structure ne peut plus indiquer au sujet le chemin à suivre, c’est bien en lui-même seul qu’il trouve la justification de son existence. Il doit donc se réinvestir.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Mal-être existentiel et nouveaux gourous

Dans ce contexte, l’individu ressent d’autant mieux l’évanescence de son être. Par ailleurs, cette injonction à trouver sa vérité par lui-même engendre une anxiété forte. Qui se solde, pour beaucoup, par une dépression, pathologie majeure du dernier tiers du XXe siècle.

En parallèle, la discipline d’hier, censée remettre sur le « bon chemin » les individus, est remplacée par le développement des capacités de ceux-ci. Confronté à sa vulnérabilité, le sujet cherche à compenser par la recherche d’une image glorieuse et forte de lui-même. Un besoin qui alimente la flambée des ouvrages et des coachs en développement personnel.

Le développement personnel représente un ensemble hétéroclite de courants de pensée et de méthodes ayant pour objectifs l’amélioration de la connaissance de soi, la valorisation des talents, l’amélioration de la qualité de vie, la réalisation de ses aspirations et de ses rêves. Un courant notamment issu de la méthode Coué (autosuggestion positive), issue du psychologue et pharmacien du même nom dans les années 1920 et de la PNL (programmation neurolinguistique), née dans les années 1970 aux États-Unis. Un ensemble de techniques censées changer le rapport d’un individu à son environnement et le configurer pour la réussite.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Les ficelles des ouvrages de dé­ve­lop­pe­ment personnel

31 % des Français lisent chaque année au moins un livre étiqueté « développement personnel ». Un rayon qui pèse 53 millions d’euros de chiffre d’affaires. Or, ces ouvrages se ressemblent tous et utilisent globalement les mêmes arguments. Julia de Funès pointe une littérature de soumission à l’air du temps, alors qu’elle se veut émancipatrice.

L’auteure appuie sa démonstration sur l’analyse de trois d’entre eux, tous des best-sellers. Ils sont, d’abord, affublés de titres aguicheurs (Devenir soi, de Jacques Attali ou Cessez d’être gentils, soyez vrais de Thomas d’Ansembourg, par exemple). Ensuite, ils prétendent pouvoir apporter au lecteur tous les moyens pour s’épanouir, s’accomplir, s’affirmer et vivre le mieux possible avec soi-même.

Ce type d’ouvrage répond parfaitement au profil psychologique de l’individu moderne, dont la tendance est au repli sur soi, à la concentration narcissique. « Rien de plus envoûtant que de lire ce qu’on a besoin d’entendre », décrypte la philosophe (p.54). Ces livres sont systématiquement porteurs de promesses, de rêves à réaliser, mais en prenant soin de ne pas viser de fantasmes inaccessibles au commun des mortels. Une fois les promesses faites, leurs auteurs proposent généralement des moyens rapides, efficaces et simples d’y parvenir : « perdre du poids en 10 jours », « La confiance en soi en trois semaines », etc. Dans tous, la volonté du lecteur est décrite comme un pouvoir absolu. L’épanouissement est une affaire de planification comportementale, de gestion de soi-même.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Les leurres et les dérives du dé­ve­lop­pe­ment personnel à la loupe

Première critique de Julia de Funès : la peur (de ne pas être soi-même) est l’un des affects dont se nourrit le développement personnel. Depuis Machiavel, il est connu que la peur est utile au pouvoir, car favorisant obéissance et soumission. Elle accuse aussi les professionnels du développement personnel de confondre simplicité et simplisme : comment la confiance en soi pourrait-elle faire l’objet d’une recette, le bonheur s’atteindre en quelques étapes ?

C’est nier l’aspect évolutif, changeant, mais aussi imprévu et irrationnel, du fonctionnement humain. Lequel ne saurait se réduire à la description figée d’une succession d’états statiques et à une grille comportementale. Ces auteurs semblent, par ailleurs, ignorer la place de l’inconscient dans la manifestation des affects.

La philosophe dénonce les injonctions paradoxales qui peuplent ces ouvrages (exemple : trois minutes d’introspection par jour pour changer de vie), qui visent à déresponsabiliser coach ou auteur en cas d’échec, face à une méthode, dans tous les cas, inappropriée au but recherché. Pour enclencher la dynamique positive, il suffit souvent de « cesser » quelque chose : de subir, d’être gentil…

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

06

La philosophie, révélatrice des fausses pistes du dé­ve­lop­pe­ment personnel

À l’opposé des techniques comportementales réductrices et formatées, la philosophie est une invitation à la liberté de l’esprit. « La puissance rationnelle de la philosophie pulvérise le vide sidéral des thèses du développement personnel en interrogeant ses concepts clés, ses présupposés qu’il ne questionne jamais, et ses idéologies dans lequel il est englué », déclare l’auteure (p.88). L’idéologie du développement personnel présuppose arbitrairement une influence possible de la raison sur l’affectivité. Or, en philosophie, passions et raison ne font jamais bon ménage. C’est pourquoi toute la grandeur de l’homme consiste à arbitrer entre ces deux tendances.

Par ailleurs, la philosophie nous apprend que nos décisions ne sont pas uniquement rationnelles, mais influencées, par le contexte et par les pressions extérieures. C’est pourquoi la toute-puissance de la volonté, mise en avant par le développement personnel, n’est qu’illusion. Qui plus est, le « moi », en tant qu’entité unique, serait, lui aussi, une fiction. Pour les empiristes, nous ne pouvons jamais accéder qu’à une multiplicité de perceptions hétérogènes, d’états mentaux successifs, sans l’impression de permanence et de stabilité qu’accompagne nécessairement l’idée d’un « moi ».

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

07

Le « moi » ne se révèle vraiment que par l’ouverture à l’autre

La philosophie et la littérature nous donnent aussi des clés pour réellement nous découvrir et parvenir à tirer le meilleur de nous-mêmes. D’abord, en matière de temporalité. Pour le développement personnel, tout se joue au présent. Une orientation battue en brèche par les plus grands auteurs et penseurs. Pour Marcel Proust, c’est la connexion au passé, plus précisément le souvenir involontaire (ressemblance entre une sensation passée et une sensation présente), symbolisé par le fameux épisode de la « madeleine », qui constitue le meilleur moyen d’accéder à soi-même.

À l’inverse, pour Paul Ricoeur, il n’y a pas de possibilité d’être sans projection vers l’avenir, via l’appui d’un autre. La dimension immuable du « moi » n’est envisageable qu’à travers le respect de la parole donnée et de l’engagement dans le futur. C’est donc par autrui, qui soutient la promesse, que le « soi » reste lui-même.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

08

Conclusion

Le développement personnel apporte des solutions, des méthodes et des outils à des questions mal formulées et trop rigides. Il prive l’individu de sa liberté d’interprétation du monde au profit d’un conformisme individualiste dominant. Il est porteur d’un discours mensonger, puisqu’il promet l’épanouissement sans jamais donner les vrais moyens de l’atteindre.

La philosophie, elle, pose des bonnes questions, en sachant qu’il n’y a pas forcément de réponse, ou bien une réponse mouvante en fonction du contexte ou de l’évolution de l’individu.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

09

Zone critique

Un essai percutant, clair et incisif, qui soulève une problématique éminemment d’actualité. Aucun des coups de canifs porté par Julia de Funès aux tenants du développement personnel n’est gratuit. Les questionnements s’enchaînent, nourris par des arguments tant logiques qu’érudits. Le tout, sans pour autant enfermer le lecteur dans une autre de ces « idéologies » qu’elle dénonce à longueur de pages. L’enjeu de l’ouvrage n’est d’ailleurs pas tant d’attaquer les coachs ou les auteurs de développement personnel que de révéler une vision de l’individu illusoire et culpabilisante, et qui, loin de libérer, asservit.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

10

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Julia de Funès, Le développement (im)personnel. Le succès d'une imposture, Paris, L’Observatoire, 2019.

De la même auteure – Socrate au pays des process, Paris, Flammarion, 2017. – Avec Nicolas Bouzou, La comédie (in)humaine, Paris, Éditions de l’Observatoire, 2018.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !