
Le Bug humain
Les limites de notre cerveau
Description
Le succès évolutif de l’espèce humaine est incontestable. De son berceau africain, l’Homo sapiens a conquis le monde grâce ses exceptionnelles facultés d’adaptation. Pourtant, qui aurait parié sur cette créature trop chétive pour effrayer et trop grande pour se dissimuler, sans crocs tranchants ni griffes acérées pour attaquer, sans carapace pour se protéger ?
C’est que l’homme a un atout : son cerveau. Dans une nature hostile, il lui confère un avantage décisif, mais aujourd’hui il pourrait bien causer sa perte.
Sommaire
01Introduction
Dans un style à la fois abordable et percutant, Sébastien Bohler explique pourquoi le cerveau humain, à l’origine du succès évolutif de l’espèce humaine, met en péril son futur proche. Configuré pour augmenter ses chances de survie face à une nature hostile, il devient une bombe à retardement dans une nature en grande partie maîtrisée.

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02Des milliards de bactéries
Prenons une bactérie. Par exemple Escherichia coli. Plaçons-la dans un endroit où elle se sent bien : nourriture abondante et température idéale de 37 °C. Au bout de vingt minutes, elle se reproduit en se scindant en deux. Encore vingt minutes plus tard, les bactéries filles se séparent à nouveau en deux. Une heure est passée, et il y a maintenant huit bactéries, toutes arrière-petites-filles de la première. À ce rythme, douze heures plus tard, la descendance de la bactérie originelle compte des centaines de milliards d’individus. Avec une telle population, la nourriture vient à manquer, la prochaine génération n’y survivra pas.

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03Travailler moins pour gagner plus
Nourriture, sexe, pouvoir, paresse, information. Voilà les cinq éléments de l’équation qui président à notre destinée. Pas seulement à celle de l’espèce humaine, mais aussi celle de tous les animaux.
Les deux premiers sont évidents. Manger et boire sont indispensables à la survie de tout individu. Et la reproduction par le sexe (tous les organismes ne se reproduisent pas de manière sexuée, mais c’est le cas chez l’homme) permet d’assurer la survie de l’espèce. Dans la nature, celui qui a accès à la nourriture est en meilleure santé. Fournir des efforts pour en avoir davantage est donc pour lui plus facile. Et sa santé s’améliore. C’est un cercle vertueux. Or, un individu en bonne santé est aussi un partenaire sexuel très prisé. Il a donc plus de chance de se reproduire, et de voir ainsi ses gènes passer à la génération suivante.

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04Circuit de la récompense
La nourriture, le sexe, le pouvoir, la paresse et l’information sont ce que les neurobiologistes appellent des renforceurs primaires. Pour qu’un individu augmente ses chances de survivre et de transmettre ses gènes, c’est-à-dire de permettre à l’espèce à laquelle il appartient de survivre de génération en génération, il lui faut choyer ces renforceurs primaires. Pour cela, un seul mot d’ordre : toujours plus ! Toujours plus de nourriture, toujours plus de sexe, toujours de pouvoir, toujours plus de paresse, toujours plus d’informations.
Cette avidité s’impose dans la nature, où rien n’est accessible facilement et rien n’est acquis définitivement. Mais, pour cultiver ces renforceurs primaires, il faut que les organismes disposent d’un mécanisme qui les pousse à le faire. Ce mécanisme, c’est le circuit de la récompense. En quoi cela consiste-t-il ? C’est très simple. À chaque fois que nous satisfaisons un renforceur primaire, nous ressentons du plaisir. Et ce plaisir est si intense que, une fois éprouvé, nous n’avons plus qu’une seule idée en tête : l’éprouver à nouveau.

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05Dose de dopamine
Quelle est donc cette récompense pour l’obtention de laquelle nous sommes prêts à tous les efforts, voire à tous les sacrifices ? Pour y répondre, il faut plonger dans la structure intime de notre cerveau. Au plus profond de cet organe se trouve le stratium. Cette structure archaïque existe chez tous les vertébrés (poissons, reptiles, oiseaux, mammifères…), et donc chez les êtres humains. C’est le stratium qui distribue les récompenses en libérant une molécule, la dopamine, à chaque fois que nous satisfaisons nos désirs.
Prenons l’exemple d’un enfant qui a une soudaine envie de manger du chocolat. Il fouille les placards, trouve une tablette après de longues recherches et l’engloutit tout entière. À ce moment-là, son stratium a libéré de la dopamine, « qui a deux effets : procurer un sentiment de plaisir, et renforcer les circuits de commande neuronaux qui ont supervisé l’opération avec succès ». (p. 30) Fort de cette expérience, l’enfant résistera d’autant moins à une prochaine envie de chocolat qu’il saura où chercher prioritairement pour maximiser ses chances d’en manger le plus vite possible.

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06Fuite en avant
Et c’est bien là que réside le bug humain annoncé par Sébastien Bohler. Le cortex, siège de notre conscience, de notre esprit rationnel, de notre capacité de raisonnement, ne contrôle pas le stratium, il est, au contraire, à son service.
Dans une nature hostile, cette primauté de l’instinct sur la raison était un gage de survie. Avec un cortex humain à sa disposition, le stratium a permis à l’espèce humaine d’être la championne de l’évolution. Il a si bien réussi que dans le monde actuel tous nos renforceurs primaires sont satisfaits au moindre effort. Le problème, c’est que le stratium en demande toujours plus. Si, aujourd’hui, nous nous satisfaisons d’un carré de chocolat, demain, il nous en faudra le double pour atteindre le même niveau de satisfaction.

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07Dévalorisation temporelle
Cette propension à en vouloir toujours plus est devenue une menace réelle pour les équilibres écologiques indispensables à notre survie. Et elle est, en outre, accentuée par un phénomène désastreux : la dévalorisation temporelle. C’est elle qui nous incite à privilégier un plaisir immédiat à un plaisir décuplé à venir, ou à faire un choix qui nous avantage maintenant, mais qui aura des conséquences néfastes à long terme. Ainsi, un nombre significatif d’enfants qui disposent d’une friandise à déguster dans l’instant, et à qui on propose d’en avoir deux s’ils patientent trois minutes, choisissent de manger sans attendre.

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08Faire plus avec moins
Quelles solutions à l’omnipotence de notre stratium ? Et d’ailleurs, des solutions existent-elles ? Sébastien Bohler n’est à ce sujet guère rassurant. « Les tentatives pour échapper à l’influence du stratium ont, à ce jour, toutes échoué. » (p. 189) Cependant, il ne désespère pas et propose des solutions. Certes, échapper au stratium serait impossible. Quant à le dominer, n’y pensons même pas.
En revanche, l’utiliser à notre avantage est envisageable. Comment ? En érigeant des attitudes vertueuses en modèles. Toute personne qui adopterait une conduite écologiquement correcte pourrait être valorisée socialement, câlinant ainsi l’un de ses renforceurs primaires : le pouvoir. Son entourage, constatant le statut enviable qu’elle aurait obtenu grâce à son comportement, n’aurait de cesse de l’imiter. Pour faire simple, la star qu’on admire ne serait plus celle qui monte les marches à Cannes, mais celle qui les descend avec des poubelles bien triées.

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09Conclusion
Le tableau brossé par Sébastien Bohler n’est guère optimiste. Notre succès évolutif a été possible grâce au stratium, la partie la plus archaïque de notre cerveau. Mais aujourd’hui ce succès a atteint ses limites. Notre stratium évolue trop lentement pour s’adapter à notre développement exponentiel. Il nous pousse à en demander toujours plus, comme si nous étions encore des hommes préhistoriques dans un environnement menaçant, alors que nous devrions tendre vers davantage de sobriété.

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10Zone critique
Excellent livre que ce texte de Sébastien Bohler, qui redonne à l’homme dit « civilisé » sa dimension animale. Nous avons beau cultiver les arts et les lettres, faire d’étonnantes découvertes, repousser toujours plus loin les limites de la connaissance, bâtir des empires, aller sur la Lune, etc., il n’en demeure pas moins que nous sommes des mammifères gouvernés avant tout par notre instinct de survie.

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11Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Le Bug humain, Paris, Robert Laffont, 2019.
Du même auteur
– La télé nuit-elle à votre santé ?, Éditions Dunod, 2010. – Les Soldats de l'or gris, Éditions Odile Jacob, 2011. – Neuroland, Éditions Robert Laffont, 2015.

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