
Le climat va-t-il changer le capitalisme ?
Impact climatique sur l'économie mondiale
Description
Le réchauffement climatique va profondément modifier notre relation à l’environnement et nos systèmes de production. La réponse économique à ce défi, local et mondial, s’articule autour du prix du carbone, que les politiques et les entreprises doivent maintenant prendre en compte. C’est l’outil mondialisé d’une transition énergétique qui se présente déjà comme « la grande mutation du XXIe siècle ». Avec quels instruments la conduire ? Selon quelles modalités ?
Écrit à la veille de la COP 21 (Conférence des Parties sur les changements climatiques -2015), cet ouvrage examine les logiques et les enjeux d’une économie décarbonée. Pour le monde industriel. Pour le monde tout court.
Sommaire
01Introduction
Au fil des études, la menace climatique se précise. Depuis la fin du XIXe siècle, le niveau des mers s’est élevé de 19 cm. Si on veut limiter la hausse des températures à l’horizon 2050, il faut désormais réduire de 50 à 70 % les émissions de gaz à effet de serre, et d’abord de gaz carbonique (CO2). S’il subsiste des incertitudes, sur les phénomènes extrêmes en particulier, on sait déjà qu’en 2008, au niveau mondial, 39 milliards de dollars d’indemnisation sur 53 relevaient des ouragans : une composante du dérèglement climatique. Si les négociations internationales se poursuivent depuis trois décennies pour définir un système de régulation juste et efficace, « l’heure d’une action décisive semble arrivée », résume Jacques Mistral.

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02Le prix du carbone peu intégré par les entreprises
En pratique, le résultat est assez mitigé. En particulier en Europe, où, depuis 2005, des quotas d’émission pourtant jugés contraignants par Charpin et Contamin, sont attribués aux principales industries émettrices. Celles-ci peuvent réduire leurs émissions ou acheter des quotas sur le marché. Le mécanisme, qui doit faire émerger un prix du quota carbone, est plutôt théorique.
Certes, les entreprises les plus concernées, comme les producteurs d’électricité, ont intégré les quotas dans leur stratégie industrielle. Une étude conclut à une réduction de leurs émissions de 1 à 4 %. Mais compte tenu de l’évolution des prix de l’énergie, l’incitation a vite avoué ses limites. Comme le prix du charbon a chuté de 40 % entre 2011 et 2014, alors que le prix du gaz est resté stable, les centrales à charbon, plus polluantes, sont mobilisées avant les centrales à gaz.

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03Le rôle moteur des politiques publiques
L’entreprise n’est pas le seul acteur de la décarbonation. Les pouvoirs publics agissent également, qu’il s’agisse de villes constituées en réseau, ou des instances européennes. Élaboré en 2009, le « paquet énergie climat » vise ainsi à imposer là règle des « 3 x 20 » à l’horizon 2020 : améliorer de 20 % l’efficacité énergétique, porter à 20 % la part des énergies renouvelables, et réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre, par apport au niveau de 1990. Objectif porté à 40 % à l’horizon 2030.
Chaque pays européen avance à son propre rythme. D’autant que le processus implique « de nouveaux modes de gouvernance et de régulation. Au-delà de l’énergie, souligne Chevalier, c’est donc l’organisation de la machine économique qui est touchée » (p. 92). En ce sens, le climat est « un défi pour les systèmes économiques ». Mais il est porteur d’avantages comparatifs, qu’annoncent les territoires à énergie positive ou encore les initiatives en faveur d’une économie circulaire.

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04Changer la géopolitique
Perthuis et Jouvet mettent aussi l’accent sur les mécanismes de compensation, incitant les pays à adhérer à un accord. Une tarification uniforme de 25 $/t dégagerait une rente de 1 250 milliards de dollars/an (pour une émission de 6,5 t/hab. en 2013), ce qui autorise bien des dispositifs de redistribution. Un flux de 250 milliards de dollars vers les pays en développement représenterait déjà deux fois le montant de l’aide publique au développement. Mais les pays riches refusent une tarification basée sur le nombre d’habitants, s’accrochant aux émissions historiques retenues par l’accord de Kyoto (1997).
À l’approche de la COP 21, beaucoup de questions restent donc en suspens. Car les pays en développement, qui représentent 7 % des émissions mondiales de CO2, seront les plus impactés. Surtout près de l’équateur. Même avec un réchauffement maîtrisé, ils devront s’adapter pour compenser la perte de terres fertiles dans les deltas, liée à l’élévation des eaux (26 à 98 cm en 2100). Ou l’extension des zones où sévissent les maladies tropicales (malaria, choléra…), etc. Si l’Inde, qui émet beaucoup de gaz, appartient aux pays émergents qui bénéficient le plus des financements internationaux, en Afrique subsaharienne (où les rendements agricoles pourraient chuter de 22 % en raison de la température) et en Asie du Sud (où les rizières littorales seraient submergées), les pays n’ont pas les moyens de faire face aux changements. Et vu leurs faibles émissions, une aide à leur réduction n’aurait pas grand sens.

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05La stratégie européenne à l’épreuve
Paradoxalement, ce sont peut-être les luttes d’influence qui traversent les négociations climatiques, qui pourraient faire le succès de la COP 21. À un an de la conférence, le président des. États-Unis (où le Sénat refuse de créer un marché national du CO2) s’est engagé à réduire les émissions de carbone de 26 % en 2025.
Son homologue à Pékin a annoncé qu’en 2030, les émissions chinoises n’augmenteraient plus. Au-delà des chiffres, un peu tape-à-l’œil, c’est le signal qu’attendaient beaucoup, de la part des deux plus gros pollueurs de la planète. Et notamment l’Europe, portée par de fortes ambitions en matière de transition énergétique. N’oublions pas, souligne Patrice Geoffron, que l’énergie a été le ciment de l’Union européenne. Le Vieux Continent a aussi été le berceau de l’industrialisation, et la matrice des gaz à effet de serre.

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06En attente des financiers
Dans ces conditions, comment financer la transition vers une économie décarbonée ? Sachant qu’il faudrait investir dans le monde 1100 milliards de dollars/an dans les énergies propres, pour limiter la hausse de température à 2°C en 2050 ? Pour Benhamou et Hassan, la question climatique va bien au-delà d’une question de coût. « Il s’agit d’une problématique de transformation de l’économie, de mobilisations d’investissements pour lesquels le rôle du secteur financier est crucial » (p. 137). Visiblement, les marchés financiers n’ont pas encore saisi l’ampleur des enjeux. Entre 2011 et 2013, les investissements dans les énergies renouvelables ont diminué de 23 %.
De fait, les incertitudes qui pèsent sur « la répartition temporelle et spatiale des coûts et des bénéfices de l’action climatique » handicapent les acteurs financiers, qui commencent seulement à intégrer les risques du changement climatique : physique, réglementaire et financier, à l’image des stocks de pétrole, qui seraient « imbrûlables » en raison d’un plafonnement mondial des émissions (« actifs échoués »).

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07Conclusion
La lutte contre le réchauffement climatique n’est pas seulement une affaire d’ingénieurs. L’économie est pleinement impliquée. Le politique également : quelle valeur donne-t-on à un euro investi aujourd’hui en faveur du climat ?

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08Zone critique
Cet ouvrage répond à une commande de l’éditeur Eyrolles à la veille de la COP 21, et son titre est « survendeur ». En réalité, ce livre examine comment les économies industrielles s’adaptent à la nouvelle réalité environnementale. Il examine l’outillage lié au prix du carbone, au cœur de la Conférence de Paris sur le climat. Les auteurs présentent les mécanismes de régulation et les enjeux géopolitiques liés au « défi climatique ». Ils précisent les conditions d’un passage à une économie décarbonée, dans lequel Jacques Mistral voit une mutation comparable à celle du fordisme au début du XXe siècle.

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09Pour aller plus loin
Ouvrage recensé – Jacques Mistral (Dir.), Le climat va-t-il changer le capitalisme ?, Paris, Eyrolles 2015.
Ouvrages de Jacques Mistral – La science de la richesse, Paris, Gallimard, 2019. – Guerre et paix entre les monnaies, Paris, Fayard, 2014. – Avec Christian Chavagneux, Peut-on réguler la finance mondiale ? in L'État pyromane, Paris, éditions Delavilla, 2010. – Economic vertigo – Choses vues en Amérique à l'usage de la France, Paris, Perrin, février 2008. – La Troisième révolution américaine, Paris, Perrin 2008. – La Raison du plus fort. Les paradoxes de l’économie américaine, en codirection avec Jean-Marie Chevalier, Paris, Robert Laffont, 2004.

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