
Le Conflit : la femme et la mère
Exploration des rôles féminins
Description
Le conflit la femme et la mère interroge la place de la maternité dans la vie des femmes contemporaines, et met en garde contre les possibles dangers de la maternité pour les droits des femmes et les inégalités avec les hommes.
Élisabeth Badinter revient sur le modèle de maternité français hérité du siècle des Lumières, ainsi que sur les différents courants féministes de la fin du vingtième siècle. Elle montre comment les mères sont prises dans des injonctions sociales qui, même si elles varient selon les époques, n’arrivent pas complètement à libérer les femmes de leurs devoirs maternels.
Sommaire
01Introduction
Les styles de vie féminins et les choix maternels sont très variés ; ils varient en fonction de la situation économique, des politiques sociales et familiales, tout comme des idéologies sur la maternité qui évoluent sans cesse. Les femmes peuvent choisir de poursuivre leurs ambitions professionnelles ou non, d’être célibataires ou d’avoir une vie de couple, d’avoir ou pas un enfant.
On considère généralement que les femmes ont trois rôles sociaux : un rôle conjugal, un rôle maternel et un rôle professionnel. Élisabeth Badinter rappelle que la maternité est une voie possible d’épanouissement, mais qu’elle n’est pas la seule et ne suffit pas forcément.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02La maternité choisie
Depuis les années 1970, nous avons assisté à une révolution dans la manière dont nous concevons la maternité. C’est un changement qui fait suite aux révolutions sexuelle et contraceptive de ces années-là. Les femmes ont acquis de nouveaux moyens de maîtriser leur contraception et leur reproduction, et faire un enfant devient alors une décision consciente. Auparavant, toute femme en âge de procréer devenait mère sans trop se poser de questions, car « il allait de soi que toute femme « normale » désirait des enfants » (p. 19).
Par voie de conséquence, les Françaises ont voulu alors concilier la maternité avec leur conquête de liberté et d’égalité sociale. Depuis, c’est une dégringolade démographique facilement explicable : leur fertilité décline, l’âge moyen de la maternité augmente, elles investissent davantage le marché du travail, et il y a de plus en plus de femmes ou de couples sans enfants.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Le rôle symbolique de l’enfant change, obligeant la femme à être une « bonne mère »
Le regard sur l’enfant a changé avec la philosophie de Rousseau au XVIIIe siècle, puis avec l’idéologie nataliste de la fin du XIXe siècle et enfin avec l’avènement de la psychanalyse au XXe siècle. L’enfant est désormais vu comme un bien précieux, quelque chose d’irremplaçable aussi bien pour ses parents que pour la société. Il a donc besoin des soins maternels les plus empressés, ce qui nous donne envers lui des devoirs plus grands. Un bon nombre de femmes pensent que le rôle de mère en vaut bien un autre, et que « les soins et l’éducation de leurs enfants pourraient être leur chef-d’œuvre » (p. 49).
Le bébé est une personne à part entière, possédant des compétences, ayant des rythmes à respecter, et qui nécessite une attention et des échanges constants de la part des parents. Les mères doivent savoir être à l’écoute, comprendre et stimuler leur jeune enfant. « La mère qui rêve de l’enfant parfait va devoir en payer le prix » (p. 95), car la mère parfaite doit veiller activement sur son enfant, sans interruption.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04La querelle féministe sur la maternité
On distingue traditionnellement un féminisme égalitariste, duquel se revendique Élisabeth Badinter, et un féminisme différentialiste, essentialiste, et surtout naturaliste. L’auteure garde un point de vue très critique au sujet de ce dernier, car il délaisse notamment la question de l’égalité des sexes qui lui est chère. Il pousse les femmes à mettre en avant leurs différences identitaires et leurs expériences biologiques, à célébrer le primat de la nature et les qualités féminines qui découlent de l’expérience maternelle.
Les femmes de cette tendance rejettent certaines pratiques médicales entourant la grossesse et l’accouchement. Elles critiquent la rigidité des règles de l’hôpital et l’autorité des médecins sur la femme, car la grossesse n’est pas vue comme une maladie, mais comme un événement naturel, a priori non pathologique. On souhaite que l’accouchement se passe de la manière la moins médicalisée possible, sans obstétricien mais seulement avec une sage-femme, souvent à l’hôpital, mais alors sans intervention technique (sans péridurale, notamment), et parfois à domicile ou en maison de naissance.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Le cas particulier de l’allaitement
L’allaitement est un symbole de la simplicité naturelle, qui s’oppose à la société scientifique et industrielle, et il est au cœur de la révolution maternelle survenue dans les années 1980, et souvent au cœur de la querelle entre les différents courants féministes. « Ce geste millénaire, loin d’être anodin, exprime une philosophie de la maternité qui conditionne le statut de la femme et son rôle dans la société » (p. 101).
L’allaitement maternel est promu à la fois par le courant naturaliste et par le corps médical. La Leche League International a déployé au cours des dernières décennies une stratégie auprès des grandes institutions internationales, et créé des réseaux très denses de mères allaitantes, ce qui a eu pour effet de promouvoir l’allaitement, si ce n’est comme un impératif, du moins comme une norme de bonne conduite maternelle. Notre ministère de la santé, l’OMS et l’UNICEF défendent fermement l’allaitement maternel, qui devient un problème de santé publique mondial, les politiques et les instituions étant convaincues de sa supériorité.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
06Quel rôle peut jouer l’État ?
Les gouvernements mettent en place des politiques familiales dans le but d’augmenter les taux de natalité, car il en va de la stabilité sociale et de la puissance économique d’un pays, mais la plupart des pays industrialisés n’arrivent pas à maintenir leur taux de reproduction.
La natalité française est supérieure à celle de pratiquement tous les autres pays européens, ce qui peut sembler paradoxal, car les Françaises sont nombreuses à travailler, et choisissent moins souvent que leurs voisines de travailler le temps partiel. Elles continuent de travailler à plein temps, notamment après la naissance d’un premier enfant, et le temps partiel est vu comme un signe de précarité, davantage subi que choisi.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
07Conclusion
Élisabeth Badinter montre par cet ouvrage qu’il subsiste une forte contradiction sociale pour les femmes : les mères qui travaillent reçoivent des critiques de la part des partisans de la famille traditionnelle, tandis que le monde du travail leur reproche leurs maternités répétées. « La maternité est toujours considérée comme la plus importante réalisation de la femme, tout en étant dévaluée socialement » (p. 172).
La maternité peut être vécue de mille manières différentes, chaque femme essayant de trouver le juste équilibre entre sa vie personnelle, sa vie de couple et son rôle de mère. Certaines renoncent à avoir un enfant, pour mieux jouir de leur temps et de leur énergie, d’autres choisissent d’avoir des enfants et d’arrêter de travailler pour ne plus subir les affres du monde professionnel en sus de leurs responsabilités familiales.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
08Zone critique
Cet ouvrage pose dès le titre une opposition qui donne l’impression que chaque individu de sexe féminin doit choisir entre être une femme et être une mère ; si ces identités peuvent se succéder dans le temps, elles n’ont pas l’air de pouvoir cohabiter. Ledit conflit ne semble jamais pouvoir se résoudre, car à aucun moment on n’envisage de faire coexister féminité et maternité.
Cette dissonance conceptuelle se prolonge dans un certain manichéisme, qui, du côté du féminisme égalitariste, présente le féminin comme quelque chose d’agréable et la maternité comme une tare. Il y aurait d’un côté les « désirs de femmes et [de l’autre les] devoirs de mère » (p. 14). Les féministes différentialistes demandent quant à elles un engagement plus fort de l’État pour soutenir l’investissement des mères auprès de leurs enfants. Antoinette Fouque, par exemple, demandait dans les années 1980 que soit mis en place un « salaire maternel ».

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Le conflit la femme et la mère, Paris, Flammarion, 2010.
De la même auteure
– L’amour en plus. Histoire de l’amour maternel. XVII-XXè siècle, Paris, Flammarion, 1980. – XY, de l’identité masculine, Paris, Odile Jacob, 1992. – Fausse route, Réflexions sur 30 années de féminisme, Paris, Odile Jacob, 2003.
Autres pistes

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












