
Le Creuset français
Formation de l'identité nationale
Description
"Le Creuset français" de Gérard Noiriel est un ouvrage de référence dans le domaine de l'histoire de l'immigration en France. Noiriel, historien et sociologue, y retrace l'histoire de l'immigration en France depuis le XIXe siècle jusqu'à la fin du XXe siècle, en mettant en lumière les contributions des immigrants à la société française ainsi que les défis d'intégration et les tensions qu'ils ont rencontrés. L'auteur analyse les politiques d'immigration, les discours publics sur les immigrants et les processus d'assimilation et d'exclusion.
L'ouvrage est considéré comme un travail pionnier qui a contribué à établir l'histoire de l'immigration comme un champ d'étude important en France.
Sommaire
01Introduction
Gérard Noiriel fut le premier historien à se pencher de manière approfondie sur la question de l’immigration, refusant de laisser cet objet d’étude aux seuls juristes et sociologues, comme c’était souvent le cas au moment de la réalisation de cette étude. Il répondait alors une perception pessimiste d’un grand nombre de Français vis-à-vis des « étrangers ».
Il souhaitait que l’on considère l’histoire de l’immigration comme un problème digne de recherche, justifiant sa démarche par les nouveautés réflexives qu’il pouvait apporter, notamment le recul nécessaire qui pouvait déboucher sur la mise en valeur de la récurrence des phénomènes. En cela, il offrait un véritable programme de recherche.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02Un objet d’étude particulier
Dans le premier chapitre de son ouvrage, Gérard Noiriel constate qu’en France, aucune recherche historique de grande ampleur n’a été entreprise au sujet de l’immigration. Cette question, véritable vide historiographique, avait pourtant été traitée par le droit ou d’autres sciences humaines comme la sociologie ou la psychologie. La première démonstration consiste donc à attester de l’importance du rôle de l’histoire pour étudier ce phénomène.
Afin de débuter son enquête, l’historien fait un parallèle saisissant avec un autre grand pays d’immigration : les États-Unis. En France, ce qu’il considère comme une « amnésie collective » s’explique par le fait que la question de l’immigration fut longtemps considérée comme une question extérieure à la nation, sans rapport avec la construction de la France. À l’inverse, aux États-Unis, elle fut toujours envisagée comme un problème interne à la société américaine et à son passé, en tant que donnée constitutive de la nation. Cette différence se justifierait par une construction nationale, spécifique à la France, qui intervint très en amont des vagues d’immigration de masse. Ainsi, au moment de ces arrivées, tous les mythes nationaux étaient déjà ancrés dans les consciences des Français, et d’abord la Révolution française.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Des lois pour contrôler
L’identité des immigrés passe par un enregistrement juridique, des papiers d’identité et des lois. Ce fut à partir de la Révolution française que le terme « étranger » prit son sens actuel avec la naissance du sentiment de communauté nationale. Pourtant, malgré la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, l’étranger était privé de certains droits civils ou civiques. Un changement s’opéra avec l’avènement du suffrage universel sous la Troisième République, à partir de 1875, parce qu’il donnait une qualité particulière au « citoyen français ».
Ainsi, le mot « immigré » apparut et s’imposa dans le monde des statisticiens et des démographes. De cette manière, de nouvelles questions se posèrent quant aux moyens de contrôler les flux de populations étrangères et de limiter les effets négatifs pour les « Français de France » face à la concurrence d’une main-d’œuvre étrangère toujours plus nombreuse. Les réponses à ce qui était considéré comme un problème furent avant tout législatives, car il y eut une inflation de textes de loi votés depuis les années 1880, faisant des étrangers une catégorie à part et allant jusqu’à distinguer les immigrés travailleurs et non travailleurs. Ce fut le temps de l’apparition des papiers d’identité, des premières cartes de séjour, de travail, qui furent autant de moyens de contrôle.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Les étrangers
L’importance de l’immigration tient aux cycles des activités économiques des pays industrialisés : l’étranger en France serait un « producteur immigré », autrement dit une main-d’œuvre destinée à occuper des secteurs du marché du travail essentiellement ouvriers, méprisés par les nationaux, tâches qui reposent principalement sur la force physique.
Selon Gérard Noiriel, l’immigré peut généralement être défini dans l’espace social en fonction de l’ancienneté de sa présence en France ; il distingue ainsi les « immigrants récents » qui font généralement partie de la classe ouvrière, des « immigrants anciens » appartenant plus fréquemment au secteur tertiaire.
Constatant l’afflux massif des étrangers en France, l’historien se penche sur l’expérience vécue par ces immigrants. Il précise que malgré l’apparente volonté politique d’intégration de ces populations, c’est le déracinement, mais également l’isolement qui les caractérisent : dès leur arrivée, ils sont généralement mis à l’écart et cette situation tend à se prolonger en raison de leurs conditions de vie souvent difficiles. Il y a également le problème de la langue qui fait que toute sa vie les immigrés resteront des étrangers aux yeux des Français.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05La question de l’intégration
L’intégration est un des problèmes liés à l’immigration, et l’intérêt pour cette question remonte au début du XIXe siècle, notamment lors de la rédaction du Code civil, une époque d’immigration européenne massive vers la France. Selon Gérard Noiriel, plus qu’un problème conjoncturel contemporain, c’est un processus de longue durée. Si les premiers immigrants étaient marqués par la rupture de l’exil, les représentants de la seconde génération durent affronter la nécessité du « réenracinement » dans la société où pourtant ils sont nés et ont grandi.
Souvent, le décalage entre les normes familiales et celles du pays d’accueil provoque une honte de soi, avec par exemple le refus de parler la langue de ses parents. Les enfants, du fait de leur contact avec le monde extérieur, cherchent à échapper au ghetto dans lequel vivent leurs parents en déménageant ou bien encore en changeant de prénom, voire de nom. Gérard Noiriel évoque deux types opposés de trajectoires sociales pour les enfants d’immigrés : la délinquance et la promotion sociale spectaculaire. Il précise toutefois que si les jeunes d’origine étrangère constituent une part importante de la délinquance de la France contemporaine, c’est avant tout pour des raisons socioprofessionnelles.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Les conséquences de l’immigration
L’apport de l’immigration dans l’histoire de la France contemporaine est envisagé sous divers aspects par Gérard Noiriel dans son ouvrage. D’abord, sur le plan économique, l’immigration a joué un rôle essentiel dans la réussite industrielle de la France, tous les moyens étant mis en œuvre pour canaliser la main-d’œuvre étrangère dans les secteurs de pénurie, délaissés par les nationaux. L’historien considère toutefois que le faible coût de cette production a entravé l’innovation et l’investissement technologique des entreprises. L’immigration servit aussi les intérêts de la population française en lui permettant d’accéder à des statuts socioprofessionnels supérieurs.
Il est également précisé que l’immigration a incontestablement permis de dynamiser la démographie française, car sans elle, la population française n’aurait pas dépassé 35 millions d’habitants dans les années 1980. Enfin, sur le plan culturel, l’immigration ainsi que la fidélité des immigrés à leurs origines ont participé à la construction et à l’enrichissement de l’identité de la France. Cela se manifesta dans des domaines variés, notamment militaire, artistique, sportif ou scientifique.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Conclusion
Malgré le sous-titre de l’ouvrage, Gérard Noiriel n’avait pas l’intention de faire une histoire de l’immigration en tant que telle, car les recherches sur le sujet étaient trop peu nombreuses pour pouvoir en faire une synthèse. Il entendait en revanche donner ses réflexions sur l’absence d’une histoire de l’immigration en France, qu’il attribuait notamment à des refoulements de la mémoire collective, en faisant des comparaisons avec l’historiographie américaine.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Zone critique
Lors de la sortie de l’ouvrage, Le Creuset français a été critiqué pour sa structure et ses analyses. La sociologue Riva Kastoryano a ainsi évoqué le « caractère décousu de la démonstration » et l’historienne Nancy Green a dénoncé un « usage parfois imaginatif des sources ». Toutefois, le caractère inédit de l’étude ainsi que les pistes de recherche proposées par Gérard Noiriel ont largement été salués par la critique.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Le Creuset français. Histoire de l’immigration XIXe-XXe siècle, Paris, Le Seuil, coll. « Points », 2006 [1988].
Du même auteur
– Les Ouvriers dans la société française (XIXe – XXe siècle), Paris, Seuil, coll. « Points », 1986 – La Tyrannie du national. Le droit d'asile en Europe (1793-1993), Paris, Calmann-Lévy, 1991 ; réédité en collection de poche sous le titre Réfugiés et sans papiers. La République et le droit d'asile, xixe – xxe siècle, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 1998. – État, nation et immigration. Vers une histoire du pouvoir, Paris, Belin, coll. « Socio-Histoires », 2001 ; réédité en collection « Folio-Histoire », Paris, Gallimard, 2005. – Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe – XXe siècle) : Discours publics, humiliations privées, Paris, Fayard, 2007. – À quoi sert l'identité nationale, Marseille, Agone, 2007. – L'identification. Genèse d'un travail d'État, (éd.), Paris, Belin, 2007. – Le Massacre des Italiens - Aigues-Mortes, 17 août 1893, Paris, Fayard, 2010.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












