
Le crime est presque parfait
Enquête sur les crimes environnementaux et industriels
Description
Les SDHI ont fait une entrée fracassante dans le débat en 2018 lorsqu’une tribune de chercheurs a dénoncé leur potentielle nocivité pour la santé humaine. Ces pesticides de synthèse sont épandus partout, depuis les cultures de céréales jusqu’aux terrains de football, et induiraient de gros risques de cancers et de maladies neurologiques. Ils ont pourtant été autorisés par l’ANSES et maintenus sur le marché.
Dans Le Crime est presque parfait, Fabrice Nicolino explique pourquoi les organismes de protection de la santé publique s’acharnent à défendre les SHDI et autres pesticides.
Sommaire
01Introduction
Les SDHI : voilà le sujet central de l’ouvrage, dont Fabrice Nicolino explique pas à pas les tenants et les aboutissants. À partir de ce cas particulier et emblématique, il dresse un portrait plus global de l’industrie des pesticides en France et dans le monde, dont il décrit la genèse dans les années 1940 et 1950 au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

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02Le scandale des SDHI
En 2003, BASF a commercialisé un SDHI de nouvelle génération : le Boscalid. Ce pesticide arrive en France en 2006 et il est épandu sur une partie majeure des terres et terrains de métropole depuis cette date. Qu’est-ce que le SDHI ? Ce sigle anglophone cache une dénomination a priori complexe : c’est un inhibiteur de la succinate déshydrogénase. Cette succinate déshydrogénase (SDH) se situe dans la mitochondrie. C’est un élément de la fonction respiratoire des êtres vivants.
Les SDHI sont donc conçus pour inhiber cette fonction respiratoire chez les champignons qui ravagent les cultures. Oui, mais les SDHI ont aussi un effet sur les vers de terre, sur les abeilles et, globalement, sur toutes les espèces qui possèdent cette fameuse SDH. Dont l’homme. L’inhibition de la SDH peut donc mener à de graves encéphalopathies, à des cancers et à de nombreuses maladies diverses.

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03Organismes publics et sociétés privées : des conflits d’intérêts
Un premier élément doit être constaté pour étudier l’indépendance ou non de l’ANSES vis-à-vis des sociétés privées distributrices de SDHI : cet organisme d’État est à la fois celui qui donne des autorisations de mise sur le marché et celui qui est censé nous protéger contre les produits qu’il autorise. N’est-ce pas contradictoire ?
Cette collusion d’intérêts a existé depuis le début de l’histoire des pesticides de synthèse. L’ancêtre de l’ANSES, en 1966, était la Commission des toxiques (Comtox). Hubert Bouron, haut fonctionnaire du ministère de l’Agriculture, et Élie Ventura, de l’INRA, se réunissaient chaque semaine pour examiner les demandes d’autorisation. Or, les deux hommes étaient liés au lobby des pesticides au travers de la revue Phytoma. Hubert Bouron fait ainsi l’apologie du déméton, qui sera plus tard interdit et dont la structure chimique est « voisine de celle du VX, plus mortel à l’inhalation que le terrible gaz sarin » (p.148). Dès l’origine, il y a confusion dans la définition du rôle joué par ces organismes et dans la vision qu’ils ont d’eux-mêmes.

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04La genèse de l’industrie des pesticides
Tout commence après la Seconde Guerre mondiale, dans une Europe dévastée qui souffre de la faim. Dans ce contexte, la priorité est de reconstruire et de nourrir les populations. À ce stade de notre histoire, « on trouve la volonté légitime de limiter l’action des ravageurs de récoltes » (p.26). Celle par exemple des redoutables doryphores, qui ont laissé le souvenir de terribles déprédations sur les cultures de pommes de terre dans les années 1930.
Or, voilà qu’entrent en scène les États-Unis sous la forme du célèbre plan Marshall. En échange des prêts qui sont consentis à l’Europe, les USA demandent aux nations du vieux continent d’acheter des produits américains. Il se trouve que, justement, aux États-Unis, il est important à cette époque d’opérer la mutation des industries d’armement. Au lieu de chars, on se met à produire des tracteurs. Et, au lieu de bombes, on produit des pesticides. Les campagnes nord-américaines étant déjà à cette époque largement industrialisées, les clients européens sont une véritable aubaine pour déverser ces nouvelles productions.

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05De plus en plus de pesticides… jusqu’au miraculeux SDHI
L’industrie productrice de pesticides qui naît de cette stratégie commence à inonder le monde de ses produits. Il faut vendre pour perpétuer et même augmenter le chiffre d’affaires. Or, les brevets commerciaux durent 20 ans et, dans les années 1980, les premiers pesticides tombent dans le domaine public. Des génériques moins chers sont commercialisés. Les grandes sociétés, créatives, inventent de nouveaux produits. Tantôt on mélange des produits existants issus de firmes concurrentes qui s’associent, tantôt on mélange une nouvelle molécule à une ancienne en en changeant le nom commercial. On modifie la composition pour s’orienter vers un nouvel usage ou une nouvelle cible ; ou encore on vend un liquide en granulés (et inversement).
Malgré cela, le marché est saturé et le chiffre d’affaires stagne. « En France, en 1990, la part des dépenses en pesticides représente, dans le secteur des céréales, le pourcentage géant de 45,4% du résultat d’exploitation » (p.38). Il faut trouver de nouveaux marchés, par exemple en Afrique, pour écouler la surproduction. C’est alors qu’est découvert le SDHI dans sa version boscalid. Terriblement efficace, il fonctionne sur des champignons pathogènes très coriaces, comme la pourriture blanche, la pourriture grise, la maladie des taches foliaires. Sa production permet de relancer le chiffre d’affaires.

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06Les tests d’homologation, un bouclier qui se fissure
Mais n’y a-t-il pas des tests pour juger de la nocivité des pesticides sur l’organisme et sur l’environnement ? Sur quoi se fonde l’ANSES pour accepter ou refuser une mise sur le marché ? Oui, il y a des tests réglementaires, explique Fabrice Nicolino. Le problème, c’est que les tests en question sont inefficaces, car obsolètes en bien des points. Ces tests n’ont pas été modifiés depuis des décennies, en dépit de toutes les découvertes scientifiques qui ont pu être faites depuis.
L’exemple frappant de cette affirmation est l’épigénétique. Depuis les années 2000, on a découvert que certains gènes s’allumaient ou s’éteignaient en fonction de facteurs environnementaux (l’alimentation par exemple). C’est un grand bouleversement, car cela signifie que les maladies d’ordre génétique ne relèvent plus seulement de l’inné mais aussi de l’acquis et que l’environnement influe sur celles-ci. Or, les tests réglementaires de cancérogénicité des pesticides reposent sur la génotoxicité qui ne prend pas en compte l’épigénétique.

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07Conclusion
L’affaire des SDHI est symptomatique d’un système de collusion d’intérêts entre appareil d’État et sociétés privées productrices et distributrices de pesticides. L’ANSES, qui a en charge la protection des citoyens contre les substances nocives qui peuvent atterrir dans son assiette mais aussi contaminer l’air que nous respirons chaque jour, est l’héritière d’une longue histoire, celle d’un État qui a pris fait et cause pour les pesticides dès leur arrivée sur le marché, dans les années 1940-1950.

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08Zone critique
L’ouvrage de Fabrice Nicolino est pour ses lecteurs une incitation à l’action. L’auteur est en effet un acteur engagé contre les pesticides depuis de longues années, ainsi que le cofondateur du mouvement Nous voulons des coquelicots. Fabrice Nicolino appelle à la révolte en faisant notamment référence à Henry David Thoreau, auteur de Civil Disobedience, un ouvrage qui est à l’origine du terme de « désobéissance civile ».

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Fabrice Nicolino, Le crime est presque parfait, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2019.
Du même auteur – Avec François Veillerette, Nous voulons des coquelicots, Paris, Les Liens qui Libèrent, 2018.

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