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Couverture de 'Le bal des celibataires'

Le Bal des cé­li­ba­taires

Pierre Bourdieu

Analyse des codes sociaux des rencontres amoureuses

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Description

Le Bal des célibataires" de Pierre Bourdieu est un voyage captivant à travers la société paysanne en Béarn, où l'auteur, lui-même issu de ce milieu, explore avec passion les dynamiques du célibat et du mariage.

En mêlant subtilement sociologie et ethnologie, Bourdieu offre une analyse profonde des stratégies matrimoniales et de la crise qui a secoué cette société rurale. Ce livre, fruit de plus de vingt ans de travail, pose les bases de la sociologie bourdieusienne et introduit des concepts clés tels que l'habitus et la violence symbolique.

Derrière une analyse à portée historique, cet essai fait toujours écho à la condition féminine contemporaine. Un livre indispensable pour comprendre les racines des injustices faites aux femmes, hier comme aujourd'hui.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Souvent considéré comme un écrit de jeunesse de Pierre Bourdieu, « Le Bal des célibataires » est en réalité le fruit d’un travail mené pendant plus de vingt ans. Il est la compilation de trois articles : « Célibat et condition paysanne » en 1962, « Les stratégies matrimoniales dans le système de reproduction » en 1972 et « Reproduction interdite » en 1989. Du fait de ces retours répétés sur sa première enquête sociologique française, ce texte contient une large part de la pensée de Pierre Bourdieu et permet d’expliquer l’émergence de certains de ces principaux concepts.

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02

Les stratégies ma­tri­mo­niales dans la société paysanne

Dans la société paysanne béarnaise, le mariage n’est pas une chose légère et engage chaque fois la réflexion des acteurs. Les stratégies matrimoniales sont d’une importance capitale puisque le mariage est l’occasion d’un échange économique qui permet aux familles de revaloriser ou de conserver leur position socio-économique. Elles se déploient à partir de deux principes.

En premier lieu, les stratégies matrimoniales opposent l’aîné et les cadets. En théorie, le patrimoine est entièrement légué à l’aîné qui, par son héritage, se trouve lié, en droit comme en devoir, à la terre des parents. Il convient de noter que celui qui occupe la position d’aîné est toujours le premier fils, le droit d’aînesse n’étant accordé aux femmes qu’en absence totale d’héritier masculin.

Lors du mariage de l’aîné, les cadets reçoivent une dot calculée en fonction du patrimoine de la famille. Dans une société caractérisée par « la rareté de l’argent liquide » (p. 27) le mariage de l’aîné représente l’occasion d’une grosse rentrée d’argent qui permettra de doter les cadets. Si une famille n’est pas en mesure de doter tous ses cadets, il ne restera plus à ces derniers que les possibilités de quitter la résidence familiale pour se marier « à la ville », hors des règles paysannes, ou d’y rester célibataire.

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03

La crise de la société paysanne

Le célibat des aînés, fait très rare avant la Première Guerre Mondiale (contrairement à celui des cadets dont on a montré la logique interne) semble, au moment de l’observation de Pierre Bourdieu, être un véritable problème pour la société paysanne. Le célibat est localement perçu comme l’indice le plus flagrant de la crise paysanne. Ainsi, l’auteur tente de comprendre comment ce phénomène a pu se développer dans une société où le mariage de l’aîné est un événement crucial pour la famille.

Ce célibat, comme la crise en général, est, selon Pierre Bourdieu, un phénomène complexe qui nécessite une analyse plus profonde de la relation entre les agents et le système matrimonial (lui-même inclus dans le système des stratégies de reproduction). Il permet d’expliquer la crise de la société paysanne sans avoir exclusivement recours aux facteurs extérieurs, en montrant comment le système porte en lui-même les contradictions qui le mènent vers son dérèglement.

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04

L’habitus

Comment expliquer le maintien des règles matrimoniales dans un univers où, manifestement, elles ne fonctionnent plus ? Pour répondre à cette question Pierre Bourdieu va introduire une rupture face à ce qu’il dénonce comme un « juridisme » de la tradition ethnologique.

Pour lui, les pratiques ne sont ni l’exécution d’un ordre ou d’un plan, ni les manifestations d’un modèle. Aussi met-il l’accent sur les individus, considérant les structures comme ce qui donne naissance à une grammaire sur laquelle peut se former une infinité de pratiques. Ce « système de dispositions inculquées par les conditions matérielles et l’éducation » forme le concept d’habitus. L’habitus conditionne l’être social tant dans sa dimension corporelle (façon de se tenir, vêtement, etc.) que mentale (les valeurs, la pensée, le langage, etc.). Il entretient avec la structure sociale un double rapport puisqu’il en est à la fois un produit acquis au cours de la socialisation et un producteur dans la mesure où il participe de sa reproduction inconsciente. L’idée d’habitus permet à Bourdieu de restituer aux individus un pouvoir d’action. C’est la raison pour laquelle il parle de « stratégies matrimoniales » qui répondent à un impératif de « maximisation des profits économiques et symboliques que représente ce type particulier de transaction ». L’idée de stratégies ne suppose toutefois pas une liberté totale dans la mesure où elles sont toujours le fruit de l’habitus : elles sont générées à partir d’un nombre restreint de principes (ici le primat des hommes sur les femmes et des aînés sur les cadets) et ont une large part de motivations inconscientes. Enfin, l’habitus, comme les stratégies qu’il génère, tend toujours à la reproduction d’un ordre social et des patrimoines.

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05

Domination symbolique

L’attraction du monde urbain sur le monde paysan aurait été impossible si les esprits n’avaient pas été convertis aux séductions de l’univers citadin. Cette conversion collective est le produit d’innombrables conversions individuelles qui s’exercent en premier lieu sur les individus les moins attachés à l’ancien système.

Ici, les femmes et les cadets sont logiquement désignés comme « le cheval de Troie du monde urbain » (p. 227), ils apportent le regard citadin dans le monde paysan. Celui-ci contribue à inclure la commune dans un « espace social » plus large qui laisse aux paysans dans leur ensemble une position dominée. L’ouverture de ce monde au monde citadin a entraîné l’apparition d’une concurrence brutale et inégale visible dans les bals dans lesquels le paysan, trahi par ses « habitus corporels » (la façon qu’il a de se tenir ou de se vêtir par exemple) est jugé sur des critères urbains. Il est ainsi condamné à n’être qu’un spectateur impuissant. S’il n’a, selon Pierre Bourdieu, jamais eu l’autonomie dont il est parfois crédité, le monde paysan avait jusque-là su conserver une forte homogénéité dans son habitus qui était le principal garant du contrôle de sa reproduction.

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06

Conclusion

À travers une réflexion menée de 1960 à la fin des années 1980, Pierre Bourdieu livre une analyse originale et profonde de la crise de la société paysanne qu’il étudie à travers le prisme de sa principale institution sociale : l’échange matrimonial. Partant du problème du célibat des aînés, « Le Bal des célibataires » permet d’expliquer la crise paysanne au-delà de la question économique.

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07

Zone critique

La lecture du « Bal des célibataires » est une entrée efficace dans la sociologie complexe de Pierre Bourdieu.

L’ouvrage contient déjà les principes directeurs de sa réflexion et introduit plusieurs de ses concepts clés. On y trouve, irrémédiablement, les aspects de sa pensée qui lui seront fréquemment reprochés tout au long de sa carrière, à commencer par une écriture complexe dont il est parfois difficile de démêler le sens et dont il se défendra toujours, notamment en pointant une complexité encore supérieure du monde social.

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08

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé

– Le Bal des célibataires. Crise de la société paysanne en Béarn, Paris, Seuil, coll. « Points Essais », 2002.

Ouvrages de Pierre Bourdieu

– (Avec Jean-Claude Passeron), Les héritiers : les étudiants de la culture, Paris, Les Éditions de Minuit, coll « Grand documents », 1964. – La distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Les Éditions de Minuit, 1979. – Questions de sociologie, Paris, Les Éditions de Minuit, coll « Documents », 1980.

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