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Le Casse du siècle

Le Casse du siècle

Michael Lewis

Ceux qui ont parié contre l'immobilier

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Description

En 2005, un gérant de fonds installé à San Jose, en Californie, passe ses journées à lire ligne à ligne des documents que personne d'autre ne lit. Ce sont des prospectus d'obligations adossées à des crédits immobiliers américains — des centaines de pages de clauses illisibles où sont enterrés les prêts accordés à des ménages qui ne rembourseront jamais. Michael Burry a un œil de verre, un léger syndrome d'Asperger, et une conviction qui va lui coûter le sommeil : le marché immobilier américain, présenté partout comme la valeur la plus sûre qui soit, est une bombe.

Autour de lui, Wall Street chante à l'unisson. Les prix montent, les agences de notation distribuent des triple-A, les grandes banques empilent ces crédits en produits de plus en plus opaques, et tout le monde encaisse. L'idée qu'un Américain moyen puisse cesser de payer sa maison paraît si absurde qu'aucun instrument financier n'existe même pour parier contre. Burry va devoir en inventer un. Et il ne sera pas seul : quelques francs-tireurs, éparpillés, méfiants, souvent tenus pour fous, arrivent à la même conclusion chacun de leur côté.

C'est cette poignée de gens que Michael Lewis suit dans « Le Casse du siècle ». Pas les héros d'une finance vertueuse — des marginaux qui ont eu raison trop tôt, et qui ont dû tenir pendant que la machine leur riait au nez. Leur histoire n'est pas seulement celle d'un pari gagnant. C'est celle d'un système entier qui refusait de regarder ce qu'il avait fabriqué.

La question que l’on se pose : Comment quelques individus isolés ont-ils vu venir l'effondrement immobilier de 2008 que des milliers de professionnels payés pour ça n'ont pas vu ?Ce que l’on va voir : Le parcours de ces parieurs à contre-courant, de l'intuition solitaire au moment où la réalité leur donne raison — et ce que leur solitude révèle.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un médecin borgne devant un tableau de chiffres

Michael Burry n'a pas de formation de trader. C'est un ancien étudiant en médecine devenu neurologue, qui tenait un blog boursier la nuit pendant ses gardes et s'est retrouvé, presque malgré lui, à la tête d'un fonds appelé Scion Capital. Sa méthode tient en un mot : il lit. Là où les autres se fient aux notes des agences et à la réputation des produits, lui ouvre les documents et regarde les prêts un par un. Ce qu'il y trouve le sidère.

Au fil de sa lecture, il découvre des crédits accordés sans vérification de revenus, à taux d'appel très bas qui grimperont brutalement au bout de deux ans, à des emprunteurs qui n'auraient jamais dû recevoir un centime. Ces prêts, on les a baptisés « subprime » — la catégorie sous le seuil de solvabilité normal. Empilés par milliers dans des obligations, ils sont vendus comme des placements de père de famille. Burry comprend qu'à la seconde où les taux d'appel expireront, une vague de défauts va tout emporter.

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02

Chapitre 2 — Le pari qu'il fallait fabriquer soi-même

L'idée de Burry ne reste pas confidentielle. Un vendeur de la Deutsche Bank, Greg Lippmann, la reprend, la met en équations, et se met à la promener de bureau en bureau comme un colporteur. Son argumentaire est simple et brutal : les prix de l'immobilier n'ont même pas besoin de baisser pour que le désastre commence — il suffit qu'ils cessent de monter. À ce moment-là, les emprunteurs les plus fragiles ne pourront plus refinancer, et la mécanique des défauts s'enclenchera d'elle-même.

Lippmann tombe sur Steve Eisman, gérant d'un fonds abrité chez Morgan Stanley, un homme au franc-parler dévastateur qui déteste déjà cordialement Wall Street. Eisman avait passé des années à observer l'industrie du crédit à la consommation et à s'indigner de ses abus. Quand on lui explique comment sont fabriqués les produits subprime, il n'a pas seulement l'intuition d'un bon pari : il y voit une escroquerie morale à l'échelle du pays, et l'idée de gagner de l'argent en pariant contre elle le remplit d'une jubilation vengeresse.

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03

Chapitre 3 — Deux gamins, un garage et l'odeur de la fin

Le troisième foyer de ce pari improbable naît dans un garage de la Silicon Valley. Charlie Ledley et Jamie Mai ont monté un fonds minuscule, Cornwall Capital, avec quelques centaines de milliers de dollars et une philosophie d'amateurs éclairés : chercher les paris où le marché sous-estime grossièrement la probabilité d'une catastrophe. Ils n'ont ni bureau prestigieux, ni carnet d'adresses, ni l'accès aux salles de marché réservées aux grands.

Ils tombent pourtant sur la même faille que les autres. En étudiant les produits immobiliers, ils s'aperçoivent que les tranches notées triple-A — censées être les plus sûres, celles qui ne devraient jamais tomber — sont en réalité massivement exposées. Le marché les traite comme du béton armé et les vend à des prix qui n'ont aucun sens si l'on prend au sérieux la fragilité des crédits en dessous. C'est exactement le genre d'asymétrie qu'ils cherchent : risquer peu pour gagner énormément si l'impensable arrive.

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04

Chapitre 4 — La foule qui regardait ailleurs

Le vrai mystère du « Casse du siècle » n'est pas que quelques individus aient vu venir l'effondrement. C'est que tant d'autres, mieux informés, mieux payés, munis des mêmes documents, ne l'aient pas vu — ou aient choisi de ne pas le voir. Les agences de notation apposaient des triple-A sur des produits qu'elles ne comprenaient pas. Les banques accumulaient dans leurs propres bilans les tranches qu'elles vendaient comme sûres. Des dirigeants dont c'était le métier ignoraient à quoi ressemblait l'intérieur de leurs machines.

Lewis montre que cet aveuglement n'était pas d'abord un défaut d'information. L'information était là, publique, lisible par quiconque acceptait d'ouvrir les prospectus. Le problème était structurel : personne dans le système n'était payé pour poser la question dérangeante. Le courtier touchait sa commission, le banquier son bonus, le noteur ses honoraires, l'actionnaire ses dividendes. Chacun tirait un avantage immédiat à croire que la fête continuerait. Douter, c'était renoncer à l'argent aujourd'hui pour un désastre hypothétique demain.

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05

Conclusion

À l'automne 2008, la bombe explose. Les défauts en cascade emportent les tranches réputées inattaquables, les grandes banques vacillent, Lehman Brothers tombe, et les contrats que Burry, Eisman, Ledley et Mai avaient patiemment accumulés se transforment en fortunes. Ils avaient vu juste. Mais le récit de Lewis ne s'achève pas sur un triomphe : leurs gains venaient de l'effondrement de familles ruinées, d'un pays entier précipité dans la crise, d'une machine qui écrasait exactement ceux qu'elle prétendait servir.

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