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Couverture de 'Le casino climatique'

Le Casino climatique

William Nordhaus

Les enjeux économiques du changement climatique

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Description

Les gaz à effet de serre entraînent des bouleversements en profondeur qui hypothèquent l'avenir de la planète. Comment limiter le réchauffement climatique, qui menace à la fois les écosystèmes et les sociétés humaines ?

Tirant profit de la modélisation économique, William Nordhaus relie les mécanismes naturels, les décisions politiques et les phénomènes économiques au cœur de la problématique climatique. Après l'échec du protocole de Kyoto (1997), ce tour d'horizon permet de préciser les mesures à prendre, pour éviter que la roulette du réchauffement ne tombe sur une case noire.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Le réchauffement climatique est dû aux gaz à effet de serre (GES) : méthane et surtout CO2, issu des énergies fossiles (charbon, pétrole). Si le climat a varié au fil du temps, le réchauffement actuel n'a rien de naturel. De 280 parties par million (ppm) à l'aube de la révolution industrielle (1750), la concentration de CO2 dans l'atmosphère atteint aujourd'hui 390 ppm, ce que l'homo sapiens n'a jamais connu. Si aucune mesure n'est prise, elle devrait atteindre 700 à 900 ppm en 2100. D'où un réchauffement moyen de 3 à 5 degrés, qui risque de s'accroître par la suite.

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02

Des modèles spécialisés

Les GES impactent les villes, mais aussi le secteur non marchand. Selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC), 25 % des espèces courent un risque d'extinction élevé si le changement n'est pas contrôlé.

Comment estimer de tels dommages ? Les espèces et les écosystèmes « n'ont tout simplement pas assez de potentiel de revenu dans les économies de marché actuelles » (p. 124). D'où le recours aux modèles de type MEC (modèles d'évaluation contingente), consistant à demander à des échantillons de personnes combien elles seraient disposées à payer pour protéger l'ours polaire, par exemple. L'auteur signale toutefois qu'il s'agit de constructions contestées, pour des questions de méthode et d'éthique.

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03

Plus de croissance, moins de CO2

À court terme, la plupart des modèles convergent. Mais ils peuvent aussi diverger, en particulier à l'horizon 2100. Alors que le rapport Stern (document précurseur, 2006) mettait l'accent sur 250 à 550 millions de personnes menacées par la faim à la suite d'une hausse de 3°C, l'auteur signale ainsi qu'une faible augmentation de la température est un bienfait pour la fertilisation. Un doublement des concentrations en CO2 entraînerait une augmentation de 10 à 15% des récoltes de riz, de blé et de soja. Mais, en moyenne, les récoltes commenceraient à décliner avec une hausse supérieure à 3°C.

L'agriculture est un système géré : elle peut s'adapter en ajustant la date des semailles ou en utilisant de nouveaux systèmes d'irrigation, par exemple. Par ailleurs, la part des activités et les prix agricoles ne cessent de baisser. En définitive, le réchauffement réduirait donc les prix mondiaux des produits alimentaires pour des élévations allant jusqu'à 3°C : le commerce mondial participe à atténuer le changement climatique.

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04

Im­pré­vi­sibles, par nature

Les systèmes non gérés posent des problèmes d'une autre nature et d'une autre échelle. C'est le cas des écosystèmes en général, et des océans en particulier, victimes d'une acidification (par dissolution du CO2) qui tue les coraux et hypothèque la distribution des espèces. La circulation océanique est également problématique, car le réchauffement des eaux peut entraîner une modification des courants.

Faute qu'on puisse anticiper leurs effets, de tels phénomènes ne s'intègrent dans aucune modélisation. Il en va de même pour les « seuils de basculement », que les spécialistes ne peuvent appréhender, faute de données. Cela se comprend, car nous vivons la plus grande variation de température depuis les débuts de l'humanité. Ce qui n'est pas sans incidence : le climat des 7 000 dernières années est le plus stable depuis 100 000 ans. Cette période correspond aussi à l'apparition de l'écriture, de l'agriculture, etc. Nous allons donc « dépasser les limites biophysiques dans lesquelles les civilisations humaines se sont développées » (p. 53).

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05

Réduire nos émissions

En tenant compte des phénomènes modélisables, il s'avère que « les économies de marché deviendront de moins en moins vulnérables » (p. 132). Mais certains secteurs (production d'énergie…) et certaines régions (Afrique, Asie du sud...) seront plus affectés que les autres. À l'échelle mondiale, les dommages agrégés suivent une courbe ascendante, qui recoupe les travaux du GIEC : pour un réchauffement de 2,5°C, ils atteignent 1,5 % du produit mondial ; pour 4°C, presque 4%. Passé le premier degré de réchauffement, certaines études montrent que la relation n'est pas linéaire : chaque degré de réchauffement est de plus en plus coûteux.

Pour éviter que le climat ne se résume à une partie de roulette, de plus en plus risquée, il faut réduire dès maintenant les émissions de GES. Trois leviers sont à notre disposition : la géo-ingénierie, l'atténuation et l'adaptation. Cette dernière, indispensable et locale, n'est qu'un complément (quitter le littoral, par exemple). Dans le domaine technologique, Bill Gates se propose de réduire l'intensité des ouragans, mais la solution la plus avancée porte sur la capture et séquestration du carbone, lors de la combustion. Où le stocker ? La géo-ingénierie risque de susciter des effets secondaires difficiles à maîtriser. Il faut donc réduire notre consommation de pétrole et de charbon, auxquels 40 % des émissions mondiales sont imputables.

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06

Taxer le carbone

L'argent dépensé aujourd'hui doit être compensé par les avantages de demain, ce qu'un calcul d'actualisation permet d'estimer. En d'autres termes, l'effort doit en valoir la peine. Il faut privilégier la solution qui minimise à la fois les dommages et le coût des mesures à prendre.

En supposant une participation limitée, et un taux d'actualisation de 4 %, paramètres jugés réalistes, les modèles aboutissent à une augmentation optimale de la température de 4°C. En dessous de cette limite, les efforts demandés seraient limités, au dessus, le coût d'une réduction supplémentaire des émissions serait élevé. Avec un large effort international, l'optimum serait de 2,8°C. Cela, sans tenir compte des seuils de basculement.

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07

Conclusion

Sur le plan international, le prix du carbone se révèle un outil efficace. D'autant qu'« une fois fixé, il n'a plus besoin d'autres négociations ». D'où la difficulté à s'entendre. Car le prix du carbone peut avoir de fortes incidences sociales. Il doit être harmonisé pour éviter les distorsions. « Cela signifie que les coûts marginaux des réductions d'émissions soient les mêmes dans chaque pays » (p. 238). L'auteur, qui avance une valeur de 25 $ par tonne, pour atteindre très vite 93 $ en 2040, souligne les obstacles politiques qui s'opposent à un accord à la fois incitatif et contraignant, ce qui n'était pas le cas à Kyoto.

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08

Zone critique

Sur la forme, on peut regretter que ce livre, publié en 2013, et traduit en 2019, n'intègre pas ne serait-ce qu'une postface consacrée à la COP 21 (2015). Il appartient donc au lecteur de faire lui-même le lien avec l'accord de Paris sur le climat.

Sur le fond, dans l'analyse comme dans la prospective, William Nordhaus nous offre un très bon panorama des mécanismes du changement climatique. Son apport technique est incontestable, et l'on ne saurait lui reprocher une indispensable simplification : elle participe de la pédagogie déployée pour rendre abordable un sujet parfois très complexe. En ce sens, ce livre est une référence.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Le Casino climatique, Louvain-la-Neuve, De Boeck, 2019.

Du même auteur – Avec Paul A. Samuelson, Économie, Paris, Economica, 2000.

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